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Importante statuette de Vénus pudique. Padoue, début du XVIe siècle, attribué à Severo da Ravenna (1496-1538)

bronze à patine brune avec traces de vernis noir ; sur un socle circulaire en porphyre et marbre noir. haut. (bronze) 27 cm; socle 6,5 cm; diam. 11 cm.  Estimate: 120,000—180,000 EUR

BIBLIOGRAPHIE:
J. Warren, 'Francesco Francia and the Art of sculpture in Renaissance Bologna', dans The Burlington Magazine, CXLI (1999), p. 216-225.
J. Warren, Renaissance Master Bronzes from the Ashmolean Museum, Oxford. The Fortnum Collection, 1999, p. 56-57, n° 14.
F. Duret-Robert, 'Les Bronzes de la Renaissance Italienne', Connaissance des Arts, Avril 1975, p. 99-103.

NOTE: Par son style et par la technique de sa fonte, cette belle Vénus pudique peut être considérée comme une œuvre de Severo da Ravenna (1496-1538), actif à Ravenne et Padoue vers 1510. Pour la composition, l'artiste s'est inspiré de statues antiques comme la Vénus Félix ou l'Aphrodite de Cnide, œuvre hellénistique tardive du célèbre Praxitèle, décrite dans les écrits de Pline l'Ancien. La composition nous est parvenue par des petites statuettes en bronze de l'époque gréco-romaine (Fig.1).
Vénus est vêtue d'une draperie à l'antique, dit himation, enveloppant ses jambes. Les yeux en amande et un nez pointu, son visage aux traits fins est allongé. Sa chevelure ondulée est retenue par un diadème, et attachée à l'arrière en un chignon avec quelques boucles retombant sur ses épaules. Sa tête est légèrement tournée vers la droite, sans doute pour se regarder dans un petit miroir qu'elle tenait à la main (aujourd'hui perdu). Le corps aux formes sveltes arrondies est marqué par un élégant mouvement en contraposto. Elle cherche à cacher sa nudité avec sa main droite et retient en même temps les plis de sa draperie glissant sur ses jambes. On remarque sa belle chevelure traitée en fines mêches ondulées, ses yeux en amande grand-ouverts avec les pupilles incisées, le nombril traité en creux et la surface martelée du tissu drapée. De plus, notre Vénus se distingue par la finesse des doigts des mains et des pieds, avec les ongles et les pliures de la peau bien visibles et délicatement travaillées, tout à fait caractéristiques des bronzes de Severo da Ravenna. C'est Charles Avery qui évoqua le premier en 1993 le nom de Severo da Ravenna à propos de l'exemplaire en bronze doré conservé au musée de Pittsburgh, en le comparant à une Vénus de la collection Henry Pfungst. Ce bronze, réapparu en 1984 à New York (Sotheby's, 23-24 novembre, 1984, lot 92), comme appartenant à la collection Albert E. Ganz, représente une Vénus dans une attitude similaire, à l'exception du regard tourné vers la droite et la présence d'une corne abondance dans son bras gauche.
Considéré par Planiscig en 1904 comme œuvre du Padouan Andrea Riccio (1470-1532), c'est Jeremy Warren qui, dans son article en 1999, attribue la Vénus pudica conservée à l'Ashmolean Museum à Francesco Raibolini, dit il Francia (1450-1517), peintre, orfèvre, médailleur et sculpteur, originaire de Bologne. En effet, on retrouve dans le dessin des Trois Saintes, réalisé par Francia en 1502 (Uffici, Florence) la même attitude des corps et un traitement similaire des draperies qui permettraient d'y voir la main de Francia. A partir de 1485, Francia réalise des pièces d'orfèvrerie incrustées de gemmes et des tazze en vermeil pour la famille d'Este, et il est également l'auteur de médailles ainsi que plusieurs Baisers de paix en nielle, conservés au musée de Bologne.
Outre notre bronze, quatre autres versions de Vénus pudique sont connues, dont l'exemplaire d'Oxford, acquis par Fortnum en 1851 (Fig. 2), la version en bronze doré au Frick Art Museum de Pittsburgh (ancienne collection Pierpont Morgan), un bronze au musée du Louvre (inv. OA 9119), et une statuette jadis dans la collection Léon Bagrit, Londres (cf. Y. Hackenbroch, op. cit., p. 214-17), dont la localisation actuelle est inconnue.
Le bronze présenté ici pourrait être celui mentionné dans le catalogue de l'Exposition au South Kensington Museum à Londres en 1862, provenant de l'ancienne collection de Lady Sophia des Vœux (1875).
Nous remercions Jeremy Warren, conservateur en chef à la Wallace collection, pour son aide précieux à l'étude de ce bronze.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES:
L. Sighinolfi, 'Note biografiche intorno a Francesco Francia', Atti e Memorie della Reale Deputazione di Storia Patria per le Romagne,4e édition, VI, 1916, p. 149.
- Y. Hackenbroch, 'The Female Nude: Bronzes in the Collection of Mr Leon Bagrit, Part II', The Connoisseur, CXLIII, Mai 1959, p. 214-217.
C. Avery, Renaissance and Baroque Bronzes in the Frick Art Museum, Pittsburgh, 1993, p. 43-47.

Sotheby's. Important Furniture, Sculptures and Works of Art. 22 Oct 08. Paris. Photo Courtesy Sotheby's. www.sothebys.com