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Pendule à musique, à l’éléphant, bronze doré et ciselé, époque Louis XV, 96 x 57 x 37 cm. Estimation : 100 000/120 000 €.

Son nom ne vous dit certainement rien... Raoul Ancel fut pourtant, au début du XXe siècle, l’un des grands antiquaires du quai Voltaire. Le galeriste passait pour posséder un coup d'oeil remarquable, lui qui avait aussi dirigé, en tant qu’expert, quelques-unes des grandes dispersions de l’entre-deux-guerres, celle notamment de la collection Francis Guérault, en 1935. On lui doit encore, pendant le premier conflit mondial, le sauvetage de nombreux chefs-d’oeuvre, le trésor de la cathédrale de Reims, la châsse de saint Remi... nous apprend un article publié dans la Gazette en 1943, à la disparition de ce professionnel reconnu. Cet homme de goût et de culture, affichant une prédilection pour le XVIIIe siècle, avait bien sûr réuni une collection de premier choix. Preuve de cette excellence, le musée du Louvre possède dans ses collections un secrétaire estampillé Martin Carlin provenant de sa collection, richement décoré de pierres dures et acquis par dation en 1988. Ce dimanche, la maison de ventes de la rue Thiers disperse quelques-uns des meubles et des objets d’art pourvus de ce fameux pedigree. Tous confirment l’acuité du regard de Raoul Ancel, sa facilité à ne sélectionner que le meilleur. Ainsi, ayant succombé à la clodiomanie, il avait acquis la délicieuse Vestale portant un tambour de basque rempli de fruits, une terre-cuite du "Fragonard de la terre cuite" à ce jour inédite sur le marché (30 000/40 000 €). Notre pendule à musique à décor d’éléphant en bronze ciselé et doré, d’époque Louis XV, compte aussi parmi les meilleurs morceaux de la sélection. Riche d’un jeu d’orgue à huit morceaux de musique, signé Oge à Paris, elle est reproduite dans "le Tardy" (La Pendule française), éditions de 1967 et 1981. Une exceptionnelle salière de Saint-Porchaire en forme de tour hexagonale, d’époque Henri II, devrait aussi attiser la convoitise de nombreux collectionneurs. On ne connaît en effet que soixante-dix pièces de Saint-Porchaire dans le monde (40 000/50 000 €). Quant au mobilier, il avait aussi retenu l’attention du collectionneur. On retiendra pour notre vacation le mobilier de salon d’époque Louis XVI, à l’estampille, sur les cinq fauteuils, de Chevigny (30 000/40 000 €). Reçu maître en 1768, celui-ci travailla notamment pour le duc de Montmorency et le duc de Choiseul à Chanteloup. Une suite de quatre chaises ponteuses témoigne d’ailleurs du style anglo-chinois, illustré par la pagode de Chanteloup édifiée en 1775 pour le ministre de Louis XV. Comptez également 30 000/40 000 € pour ces chaises à l'estampille de Georges Jacob. L’expert, Jean-Paul Fabre, rapproche cet élégant modèle en acajou d’une chaise également à la marque du même Jacob, conservée au musée du Louvre. Une autre preuve de l’infaillible regard de Raoul Ancel...

Saint-Germain-en-Laye, dimanche 17 mai. Alain Schmitz - Frédéric Laurent SVV. MM. Dey, Lefèvre, Fabre, Cabinet Froissart-Lemaire, Cabinet Turquin.