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Exceptionnel tapis de la manufacture royale de la Savonnerie d'époque Louis XV, vers 1740-1750, d'après un carton de Pierre-Josse Perrot

à fond brun foncé, orné au centre d'un cartouche aux armes de France sur un globe, entouré des colliers de Saint-Michel et du Saint-Esprit, entouré d'ailes déployées et surmonté d'une couronne royale, dans un entourage de feuilles d'acanthe dans les tons bleus et carquois ; les écoinçons à décor de rinceaux d'acanthe pourpres et roses et cornes d'abondance d'où s'échappent des bouquets de fleurs et fruits ; les côtés ornés de larges coquilles et ailes de chauve-souris; bordure intérieure à fond bleu vif et bordure extérieure de couleur or ornée d'oves. 567 cm x 603 cm. Lot Sold 2,528,750 EUR

PROVENANCE: Très vraisemblablement les collections de la Couronne

collection aristocratique européenne, puis vente Christie's à Londres le 9 juin 1994, lot 135

collection de Monsieur et Madame Riahi, vente Christie's à New York, le 2 novembre 2000, lot 59

Bibliographie : F. M. Ricci, Quelques chefs-d'oeuvres de la collection Djahanguir Riahi, Paris, 2000, pp. 167-171

E. Floret,Tapis dans le Monde, Paris, 1996, p. 243.

Anonyme, "Savonneries top of the bill", Hali, issue 76, pp. 137-138

E. Floret,"La Savonnerie," Hali, issue 78, (couverture)

D. Shaffer, "The secret of success", Hali, Issue 114, p. 9

Références bibliographiques : G. Alm, Kungaslott från Vasa till Bernadotte, Stockholm, 1997

C. Bremer-David, French Tapestries and Textiles in the J. P. Getty Museum, Los Angeles, 1997

E. Floret, "La Savonnerie", Hali, Issue 78, pp. 82-87

X. Salmon, Madame de Pompadour et les arts, cat expo. château de Versailles, Paris, 2002

S. Sherill, Carpets and Rugs of Europe and America, New York, 1995

P. Verlet, Savonnerie, The James A. de Rothschild collection at Waddesdon Manor, London, 1982

Jean Vittet, Tapis de la Savonnerie pour la Chapelle Royale de Versailles, Paris, 2006

NOTE: Ce tapis est sans aucun doute l'un des plus beaux tapis tissés en France au XVIIIe siècle qui nous est parvenu dans cet état, la fraîcheur et l'éclat des couleurs sont probablement identiques aux tons d'origine. Ce tapis a été tissé à la manufacture royale de la Savonnerie, dans le nord ouest de Paris (fig.1), sur un carton de Pierre-Josse Perrot. Ce nom apparait au départ dans les registres des Gobelins en tant que peintre avant d'être rattaché à celui de la manufacture royale de la Savonnerie. Pierre-Josse Perrot a travaillé à la manufacture entre 1725 et 1750 où il semble avoir été responsable de la plupart des modèles créés pendant la première partie du règne de Louis XV. Il était à l'initiative des modèles et souvent le réalisateur des modelli que l'on peut encore voir dans les archives de la manufacture et le fonds Duvivier. Certains de ses cartons nous sont parvenus (voir fig. 3), ils illustrent une maîtrise parfaite de l'art rocaille avec de subtils mouvements et enchevêtrements de rinceaux d'acanthe, coquilles, fleurs et fruits "au naturel". Ses compositions rocailles ont été suivies à la manufacture jusqu'à la Révolution et son style abouti est magnifiquement illustré par le tapis que nous présentons. Le cartouche central ornant les tapis réalisés par Perrot pour Louis XV reprennent toujours les attributs royaux (fig. 2) comme c'est le cas ici : armes de France, les L entrelacés comme celui conservé dans les collections James A. de Rothschild à Waddesdon Manor dans le Buckinghamshire (fig. 4). Les compositions qui ne reprennent pas les attributs royaux étaient destinés à des commanditaires qui n'appartenaient pas à la famille royale, un tapis certainement réalisé d'après un carton de Perrot est conservé dans les collections royales suédoises au palais Haga, (HGK. 474), il est décoré au centre d'une rose moresque, rehaussé de fleurs, fruits et ailes de chauve-souris (fig. 5). Perrot, à la différence de ses prédécesseurs comme Charles Le Brun qui utilisait en grand nombre les trophées guerriers en hommage et référence au tempérament belliqueux de Louis XIV, a privilégié des dessins emprunts d'une sensibilité plus baroque. La présence de carquois et brandons entourant les ailes déployées n'aurait pas selon P. Verlet (op. cit. p. 208) un symbolisme guerrier mais célèbrerait plutôt l'Amour.

Le modèle de ce tapis est décrit à trois reprises dans le Journal du Garde-Meuble de la Couronne et pour la première fois en 1735 sous le n°318 :

"Dud. jour 28 février 1735.

Livré par le Sr DuVivier inspecteur de la manufacture Royalle de la Savonnerie, pour servir sous la table de la salle à manger du Roy dans le Salon de chateau de la Muette;

Un Tapis d'ouvrage de laine de Savonnerie, fond bleu, chargé d'un grand compartiment fond noir , dont le milieu est orné d'un grand cartouche des armes de france couronnées, entourées des ordres du roy et surmontées d'un Vol Eployé accompagnées de palmes, fleurs et de quatres petits trophées formés par un carquois et un brandon en sautoir, liés d'un ruban bleu; au coins sont quatre cornes d'abondance, avec feuilles de refent et guirlandes de fleurs au naturel , et dans les milieux quatre cartouches en forme de Coquilles avec ailes de chauve souris. La bordure couleur de bronze formée par une baguette de mme coulleur, et par des oves fond pourpre; Le tapis de 5 au. 1/16 de long sur 4 au. 15/16 de large" soit (6,024 x 5,87 m)

La description nous renseigne sur la destination du premier tapis, la salle à manger du château de la Muette (fig. 6) quelques années avant que Louis XV fasse appel aux architectes Jacques Gabriel et Ange-Jacques Gabriel pour rénover et remeubler cette résidence dans laquelle il aimait passer du temps avec Madame de Pompadour.

Les descriptions suivantes emploient des mots légèrement différents, les ailes de chauve-souris deviennent un cartouche en espèce de toile d'araignée mais elles sont suffisament précises pour reconnaître sans aucun doute le modèle, les dimensions sont quant à elles très voisines.

Le second fut exécuté cinq ans plus tard et livré le 18 février 1740 apparait sous le numéro 325 , probablement sur ordre du roi, puisqu'il orne la même année la salle à manger du château de Choisy (fig. 7). Il appartient encore en 1789 au mobilier de la couronne qui l'avait utilisé ponctuellement pour des cérémonies comme le déplacement de Louis XVI à Brest. A cette époque il est indiqué que les couleurs sont bien passées, le tapis est ensuite vraisemblablement vendu au marchand Bourdillon en 1797.

Le troisième a été livré le 19 septembre 1761 pour servir au bas de la chapelle du roy à Fontainebleau quand sa majesté y entend l'office (fig. 8) où il a probablement rarement servi. L'inventaire de 1789 (Arch. nat. O1 3347) nous renseigne sur le sort de ce tapis qui est décrit comme très beau puis vendu sous le Directoire à Chapeaurouge, il est proposé à Napoléon Ier en 1806 qui le reprend par l'intermédiare du garde-meuble, qualifié de très frais et possédant encore son écusson de France au milieu de fleurs de lys, il est livré au château de Fontainebleau où il est encore conservé de nos jours.

Trois tapis de ce modèle sont donc répertoriés dans les livraisons du garde -meuble mais l'administration royale a pu en commander de son côté pour meubler un édifice, ainsi que certains Ordres comme ceux de Saint-Lazare ou le Saint-Esprit. Le ministère des Affaires Etrangères avait également pris l'habitude de recevoir de prestigieuses séries de tapisseries et tapis destinés à être offerts comme cadeau diplomatique.

Cette hypothèse est confortée par le fait qu'il existe aujourd'hui quatre tapis de ce modèle en plus de celui ci et de celui de Fontainebleau :

- l'un conservé au château de Chambord avec une composition légèrement modifiée

- un second se trouve dans le salon Huet du musée Nissim de Camondo à Paris, inv.234, (fig. 9)

- un troisième au musée de Cleveland , inv. 50.8, (fig. 10)

- un quatrième (très usé) faisait partie de l'ancienne collection Karl Lagarfeld, vendu chez Christie's à Monaco le 28 avril 2000, lot 70 (fig. 11).

La répétition des modèles était une pratique courante dans les ateliers de tissage et la manufacture de la Savonnerie n'a pas dérogé à la règle. Les raisons sont variées, la volonté de remplacer une pièce usée sans dénaturer l'harmonie d'un décor où de placer dans divers endroits une composition choisie. La qualité du tissage de ce tapis avec par exemple l'impression d'extrême profondeur et de relief de la sphère centrale laisse à penser qu'il s'agit d'un des premiers exemplaires de cette composition. Son état de conservation exceptionnel et l'absence de dégradation des emblêmes royaux qui s'observe sur certains tapis comme celui de Nissim de camondo (fig.12) peut laisser supposer qu'il a quitté le garde-meuble royal avant la Révolution.

Sotheby's. Important Furniture, Sculptures and Works of Art 22 Oct 08. Paris. Photo courtesy Sotheby's. www.sothebys.com