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Pierre Ier BIARD (Paris, 1559 - Paris, 1609), La Renommée © Musée du Louvre/P. Philibert

Aucune exposition d’envergure n’a jamais été consacrée aux bronzes français. Très apprécié des sculpteurs français dès le XVIe siècle, le bronze illustre pourtant les thématiques principales de l’histoire de la sculpture de notre pays : portrait, décor de tombeau, statuette pour amateur, monument royal et public, statuaire de jardin, réductions…

Les artistes majeurs du XVIe au XVIIIe siècle – Primatice, Goujon, Pilon, Prieur, Le Lorrain, Anguier, Girardon, Puget, Pigalle, Houdon – sont aujourd’hui réunis pour représenter le bronze français, avec près de 150 sculptures illustrant particulièrement les règnes d’Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Le projet prend par ailleurs au Louvre une ampleur tout à fait particulière.

Exposées dans l’espace de l’aile Richelieu et aménagées dans le parcours permanent de la sculpture française (niveaux inférieurs de la cour Marly, crypte Girardon, cour Puget notamment), les oeuvres en bronze pourront ainsi être découvertes dans le contexte général du développement de la sculpture française. Le visiteur pourra faire de précieux rapprochements avec des marbres ou des terres cuites exposés à proximité. 

Cet ambitieux projet est l’aboutissement d’années d’études et de voyages en Europe et aux États-Unis du Groupe international de recherche sur le bronze français. Le temps est en effet venu de faire une synthèse des travaux entrepris sur ce sujet afin de combler un vide, le bronze français étant bien moins connu que le bronze italien ou germanique. C’est pourquoi des prêts exceptionnels sont consentis pour cette exposition, notamment par les collections royales anglaises et les musées de Dresde, dont les oeuvres ont d’excellentes provenances anciennes. D’autres prêts importants complèteront cet ensemble afin de parfaire la démonstration.

Projet novateur et sans précédent, l’exposition cherche à évoquer les caractéristiques et les beautés des oeuvres en bronze réalisées en France durant trois siècles. Trois grandes sections chronologiques permettent d’embrasser l’ensemble de cette période : le XVIe siècle et la première moitié du XVIIe siècle, où l’art du bronze évolue du maniérisme au classicisme ; le règne de Louis XIV (1660-1715), où il s’affirme comme un art majeur ; et enfin le Siècle des lumières durant lequel s’expérimentent les styles Rocaille puis néoclassique.

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"Les Sacrifiantes" © Musée du Louvre/P. Philibert

L’art du bronze en France de 1500 à 1660 : du maniérisme au classicisme

L’art de fondre le bronze est bien établi en France aux XVIe et XVIIe siècles, notamment depuis la venue d’artistes italiens tels que Cellini, Rustici et Primatice qui introduisent en France un style nouveau : le Maniérisme. C’est à cette période que les métiers de sculpteurs et de sculpteurs-fondeurs spécialistes du bronze s’épanouissent.

La grande nouveauté dans l’utilisation et l’art du bronze est ainsi apportée par Primatice quand il propose à François Ier de mouler les plus belles antiques de Rome, telle la Vénus du Belvédère, et de les transcrire en bronze. La conception de l’art du bronze, qui sort de la pénombre des églises et descend des tours pour s’affirmer au jardin et dans le palais, s’en trouve alors bouleversée. Ce n’est plus un matériau fonctionnel comme un autre mais un élément esthétique de premier ordre qui participe à la jouissance que donne l’art. Dès lors, d’autres copies en bronze des antiques les plus célèbres voient le jour. C’est dans cet esprit qu’est réalisée la Nymphe de Fontainebleau, manifeste esthétique du maniérisme et extraordinaire réussite de l’art de la fonte, par Cellini et les fondeurs Guillaume Jourdain et Pierre Villain.

Le travail du bronze embrasse des arts et des domaines très variés. Les deux plus grands artistes du XVIe siècle, Jean Goujon et Germain Pilon, utilisent le bronze surtout dans le domaine funéraire ou dans le décor d’église. L’exposition présentera ainsi le gisant de Blondel de Rocquencourt qu’un document récemment découvert attribue à Jean Goujon, ainsi que la Déploration du Christ exécutée par Pilon pour orner le devant d’autel de l’église Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers à Paris. Barthélemy Prieur, figure éminente de cette période, se distingue dans l’art de la statuette puis dans celui des fontaines.

En témoigne le monumental Neptune qu’il réalise en 1583. Le bronze devient également un matériau privilégié pour les portraitistes dont l’art s’épanouit au XVIe siècle. C’est à cette période que Matthieu Jacquet s’affirme comme un remarquable portraitiste pour des bronzes destinés à des monuments funéraires, tel le buste de Jean d’Alesso et le médaillon du poète Philippe Desportes.

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Jean Goujon, Bas-relief funéraire pour André Blondel de Rocquencourt, 1560 © Musée du Louvre/P. Philibert

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détail © Musée du Louvre/P. Philibert

Le domaine des bronzes de plaisir et de collection prend également de l’ampleur sous l’influence italienne et l’impulsion des deux grands sculpteurs Barthélemy Prieur puis Michel Anguier.

Le public découvrira ainsi la grande variété des magnifiques statuettes de Prieur, habile aussi bien à rendre l’apparat de Henri IV et de son épouse qu’à transcrire l’apparence d’un dieu de l’Olympe ou d’une paysanne.

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Ponce Jacquio (actif entre 1553et 1570, "Tireuse d'épine" © Musée du Louvre/P. Philibert

Enfin, la superbe statue de bronze du jeune Louis XIV (1647), réalisée par le sculpteur Simon Guillain et présentée dans l’exposition, témoigne de l’attention croissante portée à la diffusion de l’image royale. Elle annonce l’épanouissement du bronze sous le futur règne de Louis XIV.

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François Girardon, Statue équestre de Louis XIV, © Musée du Louvre/P. Philibert

Le bronze sous Louis XIV : un art majeur

Au début du règne de Louis XIV, le bronze ornemental, notamment la statuaire en bronze, s’impose. Le bronze n’est plus cantonné à un art décoratif mais devient le métal dans lequel sont coulées les statues des jardins du roi. Avec la collaboration du fondeur zurichois Balthasar Keller, sont ainsi réalisées les grandes statues qui ornent le parc de Versailles ou de Marly. Par ailleurs, le petit bronze français se développe d’abord avec la série des Dieux de Michel Anguier. En 1692, le roi commande à Girardon, Flamen et Marsy la fonte des Enlèvements de Proserpine et d’Orithye pour son appartement de Versailles.

Puis, à partir du XVIIe siècle, les places royales françaises sont ornées de monuments dédiés aux rois. La Révolution en détruira un grand nombre mais plusieurs figures de piédestaux seront heureusement conservées. Des réductions sont également fondues; ainsi celles de Louis-Claude Vassé et Jean-Baptiste Pigalle d'après Edme Bouchardon permettent de se faire une belle idée de ces programmes politiques où l’effigie royale se mettait en scène.

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Balthasar Keller, "Vénus pudique" ou "Vénus Médicis", © Musée du Louvre/P. Philibert

Le bronze français au Siècle des lumières : du Rocaille au néoclassicisme

Le Siècle des lumières est marqué par une prolifération de sculptures en bronze. Par leur procédé de la fonte à la cire perdue, par leur exécution en petits nombres, par leur ciselure, enfin, d’une délicatesse et d’un goût infinis, elle constituent une apogée de l’art de la sculpture.

Le goût des amateurs pour la sculpture en bronze s’affirme tout particulièrement au XVIIIe siècle. A l’instar des princes européens, les collectionneurs raffolent des réductions d’après l’antique ou d’après les chefs d’oeuvre de la statuaire de Versailles, mais aussi des modèles créés spécifiquement pour eux. Ce marché se nourrit notamment des créations raffinées de Corneille Van Clève, Robert Le Lorrain, Philippe Bertrand.

Les bronzes de ces auteurs, présentés en grand nombre dans l’exposition grâce notamment aux importants prêts des musées de Dresde et des collections royales anglaises, évoquent la grâce et l’élégance des premières décennies du Siècle des lumières.

L’exposition se termine par l’évocation des portraits en buste de Pigalle et de la personnalité de Jean-Antoine Houdon. Ce dernier, fondeur lui-même, clama toujours son intérêt pour le matériau ainsi que son désir de perpétuer la tradition de la grande fonte en bronze qui marqua si durablement l’art français. Sa Frileuse du Metropolitan Museum of Art illustre la puissance élégante et raffinée du néoclacissisme.

Cette exposition est coorganisée avec le Metropolitan Museum of Art de New York et le J. Paul Getty Museum de Los Angeles.

24 octobre 2008 –19 janvier 2009. Aile Richelieu, cours Marly et Puget, crypte Girardon, salle Houdon