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Lors de l'été 1994, devant le Centre Pédiatrique de HCMVille, de gauche à droite : ma cousine Châu (la fille de ma tante Hoa), mon frère Philippe, votre serviteur, Isabelle Danto, ma tante (le docteur Duong Quynh Hoa), Hai, médecin au Centre (à l'époque, le fiancé de Châu devenu son mari depuis) et l'un des principaux collaborateurs de ma tante dont j'ai oublié le nom.

Duong Quynh Hoa est née le 6 mars 1930 à Saigon, alors capitale de la Cochinchine, colonie française. Elève du Lycée français Chasseloup, elle obtient son bac à 15 ans. Elle entame ses études de médecine à Saigon, les poursuit à Paris en 1948, y obtient son diplôme de docteur en médecine en 1953 et y acquiert ses spécialisations en pédiatrie, gynécologie et obstétrique en 1954. Nationaliste dans l'âme elle fera vite connaissance avec le Parti Communiste français (1948-1954) qui militait alors activement pour l'indépendance du Viet Nam. Irène et Frédéric Joliot-Curie font partie de ses formateurs politiques et c'est dans ce cercle qu'elle rencontrera Picasso, Eluard, Léger, Gérard Philippe, Simone Signoret, ....

En 1954 Hoa rentre au Viet Nam après la signature des accords de Genève qui consacrent le partage du pays en deux Etats : le Nord, dirigé par Ho Chi Minh et le Sud, par Ngô Dinh Diem, un fervent anti-communiste catholique qui est activement soutenu par les Etats-Unis. De 1955 à 1979 Hoa sera membre du Parti Communiste vietnamien. En 1968, lors de l'offensive du Têt, Hoa gagnera le maquis vietnamien. Elle y connut son mari Huynh Van Nghi, brillant mathématicien formé à Paris. C'est au maquis que naîtra et mourra leur petit garçon. C'est aussi de cette communion avec la nature, de cette confrontation au quotidien avec l'essentiel, de cette foi en un idéal partagé et du soutien des populations villageoises que Hoa va puiser les sources de son engagement futur.

Mis sur pied en 1969, le Gouvernement révolutionnaire nomme Hoa Ministre de la Santé, des Affaires Sociales et des Invalides de Guerre. Elle exercera sa fonction de ministre pendant ses huit années de vie souterraine, de tranchées, de déplacements fréquents, de marches forcées, de salles d'op' creusées à même le sol.
La prise de Saigon en 1975 par les Viet-congs et l'évacuation des américains signe la fin de cette vie souterraine. Le Viet Nam réunifié en 1976 nécessite une réorganisation des fonctions ministérielles et Hoa accepte la charge de Vice-Ministre de la Santé. Mais cette fonction sera de courte durée, Hoa décide définitivement de lutter pour son idéal et non plus pour une idéologie dont elle a perçu les dangers. En 1977, elle démissionne de toutes ses fonctions officielles y compris celle de membre du Parti Communiste, pour mieux se consacrer toute entière à "la cause des enfants" victimes de guerre et de ses séquelles à long terme. Hoa et son mari décident alors de continuer leur combat aux côté des plus faibles, des opprimés, des pauvres et ce pour rester fidèles à leur idéal de justice sociale et d'humanisme.

Son action comme médecin sera exemplaire de l'évolution de la notion de santé, perçue non seulement dans une dimension physique et individuelle mais également comme l'une des multiples dimensions du développement communautaire. Elle dénoncera la malnutrition chronique des enfants dont les conséquences sont désastreuses à terme : retard de croissance mais également retard dans le capacités d'apprentissage, de scolarité.

C'est grâce à son combat permanent contre le conformisme et le dogmatisme qu'elle arrivera à transformer son unité de recherches pédiatrique créé en 1978 à un Centre de Recherche bien équipé en 1981. Elle y mènera des recherches tout à fait originales dans le domaine de la nutrition et de la santé communautaire. L'impact national et international des travaux de ce centre est reconnu dès 1984 et en 1988 le Ministère de la Santé le nomme officiellement "Centre de Référence National en matière de Pédiatrie Sociale et de Santé Communautaire". En 1991 le centre sera rebaptisé Centre de Pédiatrie, Développement et Santé (CPDS).
Pour Hoa, santé, éducation, environnement, développement sont devenus indissociables. Son but : améliorer le niveau de vie des populations par l'éducation et la santé et les amener à prendre conscience que ce sont eux qui doivent construire leur mieux-être et qu'un appui extérieur n'est là que pour les impulser. Pour Hoa le droit à l'éducation et la santé est un processus dynamique de démocratisation des relations humaines, d'auto-responsabilisation des populations, d'auto-suffisance progressive.

Elle fera oeuvre de pionnier dans son pays en y entreprenant des projets de développement intégré. L'action du Dr Hoa s'adressera prioritairement aux plus déshérités, aux minorités ethniques dénonçant dans la foulée les inégalités sociales dans son pays. Un bel exemple est celui de cette communauté qui, suite au raz de marée qui a ravagé leurs village, dans la région du centre du Viet Nam, a été déplacée à l'île aux poissons dans la province de Dong Nai. Avec son équipe du CPDS et l'appui financier d'ONG étrangères Duong Quynh Hoa réalisera des activités importantes dans ce village et autres villages et hameaux isolés : mise en place des caisses de crédits-épargne avec des femmes pauvres, apprendre aux bénéficiaires à savoir formuler des critiques, à discuter entre eux et à chercher des réponses aux problèmes communautaires. Elle érige des écoles, introduit la pédagogie active dans l'enseignement, fore des puits, résoud des problèmes d'incinération des ordures, promeut des élevages de poulet, des bassins de pisciculture, améliore des hôpitaux de district, construit des écoles et des postes de santé, installe des pompes d'eau potable et des incinérateurs de déchet, plante des arbres fruitiers, encourage les populations au respect et à la propreté de l'environnement, au maintien des arbres rescapés de la forêt originelle et au reboisement ... .

Elle oeuvre également à assurer la continuité des spécificités des minorités ethniques du Sud, stimule leur artisanat et amène les artisans Chau Ro à construire leur Maison Communautaire selon la tradition, à Tuc Trung (province de Dong Nai).

De telles activités nécessitent la coopération et la conscientisation des habitants, les aider à identifier leurs besoins, établir des priorités, les amener à assurer eux-mêmes la maintenance et l'entretien des équipements, évaluer leur capacité à financer l'eau potable, veiller à changer les comportements en matière de propreté et d'hygiène, former des médecins et infirmiers à l'approche communautaire, changer l'attitude des soignants vis à vis des soignés, s'allier des économistes et des agronomes, ...
Le défi de Hoa et son équipe sera de réaliser un développement pertinent avec des politiques et des technologies appropriées, écologiquement saines, économiquement viables et socialement équitables. Sa démarche sera globale intégrant culture, économie, agriculture, éducation, santé.

En 1995 les programmes lancés par le Dr. Hoa sont assurés par l'équipe Viêt Nam Plus qui remplace son équipe du CPDS. En 1999 le Dr. Hoa prend sa retraite mais reste une plaque tournante pour plusieurs ONG et une précieuse conseillère.

Le rayonnement et la renommée du Dr. Duong Quynh Hoa est mondiale. Elle a rempli plusieurs missions auprès des Nations Unies : consultante nationale pour le programme alimentaire mondial (1984-1990), membre du Comité d'étude Graca Machel sur l'impact des conflits armés sur les enfants (UNICEF 1994-1996), expert de l'UNESCO pour la coordination des activités relatives aux femmes depuis 1993. Des prix internationaux sont venus encourager son action parmi lesquels le prix ONG 2001 du Comité de Liaison des ONG pour le développement auprès des Communauté Européennes (1988) ou le prix de la Fondation Saugstadt (Norvège) pour son travail dans le domaine du développement (1995). Duong Quynh Hoa est aussi 'docteur honoris causa' de deux universités parisiennes dont l'Université Paris VII et de celle de Louvain-La-Neuve en 1997.

Jacques Danois a consacré un ouvrage au Dr. Hoa en hommage à son travail en faveur des enfants qu'il appelle la "Moisson fragile" du Viet Nam (Edition Fayard - 1994 - Collection "Les enfants du Fleuve".

Hoa est décédée en mars 2006 mais reste si vivante dans la mémoire de tant de villageois.