À Lang Son, dans le vieux quartier de Phai Mon, vivent des membres de l'ethnie Nùng Chao qui ont pour tradition de déposer un chien en pierre devant leur maison. Pour la décorer mais surtout pour s'attirer les bonnes grâces du Ciel.
Après
avoir déposé un paquet de bonbons aux pieds d'un grand chien sculpté trônant devant sa maison, Mme Hà Thi Ly, de l'ethnie Nùng Chao, brûle quelques bâtons d'encens et murmure des vœux pour sa famille en ce début de nouvelle année lunaire. Lorsque les bâtons sont consumés, la vieille dame distribue les friandises aux mômes qui patientaient à côté. Mme Ly répète cette coutume non seulement à chaque arrivée du printemps, mais aussi au 23e jour du 12e mois lunaire - date du culte des Gardiens du foyer - , au dernier jour de ce même mois, aux fiançailles et mariages, au 1er et au 15e jour de chaque mois lunaire Bref, à tous les moments importants et sacrés, il est de coutume chez les Nùng Chao du vieux quartier de Phai Mon, à Lang Son - non loin de la frontière sino-vietnamienne - d'apporter des offrandes au chien de pierre qui trône, héraldique, devant toutes les maisons. À la fête du Têt notamment, l'animal a droit à un traitement de faveur : lavage à l'eau chaude et frottage énergique avec des feuilles de pamplemoussier pour lui donner une odeur très agréable. Puis, on lui met autour du cou un collier de tissu rouge ou violet. "Depuis que j'ai installé ce chien devant ma maison, en 1998, je me sens protégée. Et ma famille fait fortune", assure M. Ly. La statue, d'un bleu pâle, pèse une quarantaine de kilos. Elle est l'œuvre d'un sculpteur de l'ethnie Nùng résidant à Thi, un village du district de Chi Lang, province de Lang Son. Elle a été acheminée avec précaution chez Mme Ly. Le transport puis la pose ont été faits sous les consignes d'un sorcier local. "Le chien en pierre est non seulement un animal sacré dans l'esprit des Nùng Chao, mais aussi un objet décoratif. Le culte du chien est répandu dans la province de Lang Son, notamment dans les districts de Chi Lang, Dông Mo, Khon Lèng, Phai Mon, Thât Khê, Cao Lôc, Tràng Dinh et Dông Dang", explique Triêu Thuy Tiên, de l'ethnie Nùng, ancienne directrice de la troupe artistique de Lang Son. "La statue pèse au moins 35-40 kg. Au Têt, les Nùng Chao lui font un culte spécial. Ils lui offrent du riz, des bonbons mais aussi des étrennes pour exprimer leur reconnaissance. Car le chien de pierre est censé assurer une année chanceuse et heureuse à la famille et même aux voisins", explique Mme Tiên.

chienCinq jours de travail, 50.000 dôngs la pièce
La plupart des chiens en pierre sont fabriqués à Nà Khuât, un village de la commune de Yên Trach, district de Cao Lôc, province de Lang Son. Les artisans, d'ethnies Tày ou Nùng, vivent sur les flancs des montagnes. "Nous sculptons nos chiens dans une roche calcaire bleuâtre. On délaisse les autres sortes de pierres calcaires car les fissures y sont fréquentes", explique Luong Van Hô, âgé de 31 ans, sculpteur de chiens depuis 3 ans. Selon lui, cette roche particulière abondante à Phai Nghiêu, au village de Nà Khuât, se trouve dans des grottes et sous terre. L'extraire demande de gros efforts, ramener les gros blocs à l'atelier encore plus.
Luong Hai Cuong est considéré comme le plus expérimenté des sculpteurs. En 20 ans de métier, il a formé des dizaines de professionnels. Il arrive à vraiment à donner une âme à ses créations. "Ce dur travail me passionne. Pour fabriquer un joli chien, il me faut au moins 5 jours. Lorsque mon carnet de commandes est rempli, je travaille même la nuit", raconte M. Hô. Chaque année, il façonne une centaine de chiens en pierre dont une grande partie est vendue entre 50.000 et 60.000 dôngs la pièce sur les marchés de Ky Lua, Giêng Vuông, à Lang Son. "Les commandes sont nombreuses à partir du 8e mois lunaire. Les 4 derniers mois de l'année, nous travaillons sans arrêt. Ce que l'on gagne nous permet de passer une joyeuse fête du Têt", confie-t-il.

Viêt Anh/CVN