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Giacomo Guardi (1765-1835), Le Bucentaure à Saint-Nicolas du Lido, toile, 59 x 77 cm. Estimation : 60 000/80 000 €.

Tel père, tel fils…  L’expression prend tout son sens avec cette composition imaginée par Francesco Guardi et reprise - presque touche pour touche - par son successeur et descendant, Giacomo. Est-il encore besoin de présenter le peintre de la Sérénissime, chantre des visions élégiaques et des mélancolies vénitiennes ? Le Bucentaure à Saint-Nicolas du Lido appartient à la célèbre série des douze toiles liées au couronnement d’Alvise Mocenigo, en 1763, série dont les tableaux sont conservés, pour dix d’entre eux, au musée du Louvre. Un peu d’histoire… Après son mariage symbolique avec la mer, célébrant la conquête de la Dalmatie au XIVe siècle, après une messe donnée en l’église San-Nicolo, le doge et son cortège s’apprêtent à monter à bord du fameux Bucentaure, navire d’apparat construit en 1728. Qu’on admire cette lagune cristalline peuplée d’une multitude d’embarcations, esquissées en touches virevoltantes, face auxquelles se dresse, entre ciel et mer, la bâtisse de Saint-Nicolas du Lido ! La toile de Francesco Guardi, peinte après 1775 - les coiffures en panache des belles Vénitiennes, une mode lancée à Paris à cette date, sont un indice -, figure bien au Louvre, où vous pouvez l’admirer, aile Denon. Quant à la reprise du fils, elle sera la vedette d’une prochaine vente parisienne. Maintenant, vous avez le choix : apprécier Giacomo pour ce qu’il est, ou le voir comme un simple épigone, imitateur sans génie des fameuses compositions à succès de son père - jugement limitatif et carcan étroit dans lequel on a trop longtemps enfermé son oeuvre. On sait que Giacomo fut, durant les quinze dernières années de la vie de Francesco, formé dans l’atelier paternel, où il apprit toutes les recettes et les secrets du maître, notamment son ultime manière, nerveuse, fraîche et lumineuse. Le fils, dans le but de tromper, a d’ailleurs signé certaines de ses oeuvres d’une fausse signature paternelle. Une supercherie à visée commerciale qui a fait illusion ! Rappelons qu’en cette fin du XVIIIe siècle, il existe bel et bien un marché florissant des vedute, paysages urbains peints sur de petites toiles et achetés comme souvenirs par les amateurs du Grand Tour. Mais vous pouvez aussi, comme eux, vous laisser charmer par l’univers vaporeux et flottant, originalité de la technique guardienne. Sans oublier que certains des meilleurs dessins attribués à Francesco sont en réalité de la main de Giacomo, de grands spécialistes ayant d’ailleurs été confondus ! Alors, finalement, reste l’image toujours intemporelle de la Sérénissime, allégorie de cette ancienne cité aux gloires fanées, qui ne voulait pas mourir.

Paris, Drouot - salle 7. Vendredi 12 décembre.Delorme, Collin du Bocage SVV. M. Millet.