mnong1Le Musée des Arts Premiers va s'ouvrir en Juin prochain avec 3 expositions temporaires dont l'une sera consacrée à l'ethnie Mnong Gar (celle qui habite des cases de grande taille par différence des Mnong Rlam qui vivent dans des cases de petite taille) des hauts plateaux du Vietnam. On y verra 150 des 500 objets collectés par Georges Condominas à Sar Luk entre 1948 et 1949. Il s'agit d'un petit village d'agriculteurs qui pratiquaient encore l'essartage ou le ray (le défrichement par brûlis pour la culture).

Les territoires mnong se situent au sud de la chaîne Annamitique, au sein d'une aire occupée par des groupes de langue Malayo-Polynésienne (Rhadé, Jarai). Les Mnong pratiquent la cueillette, la pêche et la chasse ; ils élèvent de la volaille, des porcs, des mnong2chiens, mais l'élevage du buffle revêt le plus d'importance, cet animal étant la bête la plus coûteuse et la plus recherchée pour les sacrifices. Les différentes phases du travail agricole, la construction des cases, la pêche et la chasse sont accomplies collectivement. Le Mnong consomme beaucoup de bière de riz, surtout lors de sacrifices ; les femmes et les hommes fument le tabac.

Jusqu'à nos jours, dans la plupart des tribus, l'abrasion des dents de devant (de la mâchoire supérieure) est encore pratiquée (les dents de la mâchoire inférieure n'étant qu'épointées). L'organisation sociale est de type patrilinéaire et patrilocal. La vie religieuse repose sur la croyance en la multiplicité des âmes et en les innombrables génies ; l'exécution des rites est strictement limitée au cadre familial ; les rites agraires ont une place de choix. La littérature orale est extrêmement développée : mnongsmallmélopées décrivant la vie quotidienne, épopées des origines et des mythes de la création. Le sacrifice des buffles prend valeur de propitiation, de manifestation d'échange et d'alliance.

Il restait encore 96 931 mnong au Vietnam en 1999, dernier recensement connu.

Georges Condominas est né en 1921 à Haïphong d’un père métropolitain et d’une mère métisse (portugo-sino-vietnamienne). Après des études secondaires à Paris, une licence en droit et les Beaux Arts à Hanoi, des études de lettres et d’ethnologie en France, il revient au Vietnam pour son premier terrain de recherches : Il effectue ainsi en 1948 et 1949 un séjour chez les Mnong Gar du village de Sar Luk, comme stage mnong31de terrain pour l’Ecole Française d’Extrême Orient. Il passe 15 mois dans ce village de la province de Dak Lak, partageant et décrivant la vie de ses habitants, dont il a appris la langue en notant les objets du village et en décrivant leur fabrication et leur usage ou leur valeur symbolique. Sa chronique de Sar Luk « Nous avons mangé la forêt », parue en France en 1954 et traduite en vietnamien en 2003, bouleverse l’ethnologie théorisante par sa proximité avec le vécu, celui des villageois mais aussi le sien, car il écrit, pour l’essentiel, à la première personne et fait part de ses impressions.

Il crée, en 1962, le Centre de Documentation et de Recherches sur l’Asie du Sud-Est et le Monde Insulindien (CeDRASEMI), par lequel sont passés tous les chercheurs travaillant actuellement sur cette aire culturelle.

mnong4Georges Condominas a été plusieurs fois Visiting Professor aux universités Columbia et Yale entre 1963 et 1969, et Fellow du Center for Advanced Studies in the Behavioral Sciences de Palo Alto aux USA (1971) ; professeur invité également à l’Australian National University (Canberra, 1987) et au Japon à l’université Sophia (Tokyo, 1992). Il a prononcé en 1972 à Toronto le discours inaugural (Distinguish Lecture) de la session annuelle de l’American Anthropological Association, puis en 1983 à Tokyo celui du Cinquantième anniversaire du Nihon Minzoku Gakkai (Association japonaise d’ethnologie). Il est aujourd’hui directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris).

Les missions qui ont suivi son premier séjour au Vietnam, ont élargi le champ de ses recherches. Les matériaux recueillis ont permis la rédaction de très nombreux ouvrages, articles, films et disques.

Il a reçu la médaille de l'Académie des Sciences Sociales en 2006.