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"Ne brûle pas" de Dang Nhat Minh

Le long métrage Dung dôt (Ne brûle pas !) du réalisateur Dang Nhât Minh, va représenter le Vietnam aux 82es Oscars. Mais pour l'instant, la participation du cinéma national aux plus fameux festivals de la planète ne revêt qu'un seul objectif : présenter la culture vietnamienne à l'étranger. Les cinéastes vietnamiens ne peuvent que contempler sans jamais les toucher les statuettes prestigieuses comme les Oscars, la Palme d'or ou l'Ours d'or.

Le film Choi voi (À la dérive), du réalisateur Bùi Thac Chuyên, a été invité à participer à la 66e Mostra de Venise où il a reçu le prix FIPRESCI de la critique internationale dans les sections Horizons et Semaine internationale de la critique.

Le réalisateur Vinh Son, avec son film Trang noi day giêng (La lune au fond du puit), a obtenu le prix du réalisateur du festival Madrid (Espagne). Et récemment le film Dung dôt (Ne brûle pas !), le long métrage sur la doctoresse Dang Thùy Trâm , morte en service en sa 28e année en pleine guerre américaine, du réalisateur Dang Nhât Minh, a été récompensé au festival du film Fukuoka (Japon).

Comme quoi le septième art vietnamien est parfois reconnu. Mais il faut relativiser. Les films nationaux n'ont toujours pas leur place dans les festivals les plus prestigieux. Les Oscars, la Palme d'or du festival de Cannes, l'Ours d'or du festival de Berlin demeurent encore inaccessibles.

Parmi les noms vietnamiens qui se sont fait une place dans le club ferme des réalisateurs de films mondialement connus figure celui du français d'origine vietnamienne, Trân Anh Hùng, qui a reçu le Lion d'or du festival du film de Venise avec Cyclo. Jamais auparavant un réalisateur "vietnamien" n'avait reçu un prix aussi prestigieux. Cela dit, Cyclo est bien un film "français". Autre exemple avec Nguyên Vo Nghiêm Minh, le réalisateur Viêt kiêu du film Mùa len trâu (Gardien de buffles), qui a été récompensé dans pas moins de 10 festivals différents.

L'Artiste du Peuple Dang Nhât Minh est le plus connu des réalisateurs vietnamiens résidant au pays. Il est l'auteur du film Bao gio cho dên thang 10 (Quand vient le mois d'octobre), que la chaîne américaine CNN a qualifié "d'un des 18 meilleurs films d'Asie de tout le temps". D'autres de ses oeuvres comme Mùa ôi (Saison de goyaves), Hà Nôi mùa dông 1946 (Hanoi l'hivers de 1946), et récemment, Ne brûle pas ! ont reçu plusieurs prix internationaux. Viêt Linh, Thanh Vân, Vuong Duc, Lê Hoàng…, d'autres réalisateurs connus, ont été honorés lors des festivals de Bergamo (Italie), Amiens (France), trois continents de Nantes (France), Pusan (Corée du Sud)... avec leur film Mê Thao (Il fut un temps), Doi cat (Vie de sable), Nhung nguoi tho xe (Coupeurs de bois), Ai xuôi Van Ly (Retour à Van Ly), Ao lua Hà Dông (Chemise en soie de Ha Dông)… La liste des films vietnamiens ayant été primés lors des festivals internationaux est assez longue. Néanmoins, les récompenses des grands festivals restent dans le domaine de l'imaginaire.

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"Choi voi" (Adrift/A la dérive) du réalisateur Bùi Thac Chuyên

Le Vietnam n'a pas d'industrie du cinéma

Les festivals les plus prestigieux restent bien peu réalistes pour les cinéastes vietnamiens. Car "le Vietnam n'a pas d'industrie du cinéma", explique le réalisateur Bùi Thac Chuyên, qui a foulé le tapis rouge du dernier festival du film de Venise, avec dans ses bagages, le long métrage Choi voi. "Faute d'une industrie du cinéma, le Vietnam n'a rien à apporter au +marché du film+. De plus, le pays ne porte pas un intérêt particulier pour ces grands festivals, hormis leur tapis rouge et leur apparence +bling-bling+", poursuit le cinéaste.

Selon lui, un film dit "commercial" du Vietnam n'enregistre que 20 milliards de dôngs de recettes, soit plus d'un million de dollars. Si on divise cette somme en 2 (la moitié revient aux patrons des salles obscures), le producteur recevra seulement 500.000 dollars. Avec de telles retombées, on ne peut investir que 250.000 dollars par film. "Ce qui permet d'affirmer qu'il n'y a pas d'industrie du cinéma au Vietnam", conclut Bùi Thac Chuyên.

Qui dit "pas d'industrie du cinéma" dit manque de professionnalisme et manque de grands studios. Actuellement, plusieurs réalisateurs nationaux doivent recourir aux équipements étrangers pour la finition ou le tournage des grandes scènes des films historiques...

Afin de pouvoir se présenter plus souvent aux festivals les plus renommés et attirer l'attention du jury, le Vietnam doit édifier un cinéma où la partie privée joue un rôle prépondérant, avec le soutien du gouvernement. Le septième art a besoin également d'une génération de cinéastes passionnés et talentueux et d'un public de cinéphiles fidèle.

Opinion : le cinéma vietnamien manque de profondeur

"Les films vietnamiens sont certes beaux, mais ils manquent cruellement de profondeur".
Ce constat, un peu acide, provient du caméraman américain Matthew J. Siegel, fort de 25 ans d'expérience en tant que directeur de la photographie (D.O.P). Il a participé à la réalisation des superproductions comme Mr & Mrs Smith ou The matrix II. "Les cinéastes vietnamiens ont un don inné pour traiter les images. Les plans, la lumière, sont souvent impeccables", affirme-t-il. "Mais il manque aux cinéastes vietnamiens un savoir-faire. La formation laisse à désirer et l'esprit d'équipe n'est souvent qu'un concept pour l'équipe de tournage", ajoute-t-il. Et de conclure : "Si les Vietnamiens associent leur don inné avec un vrai savoir-faire, je ne vois aucune raison qui pourrait empêcher leur cinéma de se développer". by Bich Viêt/CVN