Le rôbam est une forme théâtrale ancienne interprétée par les Khmers du delta du Mékong. Composé de 2 parties, il met en scène une histoire (scénario) et un spectacle (représentation) dont la danse est l'élément majeur.
Le rôbam c'est à la fois de la danse, du chant, du lyrisme, de la musique et des masques. Évoquant des contes anciens ou des épopées, les danses expriment les caractères des personnages avant que ceux ci ne commencent à dialoguer en chantant...
Comment imaginer que le siège social de la troupe artistique de rôbam se trouve dans un coin perdu du district My Xuyên (province de Soc Trang, Sud). En réalité, c'est une petite maison qui sert d'habitation aux membres de la troupe. Mme Trân Thi En, la doyenne, nous accueille en exprimant son regret : "Bien que nous soyons en pleine saison des représentations, la troupe reste à la maison". Héritière d'une tradition familiale, son grand-père fonda la troupe de rôbam Bung Chông qui fut ensuite dirigée par son père, Trân Dua. À la mort de celui ci, son mari Lâm Hên continua à entretenir le Rôbam familial à un moment où le théâtre khmer était à son apogée dans les provinces de l'Ouest. Aujourd'hui, Mme En a 5 enfants et tous sont passionnés de cet art.
Après les récoltes, Mme En et son mari réunissaient les villageois et faisaient les répétitions afin d'être prêts pour les représentations d'après Têt. Une tournée durait en général 2 ou 3 mois et mobilisait une vingtaine de comédiens. La petite troupe se déplaçait à pied emportant avec elle vêtements, tambours... riz et marmites. Comme la troupe ne vendait pas de billets, les comédiens n'avaient pas de salaire, à peine la quête auprès des spectateurs permettait de ramasser quelques centaines de dôngs pour les frais de déplacement. Et dans les villages les plus pauvres, il leur est arrivé de se produire sans rien recevoir.
Selon le Service de l'information et de la culture de Soc Trang, le rôbam utilise des personnages aux forts pouvoirs d'évocation. Roi des singes, génies des oiseaux, la tortue d'or, princes et princesses se retrouvent dans des danses passionnées qui ravissent les spectateurs. Utiliser la danse pour raconter une histoire, c'est là tout l'art du rôbam qui de plus s'appuie sur des contes mythiques ou historiques. D'après Lâm Vinh Phuoc, membre de l'Association des danseurs vietnamiens et directeur de la troupe artistique des Khmer de
Soc Trang, l'originalité du rôbam est présente dans chaque pas, chaque geste, chaque danse où l'âme des personnages est décrit en profondeur et avec beaucoup de délicatesse.

Comment faire pour conserver le rôbam?
Pourtant le rôbam traverse aujourd'hui une période critique. Ainsi la troupe de Mme En, dirigée par sa fille Huong ne se produit quasiment plus, faute d'argent et d'artistes. Mme Huong confie : "Les comédiens sont déshérités, ils partent travailler dans les grandes villes pour gagner leur vie. Ils n'ont plus de temps pour se consacrer au rôbam. J'espère de tout cœur le sauver mais ce n'est pas du tout facile. En 2004, nous avons fait 10 spectacles, 6 en 2005 et cette année nous n'avons même pas assez d'artistes pour en faire un seul".
L'artiste Son Luong, chef du bureau de gestion professionnelle du Service de l'information et de la culture de la province, connaît le combat de la famille de Mme En. Il déclare que son service fera tout son possible pour conserver le rôbam. En 2000, la province avait investi des millions de dôngs pour faire un film documentaire sur le sujet. L'achat des costumes est également subventionné par la province. Malgré cela, ces aides restent encore modestes par rapport aux besoins réels de la troupe.
Le rôbam survivra-t-il? On espère que les organismes compétents vont enfin mettre en œuvre des moyens suffisants.
Hà Minh/CVN