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La vente de mobilier, d’objets d’art et de sculptures organisée le 10 novembre chez Sotheby’s à Paris illustre la diversité et la richesse des arts décoratifs français qui se sont développés au XVIIIe siècle. Parmi les 300 lots mis en vente, un magnifique bureau plat et son cartonnier en ébène d'époque Louis XV, vers 1765-1770, estampillé Montigny, surmonté d'une pendule en bronze doré; le mouvement signé Bouchet à Paris. Il s’agit d’un des rares bureaux produit par Philippe-Claude Montigny, reçu maitre en 1766, accompagnés de leur cartonnier plaqué en ébène, la plupart d’entre eux étant en marqueterie (estimation : 500,000 - 800,000 €).

Il est aussi un des représentants du « goût à la grec » introduit en France peu après la découverte de Pompéi, par le comte de Caylus, le marquis de Marigny et Lalive de Jully, commanditaire du célèbre bureau de Joseph conservé au château de Chantilly.

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Bureau plat et son cartonnier en ébène d'époque Louis XV, vers 1765-1770, estampillé Montigny. Est. 500,000 - 800,000 €. photo Sotheby's

ouvrant à trois tiroirs et une tablette coulissante à l'arrière reposant sur quatre pieds en gaine à renfoncement dans les angles ; le cartonnier "à poser" contenant deux cartons de cuir brun surmonté d'une pendule en bronze doré indiquant le jour du mois, le mois et le jour de la semaine ; le mouvement signé BOUCHET A PARIS ; (le cartonnier probablement à l'origine sur un caisson placé à côté du bureau). estampillé P.MONTIGNY. Haut. 77,5 cm, larg. 159 cm, prof. 80,5 cm ; Dim. pendule et cartonnier : haut. 54,5 cm, larg. 74 cm, prof. 24 cm Height 30 1/2 in; width 62 1/2 in;

PROVENANCE: - Galerie Maurice Segoura, Biennale des Antiquaires, 1986
- Vente Tajan, Paris, 13 juin 1995, lot 104
- Galerie Partridge, Londres, 1998

NOTE: Entre 1766 - date de maîtrise de Montigny - et 1780, l'ébéniste produisit un certain nombre de bureaux accompagnés de leurs cartonnier et pendule. La plupart d'entre eux étaient en placage.
Seuls quelques rares exemplaires furent plaqués en ébène :
- celui conservé à Woburn Abbey (Alexandre Pradère, Les Ebénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989, p. 304, pl. 342).
- un chez Partridge en 2002
La double estampille de Montigny et de son cousin Dubois se retrouve sur un bureau, ancienne collection Rory Cameron Esq., vente Sotheby's, Monaco, 17 juin 1988, lot 741.
Nous ne connaissons pas par quel marchand Montigny commercialisait sa production. Peut-être utilisait-il les frères Darnault qui, en 1779, fournirent aux Menus-Plaisirs : "un bureau de quatre pieds plaqué en bois d'ébène et filets de cuivre, l'allonge sur le devant, les pieds à chapiteaux garny de bronze ciselé et doré d'or moulu, sabots à roulette. 480 livres."
Ce magnifique bureau plat est un des représentants du "goût à la grec" introduit en France, peu après la découverte de Pompéi, par le comte de Caylus, le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour et Lalive de Jully, commanditaire du célèbre bureau de Joseph conservé au château de Chantilly.

Philippe-Claude Montigny. Fils de l'ébéniste Louis Montigny, Philippe-Claude Montigny fut reçu maître-ébéniste en 1766 et exerça sa profession cour de la Juiverie, près de la Bastille. L'almanach Dauphin le décrit comme : "l'un des plus renommés par les meubles en écaille et argent ou ébène et cuivre doré."

Autre bureau plat "à la grec", celui en marqueterie d'époque Louis XV, vers 1765-1770, est estampillé Montigny et JME. Ce modèle de bureau indistinctement estampillé Dubois ou Montigny, également décliné dans une version plus petite, est identique au bureau livré en 1765 par Poirier au comte de Coventry. La conception de ce modèle serait antérieure à 1763, date à laquelle « un bureau de 4 pieds et demi de bois verni, fait a la grecque » est inscrit dans l'inventaire après décès de Jacques Dubois (estimation : 180,000 - 250,000 €).

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Bureau plat "à la grec" en marqueterie d'époque Louis XV, vers 1765-1770 estampillé C. Montigny et JME. Est. 180,000 - 250,000 €. photo Sotheby's

de forme rectangulaire, la ceinture ornée d'une frise de grecques sur fond d'amarante, reposant sur quatre pieds à facettes ; dessus de cuir noir ; ouvrant à deux tiroirs et deux tirettes ; ornementation de bronze doré; estampillé C. MONTIGNY et JME. Haut. 79 cm, larg. 129,5 cm, prof. 66 cm Height 31 in; width 60 in; depth 26 in

NOTE: Philippe-Claude Montigny, ébéniste reçu maître en 1766

Ce modèle de bureau indistinctivement estampillé Dubois ou Montigny, également décliné dans une version plus petite (d'environ un mètre de large), est identique au bureau livré en 1765 par Poirier au comte de Coventry (voir A. Pradère, "Les achats parisiens de mobilier du comte de Coventry", L'Estampille, l'objet d'art, Juin 1996, pp.46-53) dont la largeur était de 146 cm. Il semble que l'on doive dater la conception de ce modèle antérieurement à 1763, date à laquelle on trouve un "un bureau de 4 pieds et demi de bois verni, fait a la grecque" dans l'inventaire après décès de Jacques Dubois. Concernant Philippe Montigny, il est vraisemblable d'imaginer des rapports de sous-traitance tant avec Dubois qu'avec le marchand-mercier Poirier.

La vente proposera une console originale en fer forgé et en tôle d’époque Louis XV, la ceinture ajourée ornée au centre d'un cartouche et du chiffre M avec deux G entrelacés, issue d’une production marseillaise vers 1750. Celle-ci, datée vers 1755, présente de fortes similitudes stylistiques avec un groupe présentant le même traitement du métal. Citons comme exemple une grande console (larg. 150 cm) vendue chez Sotheby's à Londres, en 1994 (estimation : 50,000 - 80,000 €)

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Console en fer forgé et tôle dorée, travail marseillais d’époque Louis XV, vers 1755. Est. 50,000 - 80,000 €. photo Sotheby's

et rinceaux d'acanthe ; reposant sur des montants en enroulement réunis par une entretoise ornée d'un panier fleuri et reposant sur une base en bois peinte en faux marbre ; à fond de treillage ; plateau de marbre veiné gris. Haut. 94 cm, larg. 140 cm, prof. 68 cm - Height 37 in; width 55 in; depth 26 3/4 in

LITERATURE: "A la recherche des meubles de fer du XVIIIe siècle français", Connaissance des Arts, octobre 1957
A. Renner, le Mobilier métallique, Paris, 2009

NOTE: Cette console s'apparente à un groupe de consoles issues d'une production marseillaise vers 1750 présentant de fortes similitudes stylistiques comme le travail de la tôle dorée venant en complément décoratif sur une armature en fer forgé particulièrement déliée et mouvementée.
Toutes comportent un fond de treillage décoré de rosaces. Citons comme exemple une grande console (larg. 150 cm) vendue chez Sotheby's à Londres, le 9 décembre 1994, lot 164, la paire autrefois dans la collection Stein puis vendue chez Christie's à Monaco le 15 décembre 1996, lot 96 ainsi que celle vendue à Marseille le 3 novembre 1992, étude Tabutin et Dianous

Une commode en laque de Chine et bronze doré d'époque Louis XV, estampillée Macret et JME, est ornée d’un magnifique décor de scènes de cour et personnages. Parmi les meubles estampillés de Macret, il existe une autre commode en laque de Chine, celle provenant de l'ancienne collection Guérault vendue chez Sotheby's à New York en 1983 (estimation : 150,000 - 250,000 €).

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Commode en laque de Chine et bronze doré d'époque Louis XV, estampillée Macret et JME. Est. 150,000 - 250,000 €. photo Sotheby's

ouvrant à deux tiroirs sans traverse ; à décor de scènes de cour et personnages sur les côtés ; riche ornementation de bronze doré ; dessus de marbre veiné gris (rapporté); estampillée MACRET et JME. Haut. 84 cm, larg. 144.5 cm, prof. 60 cm Height 33 in; width 22 2/3 in.

PROVENANCE: Galerie Accorsi, Turin

NOTE: Pierre Macret, ébéniste reçu maître vers 1758
Parmi les meubles estampillés de Macret, il existe une autre commode en laque de Chine, celle provenant de l'ancienne collection Guérault vendue à Paris le 16 mai 1935, lot 53, puis vente Sotheby's à New York, les 13-15 octobre 1983, lot 448.

Parmi les objets d’art, une paire de vases couverts en porcelaine de chine céladon d'époque Yongzheng (1723-1735) à monture de bronze doré d'époque Régence, vers 1725-1730, poinçonnée au C couronné (1745-1749), ravira les amateurs de porcelaine montée.

La porcelaine chinoise d'époque Yonghzeng se trouve être parfaitement contemporaine de la monture, datable vers 1730. On connait un certain nombre de vases comparables, apparus sur le marché entre 1961 et 1974, comme celui de l'ancienne collection Bloch ou celui de la collection Florence Gould (estimation : 300.000 – 500.000 €).

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Paire de vases couverts en porcelaine de chine céladon d'époque Yongzheng (1723-1735) à monture de bronze doré d'époque Régence, vers 1725-1730, poinçonnée au C couronné (1745-1749),