bLes matadors de toros César Rincón, El Juli, Andrés de los Ríos et l’éleveur colombien Miguel Gutiérrez ont ouvert la Grande porte des arènes de Manizales à l’issue de la corrida historique qui s’est déroulée ce samedi, en fin d’après-midi, dans la cité colombienne. Le trio de toreros s’est partagé un total de dix oreilles – dont deux symboliques – alors qu’un toro a été gracié et qu’un autre exemplaire a été honoré d’un tour de piste posthume. La plaza de toros Monumental de Manizales a enregistré un plein de no hay billetes pour cette cinquième et dernière corrida de la Feria du Café.

Le cartel, hispano-colombien, réunissait César Rincón, Julián López El Juli et Andrés de los Ríos, opposés à six toros de Ernesto Gutiérrez, correctement présentés, braves en général (excepté le 4e exemplaire, manso) et donnant un grand jeu (le 6e, Carbonero, n°199, a été gracié ; tour de piste posthume au 1er, tous les autres applaudis à l’arrastre, excepté le 4e, qui a eu un silence).

César Rincón a coupé les deux oreilles du premier toro de la corrida puis a écouté un silence à l’issue de sa seconde prestation.

El Juli a ravi les deux pavillons de ses deux adversaires.

Andrés de los Ríos s’est vu octroyer deux trophées à l’issue de sa première faena puis a coupé deux oreilles symboliques après avoir gracié le dernier exemplaire de l’après-midi.


L’afición de Manizales a vécu l’une de ces courses magiques où l’alchimie entre le bétail et l’inspiration des toreros ne font qu’un, transportant les spectateurs durant deux heures de création tauromachique des plus intenses… Les chiffres sont là pour attester de l’intensité de cette dernière corrida de la Feria du Café avec dix oreilles coupées, un public aux anges et un Juli impérial, à qui a d’ailleurs été attribué le titre du triomphateur, le fameux trophée de la Cathédrale en or de Manizales. Le torero madrilène a incontestablement marqué les esprits en montrant qu’il faudra encore une fois compter avec lui en 2007.

César Rincón a débuté cette « corrida de rêve » en recevant un premier exemplaire de grande note d’Ernesto Gutiérrez, reçu avec goût et mesure à la cape. Muleta en main, le maestro colombien n’a pas tardé à trouver le sitio juste, embarquant son partenaire dans des séries de muletazos ambidextres fort intenses. Une épée quelque peu basse ne l’a pas empêché de couper deux oreilles, justement gagnées avec la serge.

Son second adversaire, plus manso et mesuré dans ses attaques, ne lui a pas permis de parachever son succès comme il l’aurait souhaité. Le torero sud-américain s’en est rapidement débarrassé après quelques essais infructueux avec la muleta.

El Juli a été le torero du jour et le maestro de cette feria de Manizales, proposant deux facettes bien distinctes de son toreo. Complet avec la cape, le torero madrilène a d’abord fait rugir le public de la Monumental en signant un quite par tafalleras des plus ajustés. La faena qui a suivi a été un véritable modèle du genre en matière de sens exact des distances et de domination de son adversaire. Souriant et détendu, le Juli a toréé « de salon », avec une apparente et déconcertante facilité. Approfondissant chacun de ses muletazos, le protégé de Roberto Domínguez a littéralement écoeuré son adversaire par la maestria de sa technique, enfonçant une grande lame, légèrement tombée, et synonyme de deux grandes oreilles.

Sa seconde faena a été une nouvelle démonstration de technique et d’intelligence du toreo, avec un adversaire de charge mois évidente que le précédent. Avec patience, le torero de Velilla de San Antonio a su façonner le trajet du toro de Gutiérrez, améliorer le son de sa charge pour le conduire enfin sur un exquis et long parcours. Une leçon de tauromachie avec un grand « T » et une faena à passer dans toutes les écoles taurines. Un coup d’épée légèrement en arrière et deux nouvelles oreilles à la clef.

Andrés de los Ríos ne s’est pas laissé impressionner par la démonstration de ses deux prestigieux aînés ; lui aussi s’est invité à la table du triomphe dans un corte de toreo où certains ne l’attendaient peut-être pas. Plus élégant et plus posé en piste, le jeune torero colombien a remarquablement toréé le troisième exemplaire de la course, liant une faena d’intensité croissante avant de porter une entière de première catégorie. Deux oreilles en main, de los Ríos savait d’ores et déjà que la Grande porte était acquise.

C’est donc en totale liberté d’esprit que le matador de toros sud-américain a reçu le dernier exemplaire de l’après-midi, faisant preuve d’une grande inspiration avec la cape, notamment par gaoneras. Avec un public colombien en feu, Andrés de los Ríos a joué le banco sur le sable de Manizales : genoux en terre, il a embarqué avec cran et tempérament les premiers assauts du noble toro d’Ernesto Gutiérrez dans sa muleta. Une faena vibrante et enflammée, à laquelle il a manqué plus de temple en comparaison à la précédente. Les spectateurs, chauffés à blanc, ont rapidement oublié les carences de l’ensemble pour se fixer sur le jeu extraordinaire étalé par l’animal.

A l’unanimité, les spectateurs ont réclamé la grâce de ce toro d’Ernesto Gutiérrez, qui a été accordée par la présidence. Conclusion heureuse d’une corrida qui sera marquée à jamais dans les annales des arènes de Manizales. Les toreros et l’éleveur sont sortis en triomphe sous une pluie d’œillets.


La réplique miniature de la Cathédrale en or de Manizales est revenue à El Juli, pléthorique lors de la corrida de clôture de la Feria du Café - photo cabinet de presse d'El Juli.