Comme bien d'autres anthropologues culturels, Edward Hall estime que la dimension individualisme, collectivisme est un facteur important pour l'étude et la différenciation des cultures nationales. Il divise les cultures du monde en 2 catégories: les high context cultures plus marquées par le collectivisme et les low context cultures plus marquées par l'individualisme.
Les cultures de l'Asie de l'Est, influencées par le confucianisme, portent le sceau du collectivisme. Elles sont plutôt émotionnelles, affectives, enclines au rêve et rattachées plus à l'intuition qu'à l'analyse logique, marquées par la chaleur humaine, l'interdépendance, le respect de l'âge. Elles s'expriment verbalement, mais encore plus par des manifestations non verbales (gestes, rire, silence).
Le comportement de l'individu est dicté, consciemment ou inconsciemment par les impératifs des groupes sociaux, famille, village, corporations...
Dans ce cadre de l'Asie de l'Est, il va sans dire que la culture vietnamienne relève du type high context communication, marqué par le collectivisme, c'est à dire que les individus sont intégrés très tôt dans les groupes sociaux forts et bien soudés qui les protègent en échange d'une loyauté indéfectible.
Les cultures collectivistes d'Asie, imbues de confucianisme, ignoraient pendant longtemps le concept philosophique de l'individu, concept forgé par l'Occident. Le mot d'ordre philosophique, et socio-politique de l'Occident est "human rights" (droits de l'homme) lequel implique surtout les droits et non les devoirs et responsabilités de l'individu. Pour les cultures confucianisées, ce sont plutôt les devoirs de l'homme (human duties) social, l'accent étant mis sur les responsabilités de l'individu, les contributions de l'individu à la société. La langue vietnamienne reflète ce souci collectiviste. Il n'y a pas de pronoms personnels neutres pour dire "je" et "vous" comme dans les langues occidentales. Il y a une vingtaine de ces pronoms à choisir sur la base de l'âge, du statut social et de l'intimité réciproques quand on veut parler à quelqu'un. S'agit-il d'un parent d'élève, fonctionnaire âgé d'une vingtaine d'années... Il a à choisir entre plusieurs pronoms personnels : cháu (votre neveu) pour dire je, bác (tante) pour vous, si on met l'accent sur l'âge, cô (institutrice) pour dire vous si on met l'accent sur le côté officiel, chò (grand : sœur) pour vous, em (votre petit frère) pour je si les rapports sont peu intimes. Si une jeune femme vous appelle bác (oncle), elle vous a mis au banc des ancêtres, elle vous respecte mais pas de flirt possible.
Une petite remarque sur les mots cám ôn (merci) que tout étranger sait par coeur. Traditionnellement, il n'est pas très poli de dire simplement cám ôn , il faut le faire suivre d'un pronom personnel adéquat : cám ôn ông (= je vous remercie, monsieur), cám ôn anh (je vous remercie, grand-frère- Quand on s'adresse à un jeune homme) etc...
Le problème de la "face" est une manifestation importante de la culture collectiviste. Bien qu'il existe dans toutes les cultures, il est beaucoup plus grave dans les cultures collectivistes. Yoshiko Higuchi, dans une étude comparative, estime que dans la société vietnamienne, il revêt une importance plus grande qu'au Japon... Selon l'ethnologue américaine Ruth Benedict, la culture japonaise est celle de la honte, différente de la culture occidentale qui est celle du péché. En Occident, quand l'individu sent qu'il commet un péché, il confesse à Dieu et il est absout. Au Japon, le fautif ne peut laver sa honte parce qu'il est condamné par son groupe social qui est anonyme. Quand on perd la face, on ne peut la racheter... C'est aussi le cas au Vietnam où le souci de la face inspire des comportements que les Occidentaux ne comprennent pas. Ainsi, quand on reçoit un cadeau, on n'ouvre pas le paquet devant celui ou celle qui le donne de peur d'être pris pour une personne intéressée, on sourit ou rit souvent sans cause apparente, pour cacher son embarras, pour éviter de dire quelque dure qui puisse faire perdre la face à l'interlocuteur (on se permet même des mensonges anodins dans ce cas, ce que les Occidentaux taxent de malhonnêteté). Dans les discussions d'affaires, par souci de la face, on préfère le style indirect, tournant longtemps autour du pot avant d'aborder l'essentiel.
(source : Huu Ngoc/CVN)