Charles Baudelaire (1821-1867). Les Paradis artificiels. Opium et haschisch
Charles Baudelaire (1821-1867). Les Paradis artificiels. Opium et haschisch, Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1860, in-8°, édition originale, premier état et annotations autographes. Estimation : 250 000/350 000 €.
C’était une douce habitude. L’année du bibliophile comportait ses deux rendez-vous obligatoires, avec les ventes Berès. Il faut s’y préparer, cette vacation sur deux jours épuise le fonds de la librairie, mais réserve encore quelques pépites - et non des moindres. Érudit, doué d’une mémoire prodigieuse et d’un charme ensorcelant, dénicheur impénitent de raretés, Pierre Berès avait accumulé - ou " aura ", si, décidant de revenir sur sa décision de prendre sa retraite, il reprenait bientôt une activité de libraire, même en chambre - des exemplaires rares et des manuscrits que tout le monde pensait disparus, comme celui du Voyage au bout de la nuit de Céline. Adjugé et sitôt préempté en 2001, environ 2 M€ en valeur réactualisée, ce lot détient toujours l’adjudication record pour un manuscrit en ventes publiques. Il est étonnant que Berès, "gentilhomme marchand", comme le nomme l’expert de la vente, Jean-Baptiste de Proyart, ait eu une fascination pour ces écrivains aux personnalités hors normes, tels Rimbaud - vedette de la quatrième vente avec douze lots totalisant 2 141 000 € -, Flaubert, Céline et Baudelaire. Ce dernier, "homme moderne", selon Verlaine en 1865, "avec ses sens aiguisés et vibrants, son esprit douloureusement subtil, son cerveau saturé de tabac, son sang brûlé d’alcool", est le héros de la vacation finale. En 1864, pensant trouver en Belgique un éditeur pour ses oeuvres anciennes ou inédites, et surtout plus de liberté, Baudelaire part pour Bruxelles, où il donne une série de conférences sur Delacroix, Gautier et Les Paradis artificiels, livre publié en 1860. Divisé en deux parties, son recueil débute par Le poème du haschich, considération mi-philosophique, mi-scientifique, sur l’usage et les effets de cette drogue - en quatre chapitres. Avec rigueur, Baudelaire fait le tour de la question, se plaçant selon les points de vue physique et moral. Il avait bien sûr participé à quelques séances du club des Hashischins, à l’hôtel de Pimodan, où se retrouvaient entre autres Balzac, Gautier et Nerval. Baudelaire constate vite l’ambiguïté de la drogue sur l’ivresse qu’elle procure et son intérêt mitigé pour la création poétique : "Il est de la nature du haschisch de diminuer la volonté et qu’ainsi il accorde d’un côté ce qu’il retire de l’autre, c’est-à-dire l’imagination sans la faculté d’en profiter." La seconde partie, Un mangeur d’opium, est une compilation commentée des Confessions d’un mangeur d’opium anglais de Thomas de Quincey, où l’on remarque la justesse d’analyse et la limpidité du style de Baudelaire. Pour préparer sa série de conférences bruxelloises, le poète écrit l’introduction sur son exemplaire d’auteur, couvrant aussi le verso et le recto de la page de faux titre. Il porte également une série d’annotations marginales de divers points de repère et rédige une conclusion importante. Pierre Berès a acheté ce livre annoté à Maurice Chalvet, libraire et expert lui aussi, qui, bien qu‘interrogé par Louis de Sadeleer sur les grands papiers des Paradis artificiels, se gardât bien de lui montrer son exemplaire... Une méthode employée aussi par Pierre Berès, qui toujours surprend le monde des bibliophiles. (courtesy www.gazette-drouot.com)
Lundi 17, mardi 18 décembre, salle 9. Pierre Bergé & Associés SVV. M. de Proyart
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