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Zao WOU-KI - COMPOSITION, 1986

Huile sur toile signée en bas à droite, contresignée et datée 1er avril 1986 au dos. 150 x 162 cm. Estimation : 450 000 / 500 000 €

Provenance : Collection particulière, Belgique

Notes : Au printemps de 1948, après trente-six jours de mer, Zao Wou-Ki débarquait à Marseille et s'installait à Paris.
Trente-huit années plus tard, au coeur de Montparnasse, il peignait ce tableau matérialisant les désirs de sa jeunesse, lorsque, le long du lac Hang-tcheou, il marchait absorbé par le spectacle d'une nature en perpétuel changement selon les heures de la journée et l'alternance des saisons ; fasciné par la multiplicité de l'espace à la surface de l'eau, la légèreté de la lumière ou son épaisseur, entre le lac et le ciel.
Guetteur infatigable, il attendait le passage de l'air sur le calme de l'eau, le murmure d'un souffle de vent agitant les feuilles des bouleaux et des érables.
Vision sans anecdotes d'un univers révélé le long des berges sauvages et silencieuses du lac Hang-tcheou où régnait l'espace, ses étirements et ses contorsions et l'infinie complexité d'un bleu dans le minuscule reflet d'une feuille sur l'eau.
Mais comment peindre le vent ? comment peindre le vide ? la lumière ? la clarté ? la pureté ? « je ne voulais pas représenter, mais juxtaposer les formes, les assembler pour que l'on y retrouvât le souffle de l'air sur le calme de l'eau ».
Il lui aura fallut du temps, beaucoup de temps, et l'épanouissement progressif de sa liberté pour qu'une œuvre comme celle-ci, où le spectateur et lui-même puisse se promener, soit possible.
Voyage imaginaire issu de son univers intérieur, plein de tempêtes et d'accalmies, de remous telluriques et d'assomptions aériennes ; espaces suspendus entre l'être et le non-être, mirages de l'invisible renfermant les âmes de Tchouang-Tseu et de Lao-Tseu, brassage des éléments identifiables du flux intérieur, souffle cosmique s'érigeant en une symphonie où se retrouvent l'Occident et l'Extrême-Orient, l'énergie et la contemplation.
OEuvre aux inflexions audacieuses, aux dissonances aigues intégrant dans sa structure polyvalente les « accidents » de la brosse, les empâtements, giclures, coulées du pinceau. Couleurs chantantes, inversées par le réseau linéaire de la structure et qui prolongent leurs ondes lumineuses irradiant l'espace selon leur axe et surtout selon la résonance en profondeur du vide médian.
L'artiste chercheur jamais ne s'arrête au temps de ses succès. Il s'engouffre volontairement dans le chemin qui mène à l'infini. Peu lui importe alors d'abandonner au bord de la route le vêtement de sa renommée. Le millésime jamais ne donna de qualité au tableau. Si la jeunesse sied bien à certains, pour d'autres il est besoin des drames et des joies de l'existence pour qu'avec l'infinie fraîcheur de la perle et du jet, leur passé devienne présent. Si Zao Wou-Ki inscrit une date au bas de ses oeuvres ce n'est autre qu'une date de naissance qui l'inscrit dans la trame chronologique l'unissant à la vie.

Vente du Dimanche 6 Juillet 2008. Importants Tableaux Abstraits et Contemporains, Sculptures. Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse - 78000 Versailles