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Léon Riesener / Eugène Delacroix © Orsay / Rmn P. Schmidt

Far from seeing photography as a potential rival to painting, Delacroix took a keen interest in the development of this new medium, following its technical progress with sufficient curiosity to become a founding member of the Heliographic Society in 1851. He amassed a considerable photographic collection-of frescoes by Raphael, paintings by Rubens, and cathedral sculptures. Moreover, although he did not use a camera himself, a series of male and female nude models were photographed at his request by Eugène Durieu, in 1854. We know from his diary and letters that he sometimes used these photographs to practice drawing when no live models were available. Almost all the photographs and the drawings done from them (together with a number of paintings) have been assembled for the first time at the Musée Delacroix, with the generous support of the Bibliothèque Nationale de France and other collections. The exhibition also features a surprising series of photographic portraits of Delacroix himself, ranging from the precious intimate daguerreotypes of the 1840s to the more posed and strikingly dignified pictures taken by Carjat or Nadar toward the end of his life-many of which images the great man himself would rather have had destroyed.

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Du 28 novembre au 2 mars 2009. Musée national Eugène Delacroix. 6 rue de Furstenberg 75 006 Paris - Tél. : (standard) 00 33 (0)1 44 41 86 50 - Fax : 00 33 (0)1 43 54 36 70

Eugène Delacroix Odalisque © Collection particulière

Loin de considérer la photographie comme une rivale possible de la peinture, Delacroix a suivi avec curiosité l'émergence et le développement de ce nouveau médium. Curieux de ses progrès techniques, il compta même parmi les membres fondateurs de la Société héliographique en 1851. Il réunit également une riche documentation photographique, d'après les fresques de Raphaël, les toiles de Rubens, ou encore les sculptures des cathédrales. Mieux, à défaut d'avoir manié lui-même l'objectif, Delacroix fit poser et photographier par Eugène Durieu en 1854 une série de modèles nus, masculin et féminins. On sait par sa correspondance et son journal qu'il emportait parfois avec lui ces photographies pour s'exercer au dessin là où il ne pouvait pas avoir de modèles vivants. Grâce au concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France et d'autres collections, l'exposition du musée Delacroix rassemble pour la première fois la quasi intégralité des photographies et des dessins qui en ont été tirés, ainsi que quelques tableaux. Elle présente par ailleurs une série étonnante de portraits photographiques du grand homme de la maison, qui oppose les précieux daguerréotypes intimes des années 1840 aux images plus posées mais frappantes de dignité saisies par un Carjat ou un Nadar au soir de sa vie, clichés que, pourtant, il aurait parfois voulu voir détruire.

Catalogue : « Delacroix et la photographie », coédition Musée du Louvre et Editions du Passage, textes par Sylvie Aubenas, Françoise Heilbrun, Fiona Le Boucher, Christophe Leribault et Sabine Slanina.
160 pages, 28€

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Eugène Durieu / Nu masculin assis de face, les jambes écartées © BnF

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Eugène Delacroix Etude de jambes d'homme assis et étude d'une tête © MBA Besançon

Sur la photographie, extraits du Journal de Delacroix (ed. A. Joubin, 1996) et de sa Correspondance

- 24 novembre 1853 : « Promenade le soir dans la galerie Vivienne, où j'ai vu des photographies chez un libraire. Ce qui m'a attiré, c'est l'Elevation en croix de Rubens qui m'a beaucoup intéressé : les incorrections, n'étant plus sauvées par le faire et la couleur, paraissent davantage. La vue ou plutôt le souvenir de mon émotion devant ce chef-d'œuvre m'ont occupé tout le reste de la soirée, d'une manière charmante. »

- 22 octobre 1854 : « Travaillé un peu à l'Odalisque d'après le daguerréotype, sans beaucoup d'entrain. »

- 5 octobre 1855 : « Je regarde avec passion et sans fatigue ces photographies d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que les inventions des écrivassiers. »

- 1er septembre [1859] : « [...] Quand un photographe prend une vue, vous ne voyez jamais qu'une partie découpée d'un tout: le bord du tableau est aussi intéressant que le centre ; vous ne pouvez que supposer un ensemble dont vous ne voyez qu'une portion qui semble choisie au hasard. L'accessoire est aussi capital que le principal ; le plus souvent, il se présente le premier et offusque la vue. Il faut faire plus de concessions à l'infirmité de la reproduction dans un ouvrage photographié que dans un ouvrage d'imagination. Les photographies qui saisissent davantage sont celles où l'imperfection même du procédé pour rendre d'une manière absolue laisse certaines lacunes, certains repos pour l'oeil qui lui permettent de ne se fixer que sur un petit nombre d'objets. Si l'oeil avait la perfection d'un verre grossissant, la photographie serait insupportable: on verrait toutes les feuilles d'un arbre, toutes les tuiles d'un toit et sur ces tuiles les mousses, les insectes, etc. [...]
Devant la nature elle-même, c'est notre imagination qui fait le tableau: nous ne voyons ni les brins d'herbe dans un paysage, ni les accidents de la peau dans un joli visage. Notre oeil, dans l'heureuse impuissance d'apercevoir ces infinis détails, ne fait parvenir à notre esprit que ce qu'il faut qu'il perçoive ; ce dernier fait encore, à notre insu, un travail particulier ; il ne tient pas compte de tout ce que l'oeil lui présente ; il rattache à d'autres impressions antérieures celles qu'il éprouve et sa jouissance dépend de sa disposition présente. Cela est si vrai que la même vue ne produit pas le même effet, saisie sous des aspects différents.
Ce qui fait l'infériorité de la littérature moderne c'est la prétention de tout rendre ; l'ensemble disparaît, noyé dans les détails, et l'ennui en est la conséquence. [...]Heureuse la peinture de ne demander qu'un coup d'oeil pour attirer et pour fixer. » [Ce texte ne figure pas dans l'Agenda mais est issu d'un manuscrit perdu, transcrit dans Piron, 1863. La date de ce fragment n'est pas certaine, mais il semble que ce soit une réponse aux critiques du
Salon de 1859].

Lettre de Delacroix à [Théophile Silvestre], 26 décembre [1852] (Correspondance générale, Joubin, 1936-1938, t. III, p. 185-186, à l'année 1853)
« Le profil est incomparablement le meilleur et je m'y tiens. Je désirerais très instamment que le cliché de l'autre portrait soit effacé. Je ne suis pas retourné chez ces messieurs parce que depuis quelques jours je suis malade. J'ai eu en outre un petit épanchement de sang dans l'oeil qui m'eût empêché de poser. Je croyais qu'ils m'enverraient une épreuve du petit portrait assis. On pourrait peut-être en tirer parti en le mettant dans un ovale de manière à ce qu'il soit coupé au-dessous du buste de manière à supprimer les jambes qui m'ont paru ridicules. »

- Lettre de Delacroix à Nadar, 9 juillet 1858 (Bnf, Mss, Papiers Nadar ; Néagu, 1974, p. 22)
« Monsieur, je suis si effrayé du résultat que nous avons obtenu que je viens vous prier dans les termes les plus insistants et comme un service que je sollicite d'anéantir les épreuves que vous pouvez avoir ainsi que le cliché. Je n'ai pas besoin de vous dire combien je serais peiné d'apprendre qu'une seule de ces tristes effigies puisse être connue. Je suis encore souffrant et j'espère que je serai quelque jour en meilleur état ; mais au nom du ciel, ne laissez pas subsister, par amitié pour moi le résultat de ce moment-ci. »

Eugène Durieu / Nu féminin assis sur un divan © BnF

Catalogue: co-edited by the Musée du Louvre and Editions du Passage, with texts by Sylvie Aubenas, Françoise Heilbrun, Fiona Le Boucher, Christophe Leribault, and Sabine Slanina