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Le matador de toros espagnol Juan José Padilla est sorti en triomphe par la porte des cuadrillas après avoir coupé l'oreille de ses deux adversaires de Palha, propriété de l'éleveur portugais João Folque de Mendoça, à l'issue de la corrida qui s'est déroulée ce samedi après-midi dans les arènes de Nîmes. Cette course marquait la confirmation d'alternative en France du torero colombien Paquito Perlaza. L'amphithéâtre romain a enregistré deux-tiers d'entrée pour cette deuxième corrida de la feria des Vendanges qui s'est déroulée par un temps beau et chaud.

Le cartel, franco-hispano-colombien, réunissait Denis Loré, Juan José Padilla et Paquito Perlaza – confirmation d'alternative –, face à six toros de Palha, bien présentés et correctement armés (exception faite du 4e, plus inégal en cornes, à la différence du 5e qui fut le plus sérieux d'armures), proposant différents degrés de race et de bravoure (les trois premiers exemplaires furent ceux qui poussèrent avec le plus de franchise sous le fer ; mention spéciale au brave et encasté 1er, qui fut le toro le plus complet de la course ; 6e, également brave ; 4e, faisant sonner les étriers, et 5e, manso de gala, condamné aux banderilles noires après plusieurs "refilons" de piques), mobiles et encastés, donnant un jeu varié (le meilleur fut le 1er ; 3e et 6e proposant également des charges vibrantes à la muleta ; 2e et 4e exigeant beaucoup du torero sans être impossibles).

Denis Loré, parrain de la cérémonie, a salué au tiers après sonnerie d'un avis à l'issue de ses deux prestations.

Juan José Padilla, témoin de la cérémonie, a coupé l'oreille de ses deux adversaires.

Paquito Perlaza, qui confirmait son alternative face au toro Peluquero, n°48, negro, 487 kg, né en septembre 2001, a salué au tiers devant l'exemplaire de la cérémonie puis a effectué une vuelta face au dernier toro de la journée.

Le film de la course, par Christophe Chay.

La corrida n'avait pas attiré la foule des grands jours aux arènes en dépit de la présence de Denis Loré, qui réapparaissait après sa blessure de Bayonne, et de Juan José Padilla, auteur lors de la dernière feria de Pentecôte, d'une prestation qui avait marqué les esprits... Le public a tout de même tenu à rendre hommage au torero nîmois, le gratifiant d'une chaleureuse ovation pour sa onzième et dernière corrida de la saison 2006 : un chiffre qui reste dans la moyenne "faible" de ce qu'a déjà connu Loré lors des précédentes années...

Le protégé de Jean-Marie Bourret a hérité d'un premier Palha qui a chargé à deux reprises comme un bloc massif de bravoure contre le groupe équestre. Entre les deux rencontres, Denis Loré a signé un quite par navarras assez rapide et très électrique, un peu sur la corde raide, sans doute à cause du souvenir de la terrible blessure reçue ici même lors d'une même figure face à un toro de Yonnet. C'était il y a moins de quatre mois...

Désireux d'effacer les ombres de cette saison 2006, le Nîmois – qui étrennait pour l'occasion un costume neuf – s'est accroché lors de sa première faena face à un adversaire demandant les papiers. Développant des assauts empreints d'une vibration extrême, l'exemplaire de Palha a mis à rude épreuve les nerfs de Denis Loré, parfois déséquilibré par les coups de tête de son adversaire sur le pecho de sortie. La faena, très méritoire, a connu ses meilleurs moments sur le côté droit ; la dernière série de naturelles aidées étant un peu trop accrochée.

Difficile à cadrer à l'estocade, le toro de Palha a remarquablement combattu jusque dans ses derniers souffles de vie, après une estocade en deux temps, et une conclusion justement applaudie par le public.

Dopé par la première oreille coupée par Juan José Padilla, Denis Loré a lancé ses dernières forces dans la bataille face à son dernier toro de la saison. Par une larga agenouillée, le torero nîmois a tenté d'enflammer l'ouverture des débats. A peine limité de forces au niveau des antérieurs, ce quatrième exemplaire de Palha a été le premier de l'après-midi à faire sonner les étriers contre le groupe équestre. A l'issue d'un tiers de piques assez inégal, Loré a signé un quite par véroniques en tablier relativement gauche.

Muleta en main, Denis Loré a fait tout ce qui était en son pouvoir pour se mettre en évidence : un début de faena assis à l'estribo, avec une certaine classe dans le tracé de ses passes. Le toro, assez hésitant dans ses charges, conservant la tête à mi-hauteur, n'a pas facilité les choses au Nîmois. Assez court de charge sur le côté gauche, le Palha a été embarqué avec mérite par Loré sur ce côté-ci avant de commencer à s'aviser.

N'ayant guère de solutions de repli, si ce n'est celle de "se la jouer", Denis Loré a poursuivi son combat alors que la faena aurait dû se conclure sur cette note : celle d'un torero vétéran volontaire face à un toro n'ayant pas le fond nécessaire pour suivre le combat imposé. Dans un dernier geste empreint de panache, Denis Loré a oublié toutes ces données, allant défier le toro sur la courte distance, avec la corne de son adversaire passant à quelques centimètres de ses cuisses. Une belle et longue naturelle avant un pecho semi-agenouillé, dernier signe visible d'une bataille désespérée pour un résultat identique au premier...

Pour Juan José Padilla, les semaines se suivent et se ressemblent dans les arènes françaises : une semaine après avoir généreusement ouvert la Grande porte des arènes d'Arles, le Jerezano a obtenu un nouveau succès, mais cette fois "en toda ley". Un triomphe avec deux phases distinctes : tout d'abord, le protégé de Diego Robles a très intelligemment laissé aller son premier adversaire d'un cheval à l'autre, faisant mine d'être dépassé par la lidia du Palha. En deux chevauchées, le toro portugais avait déjà rencontré les fers à quatre reprises, évitant à Padilla d'avoir à intervenir au quite ou sur la mise en suerte.

A l'issue d'un tiers de banderilles bien commun – avec la troisième paire de calafía –, Padilla a livré sa faena standardisée, en donnant de la voix et en profitant de la générosité de la charge de son adversaire. Ne se croisant quasiment jamais, le torero jerezano ne s'est guère sali le costume, réalisant un plus grand effort sur le côté gauche, où le toro se livrait un peu moins et nécessitant donc un peu plus d'aguante dans ses attitudes. Progressivement, Padilla a gagné en clarté dans le tracé de ses naturelles, ne pouvant toutefois s'empêcher de boucler une série par un afarolado très tape-à-l'oeil...

En guise de conclusion à cette faena allègre et bien vendue, Padilla a réalisé une fois encore cet ersatz infâme de manoletinas, où le torero tourne et passe, même si son adversaire est à l'arrêt. Juan José Padilla est peut-être à l'origine d'une nouvelle passe de muleta : les "tourniquetinas", du fait du mouvement effectué autour du toro, avec rapidité et disgrâce.

C'est un tout autre Padilla que le public a retrouvé face au 5e toro, l'exemplaire le plus sérieux de la journée et reçu, comme il se doit, par une belle larga agenouillée. Après une mise en suerte par chicuelinas marchées, le toro de Palha a pris le fer mais s'est enfui de bon coeur, étalant au grand jour une mansedumbre de gala ! D'un cheval à l'autre, l'exemplaire de João Folque de Mendoça a fui le fer, avant de trouver refuge dans la querencia se trouvant sous la présidence. Quelques minutes plus tard, le locataire du palco déployait le mouchoir rouge pour signifier la pose des banderilles noires, réservées aux grands mansos qui ont été insuffisamment piqués.

Face à la déroute de ses banderillero, Juan José Padilla a agi en grand professionnel, décidant de banderiller lui même le toro de Palha avec les fameuses "veuves". Le Jerezano a étalé un grand courage face à un toro très vif et dangereux dans ses attaques, clouant une très belle troisième paire. C'est genoux en terre, avec un courage inouï, que Padilla est allé défier son adversaire, déboulant comme un train dans la muleta ! Une charge vibrante mais parfois imprévisible comme en témoigne ce violent désarmé faisant suite à un assaut qui aurait pu valoir à Padilla un spectaculaire accrochage. Muleta volant un mètre au-dessus du toro et Padilla obligé de sauter la barrière en plein milieu de faena, voilà une image que le public n'a guère l'habitude de voir.

Pourtant, en dépit de cette évidente mansedumbre et de cette violence débridée, ce 5e toro a mis de l'émotion en piste, et Padilla, très intelligemment, a su faire le spectacle en piste, avec courage et technique. Sans mauvais goût – NDR, comme quoi c'est possible –, Juan Joséa d'abord consenti son adversaire par demi-muletazos afin de retenir son attention et l'éviter de repartir vers les planches. Bouche fermée malgré la lourdeur des deux premiers tiers, le toro de Palha a continué à se battre avec vigueur dès lors que Padilla lui présentait la muleta sous le mufle...

Avec mérite, Padilla a poursuivi sa faena sur le côté droit alors que le toro continuait à le serrer dangereusement. Une bonne lame fera enfin ouvrir la bouche du manso pour une oreille de poids qui réconcilie Padilla avec le noyau dur de l'afición, plus sensible à la technique et à la valeur de l'engagement, qu'au grand spectacle de pacotille destiné à des publics trop faciles...

Inédit à Nîmes, le Colombien Paquito Perlaza a donc confirmé son alternative, vingt-quatre heures après Cayetano et face à un tout autre type de bétail ! Le toro de la cérémonie, brave et puissant au cheval, a occasionné un très beau premier tiers. Entre les deux rencontres à la cavalerie, Perlaza a pu imprimer sa personnalité sur un quite vibrant par chicuelinas. Après un spectaculaire cambio dans le dos – avec la montera sur ses pieds –, le torero sud-américain a conduit ses séries avec mérite, profitant de la charge généreuse et encastée de son adversaire. A l'ardeur des attaques du toro dans le leurre, Perlaza a répondu par une conduite absolue au niveau de la conduite des passes.

Plus accroché et moins convaincant sur le côté gauche, Paquito Perlaza a insisté par naturelles sans toutefois rompre sur ce côté là. Pugnace, le Colombien a proposé une belle série de manoletinas avant un dernier passage à gauche de meilleure composition. Un geste qui prouvait la détermination de Perlaza en cette journée de feria nîmoise.

Le sixième et dernier toro de la journée, puissant et spectaculaire au cheval – en basculant d'ailleurs au contact du caparaçon –, s'est avéré très sérieux tout au long du combat. Avec beaucoup de mérite, Perlaza l'a longuement consenti sur le côté gauche mais la faena a cruellement manqué de transmission. Le Colombien n'a pas été en mesure de passer la vitesse supérieure avec ce Palha, qui possédait un bon trajet à gauche. Averti puis désarmé une fois à droite, Paquito s'est alors accroché, livrant une meilleure conclusion à son ouvrage mais qui, après deux passages avec l'épée, n'aurait jamais dû déboucher sur une vuelta du torero !

Fiche technique de la corrida.

Source : Christophe Chay.


Arènes de NÎMES. Samedi 16 septembre 2006. 17 h 00.

Deuxième corrida de la feria des Vendanges. Temps beau et chaud. 2/3 entrée.


6 toros de PALHA (14 rencontres à la cavalerie et 9 "refilons" de pique au 5e exemplaire), bien présentés et correctement armés (exception faite du 4e, plus inégal en cornes, à la différence du 5e qui fut le plus sérieux d'armures), proposant différents degrés de race et de bravoure (les trois premiers exemplaires furent ceux qui poussèrent avec le plus de franchise sous le fer ; mention spéciale au brave et encasté 1er, qui fut le toro le plus complet de la course ; 6e, également brave ; 4e, faisant sonner les étriers, et 5e, manso de gala, condamné aux banderilles noires après plusieurs "refilons" de piques), mobiles et encastés, donnant un jeu varié (le meilleur fut le 1er ; 3e et 6e proposant également des charges vibrantes à la muleta ; 2e et 4e exigeant beaucoup du torero sans être impossibles),

pour


Denis LORÉ (saumon & or) : 1 avis et salut au tiers – 1 avis et salut au tiers.

2e toro : pinchazo en gardant l'épée – quasi-entière plate en arrière.

4e toro : un tiers de lame, descabello.



Juan José PADILLA (blanc & or, avec des fleurs roses) : 1 oreille – 1 oreille.

3e toro (dédié au public) : entière.

5e toro : entière.



Paquito PERLAZA (bleu roi & or) : salut au tiers – vuelta.

1er toro (dédié au public) : pinchazo – pinchazo profond en gardant l'épée – entière tombée.

6e toro : pinchazo en gardant l'épée – entière tombée en arrière.



Présidence : M. Laurent Burgoa, assisté de MM. Pujante et Garcia.

Durée de la course : 2 h 45.

Remarques :

Paquito Perlaza se présentait à Nîmes : il a confirmé son alternative des mains de Denis Loré, en présence de Juan José Padilla face au toro Peluquero, n°48, negro, 487 kg, né en septembre 2001, de Palha.

Les banderilles noires ont été posées au 5e toro par Juan José Padilla en personne.


Reseña des toros de Palha :

1.Peluquero, n°48, negro, 487 kg, né en septembre 2001 (applaudi à l'arrastre).

2.Peluquero II, n°60, negro, 525 kg, né en octobre 2001 (applaudi à l'arrastre).

3.Político, n°93, negro, 460 kg, né en décembre 2001 (ovationné à l'arrastre).

4.Yeguero, n°87, negro, 465 kg, né en novembre 2001 (silence à l'arrastre).

5.Diarra, n°141, negro listón mulato, 470 kg, né en février 2002 (silence à l'arrastre).

6.Sanluqueño, n°136, negro, 486 kg, né en février 2002 (légèrement applaudi à l'arrastre).

Photo : Triomphe de Juan José Padilla - Photo corrida.tv