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Francis Picabia (1879-1953), Transparence au cheval et au taureau, huile sur carton marouflé sur panneau, 74 x 71 cm. Estimation :300 000/400 000 €.

Francis Picabia est aussi insaisissable que les lignes fluides de ses Transparences. Il débute en s’inspirant de Sisley, allant jusqu’à revisiter Moret-sur-Loing et ses environs. Ses tableaux post-impressionnistes sont salués par la critique et achetés par le public. Selon une formule un tant soit peu judicieuse, on peut déplacer doucement le curseur vers plus d’audace. Le divisionnisme et Saint-Tropez vont le séduire quelque temps, à la suite de Signac. Mais déjà Picabia est ailleurs, aspire à une "peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes selon son propre désir". Artiste aisé, doué d’un appétit de vitesse, de femmes et de succès, il mord à tous les styles dans l’air du temps, mais les détournant, voyant les dessous des oeuvres ou des mots. En pleine période dada, il expose aux côtés des ses oeuvres mécaniques, tellement minimalistes, des Espagnoles hautement kitsch. Puis on voit poindre, de-ci, de-là, des compositions proches d’un op art encore à créer et les Transparences, nettement en rupture avec l’esprit dada. Arnauld Pierre les définit ainsi dans le catalogue de l’exposition Francis Picabia, organisée par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris : "Corps et figures, complets ou fragmentés, flottent dans un espace sans repères, sans rapport d’échelle, sans recherche de cohésion interne ni de vraisemblance organique." Il se forge un répertoire esthétique dans lequel il puisera toute sa vie, apportant seulement une nouvelle particularité selon les périodes (hachures, points, etc.). Ses peintures sont à significations multiples, certaines restant même obscures. Picabia est profondément, viscéralement frondeur, acteur de coups d’éclat et de scandales. Il devait se réjouir de laisser les spectateurs muets, révoltés, dubitatifs ou enthousiastes. Philippe Parreno voit dans son œuvre une «polyphonie» et constate : "Picabia opère de légers déplacements qui ouvrent des possibilités infinies." Jean-Jacques Lebel avoue avoir mis des années à aimer sa peinture. Le tableau représenté ici reste une énigme. Certes, on reconnaît le profil et les cornes du taureau, pièce centrale de la composition. Sur la gauche, on aperçoit une queue et une patte de cheval, la silhouette d’un jockey. À droite, un personnage en tenue d’arlequin tient une forme qui compose l’oeil du taureau. Assiste-t-on à une interprétation toute picabienne d’une scène de corrida, avec un picador et un torero en habit de lumière ? Faut-il y voir des allusions mythologiques, littéraires, ou encore des idées fugitives emportées par le mécanisme affolé de sa pensée ?

Lundi 27 octobre, salle 1 - Drouot-Richelieu. Pierre Cardin Auction Art Rémy Le Fur & Associés SVV. M. Devals.