26111125_pLa flûte des H'Mông, une ethnie minoritaire vivant dans la région du Nord-Ouest, a réussi à s'imposer dans les milieux professionnels de la musique. Le mérite revient à Luong Kim Vinh, un flûtiste professionnel, qui a consacré sa vie à l'étude et à l'accord de cet instrument.

L'histoire commence en 1970, lorsque la troupe artistique de la province de Lào Cai (Nord), dont Luong Kim Vinh est un mem-bre, fait une tournée dans les hautes régions du Nord-Ouest. La route menant au district de Muong Khuong est tellement sinueuse que les artistes doivent poursuivre leur chemin à pied, accompagnés de quelques chevaux transportant les bagages et les instruments musicaux. Un bref repos à mi-chemin sur le versant de la montagne, pour reprendre haleine et comtempler les magnifiques paysages sauvages. Soudain, retentit au loin un étrange air de flûte qui intrigue les musiciens professionels. La fatigue disparaît. "C'est la première fois que j'ai entendu une telle mélodie, à la fois originale et romantique, qui confèrre son caractère unique à la flûte des H'Mông", déclare Luong Kim Vinh. Faite en bambou, elle ne quitte jamais les hommes H'Mông. Au point qu'une de leurs expressions dit que "celui qui ne sait pas exprimer ses sentiments par un air de flûte ne pourra jamais trouver la moitié de sa vie. Celle qui ne sait pas jouer de la guimbade ne pourra jamais trouver l'homme de son coeur".

4419Appeler sa bien aimée par le son de la flûte

Depuis ce jour-là, notre homme rêve de posséder cet instrument et surtout de l'introduire dans un orchestre moderne. Son premier enseignant se nomme M. Phin, domicilié dans le district de Bat Xat, à l'extrême nord de la province de Lào Cai, tout proche de la Chine. Un vieux H'Mông excellant dans la fabrication de couteaux, fusils de chasse, flûtes traversales des H'Mông et khèn (flûte de Pan très répandue chez les ethnies minoritaires du Nord). Flûtiste professionnel, Luong Kim Vinh fait alors connaissance avec la flûte sans difficulté. Après quelques jours d'entraînement, il en maitrise les techniques tout en s'imprégnant des airs folkloriques des montagnards. Au bout de quel-ques temps, il joue Appeler sa bien aimée devant M. Phin. La satisfaction se lit sur le visage de l'enseignant H'Mông qui observe en souriant : "C'est superbe. Tu vas devenir un vrai homme H'Mông". Enthousiaste, Luong Kim Vinh interprète ensuite, à merveille, Aller au champ et Offrir de l'alcool, réputées pour leur mélodie complexe. M. Phin pose au musicien une question anodine mais fortement suggestive : "Mais, pourrais-tu fabriquer une flûte ?". Et, une fois de plus, l'artiste demande à devenir l'élève du vieux H'Mông.

Au bout d'une dizaine de jours d'efforts dans la soufflerie de son professeur, Luong Kim Vinh parvient à tailler la languette, l'élément le plus typique et raffiné de la flûte des H'Mông, qui permet d'émettre des sons timbrés tels qu'ils existent de la nature. Couleurs particulières de la forêt et de la montagne, avec les gazouillements des oiseaux et les murmures des ruisseaux, le bruissement des feuilles, les murmures de confidence des amoureux...

Aux premiers temps, exposées sur le stand de flûtes de M. Phin au marché, les flûtes de son élève ne trouvent pas d'acquéreur. L'explication est simple : "Elles sont jolies mais ne +parlent+ pas la langue des H'Mông", remarquent des jeunes H'Mông. La faute se trouve dans la technique de fabrication. Toute réflexion faite, M. Vinh s'emploit à accorder ses flûtes, jusqu'à ce qu'elles puissent renvoyer la "voix" de la montagne. Il se met alors à tester son nouvel ouvrage. Il joue alors d'une traite Appeller sa bien aimée, et une fois terminée, entend le coeur palpitant de nombreuses "réponses" de femmes H'Mông jouant de leur guimbarde. "Mon enfant, tu es désormais capable d'aller conter fleurette chez les H'Mông", s'est félicité son vieux maître. Et, moins évident, les flûtes fabriquées par l'artiste de la plaine sont devenues depuis un "best-seller" sur le marché montagnard. Il est surnommé désormais "Roi de la flûte".

Cependant, Luong Kim Vinh n'en a pas fini avec cette flûte. Il veut désormais l'introduire dans un orchestre moderne. De nature très restreinte en gamme, elle ne s'accorde absolument pas avec un ensemble. Après de longues études et de multiples essais, il arrive à lui joindre des instruments pour qu'elle intègre finallement l'orchestre de la troupe artistique de Lào Cai. Chose admirable, l'instrument rénové peut interpréter à la perfection, comme celui d'origine, toutes les mélodies folkloriques des H'Mông.

4419Flûtiste de père en fils

Plus d'une fois, la flûte des H'Mông de Luong Kim Vinh est partie se produire à l'étranger. En Russie par exemple, les airs mélodieux de la montagne vietnamienne ont ensorcelé les auditeurs. "Il n'est pas imaginable qu'un simple objet comme ça, c'est-à-dire de quelconques morceaux de bambou assemblés, puisse évoquer de façon harmonieuse tout un espace sonore de la forêt et de la montagne", observe alors le ministre russe de la Culture, stupéfié. En Corée du Sud, un journaliste local n'a pas caché son admiration. "C'est magnifique. Il existe chez nous diverses sortes de flûtes, mais celle des H'Mông l'emporte", remarque-t-il.

Auparavant, notre flûtiste a décroché une médaille d'or lors d'un festival national des arts scéniques, organisé en 1970 à Quang Ninh (Nord), avec sa mélodie Nuit de lune au village des H'Mông. Sa sonorité a alors été considérée par le vice-ministre de la Culture de l'époque, Cù Huy Cân, comme "un tonnerre résonnant dans le ciel de la baie de Ha Long".

À l'âge de 71 ans, le flûtiste Luong Kim Vinh respire toujours la vitalité de la jeunesse. Sa petite maison, située au milieu d'un jardin dans l'enceinte de la ville de Lào Cai, semble remplie de musique. Chaque fois qu'il joue de sa flûte, les oiseaux viennent nombreux gazouiller en guise de réponse. "La flûte retient mon âme et me rajeunit", avoue-t-il.

Son amour pour la flûte traversale, il l'a transmis à son fils ainé, Luong Thang Long, professeur au Conservatoire de musique de Hô Chi Minh-Ville et à son second fils, Luong Hung Viêt, professeur à l'École supérieure de la culture et des arts de l'armée. Ce dernier a remporté 8 médailles d'or et un Ordre de l'Étoile rouge grâce à la flûte renovée de son père. Enfin, ses 2 petites-filles, Vu Thu Huong, 15 ans, et Vu Thanh Hang, 13 ans, ont aussi fait parler d'elles avec les mélodies des H'Mông. "Toute ma famille est amoureuse de cette flûte", s'enorgueillit Luong Kim Vinh. (Nghia Dàn/CVN)