moMo H'Ra est un village de la province de Gia Lai (hauts plateaux du Centre). Il est considéré comme le berceau de la culture des gongs du Tây Nguyên.
Le 25 novembre 2005 à Paris, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) a décerné le titre de "Chef-d'œuvre du patrimoine immatériel et oral de l'humanité" à la culture des gongs des ethnies du Tây Nguyên. Ce fut l'ambassadeur vietnamien auprès de l'UNESCO, Vu Duc Tâm, qui reçut les honneurs.
Aujourd'hui, le pays dispose de 7 patrimoines matériels et immatériels reconnus par l'UNESCO : la baie d'Ha Long, les grottes et cavernes Phong Nha-Ke Bàng, la citadelle de Huê, l'ancienne cité de Hôi An, les vestiges de My Son, le nha nhac (musique de cour) de Huê et la culture des gongs du Tây Nguyên.
Le "berceau" de la culture des gongs du Tây Nguyên est Mo H'Ra, commune de Kon Lung Khong, district de K'Bang, province de Gia Lai.
Modeste village de 70 maisons, à proximité d'une forêt primitive, Mo H'Ra est semblable à tant d'autres villages de l'ethnie Ba Na. Sauf sa porte d'entrée, récemment construite, et qui aborde un écriteau annonçant : "Le village de la culture Mo H'Ra". "Nul part ailleurs n'est aussi riche de gongs qu'ici. Nous en avons 40 ensembles, dont 5 considérés comme les plus vieux du Tây Nguyên", affirme le patriarche du village, Dinh Pan. Ce fringant homme de 80 ans est nommé "le roi des gongs". Avec un large sourire, il présente aux visiteurs un vieux jeu complet de 13 gongs, allant du plus petit au plus grand. "Cet ensemble centenaire a une valeur équivalente à 10 robustes buffles", sourit-il, laissant apparaître une dentition clairsemée. Cela ne l'empêche pas de se lancer dans une histoire passionnante à propos de ces vieux gongs.

Résistants du village : gardiens de vieux gongs
Le patriarche Dinh Pan était résistant durant la guerre. "Un jour au début de l'année 1953, des Occidentaux attaquèrent notre village. Ils avaient l'intention de s'emparer de nos plus beaux gongs", se souvient-il. Dinh Pan et sa guérilla les ont alors cachés au fond de la forêt. Les 2 plus vieux ensembles n'ont retrouvé leur place au village qu'après la libération. Depuis, suivant les recommandations du Parti et du gouvernement, les habitants de Mo H'Ra ont quitté la forêt pour se sédentariser dans cette région basaltique, vivant de la plantation de caféiers, du jardinage et de la culture du riz aquatique.
Le Tây Nguyên est une riche terre, autant en paysages qu'en réjouissances. Ici, les festivités ne peuvent se dérouler sans gong, cet instrument symbolisant l'identité culturelle des hauts plateaux du Centre. "Parmi les 362 personnes que compte le village, 200 maîtrisent l'art du gong, y compris des enfants qui viennent juste d'aller à l'école et qui ne connaissent pas encore tout l'alphabet", se réjouit le patriarche Dinh Pan. Chaque mois, les villageois suivent 3 entraînements du gong et de la danse "xoang" pour saluer la nouvelle récolte de riz.
La culture des gongs est enracinée depuis des siècles sur les terres rouges du Tây Nguyên. Pour chaque habitant, depuis sa naissance jusqu'à la fin de sa vie, les gongs ne cessent de résonner. Échos de leurs ancêtres, ils sont inséparables de leur quotidien, façonnant non seulement l'identité culturelle des minorités ethniques des hauts plateaux du Centre mais aussi les croyances qui veilleront sur eux toute la vie...