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Moine pèlerin portant des livres / Chine, province du Gansu, Dunhuang, Grotte Mogao. IXe siècle. Encre, or et couleurs sur soie. 79 x 52 cm. Mission Pelliot. EO 1138. Musée Guimet, Paris

Cette peinture représente une image stéréotypée largement diffusée en Chine et dans l’Extrême Orient, ainsi qu’au Tibet, à savoir un moine missionnaire aux traits prononcés, tels que les Chinois se figuraient les étrangers, ployant sous la charge des textes bouddhiques d’où s’élèvent des nuées mystiques dans lesquelles apparaît une image d’un Buddha en méditation. Un tigre attentif à la route le précède et l’accompagne toujours dans ces icônes. Le sujet est prétexte à une description des attributs des moines : ici le rosaire qu’il égrène et le bâton noueux, ainsi que des effets du missionnaire : boîte à drogues, petits couteaux accrochés à la ceinture, le chasse-mouches, la fiole et une bannière, accrochée à une hampe sur l’arrière de la hotte, tandis que pend à hauteur du visage un petit encensoir. Le voyageur se déplace dans un paysage aride et rocheux, rappelant les routes du désert sérindien, qu’agrémente la notation poétique d’un oiseau perché sur un rocher à l’arrière plan. Ce personnage énigmatique caractérise davantage un type qu’une figure déterminée, il présente cependant la singularité d’une oeuvre religieuse, faite au « portrait » d’un moine.

La facture picturale est celle d’un dessin monochrome à l’encre, résolument chinoise, avec des couleurs étendues en lavis léger, rehaussées d’accents d’or posé à la feuille, dont le but est d’aider au discernement du dessin.

Malgré l’absence de dédicace de donateur dans cette composition, son caractère votif semble évident. De toutes les représentations peintes retrouvées à Dunhuang, celle du moine marchant chargé de livres et accompagné d’un tigre est la plus explicite de l’arrivée du bouddhisme via l’Asie centrale, depuis l’Inde vers l’Extrême-Orient. Axée sur l’action des moines, l’iconographie relatant la propagation de la foi bouddhique semble oublier le rôle vraisemblablement important joué par les marchands qui sillonnèrent la Route de la Soie.

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Oreiller en forme de tigre couché. Grès peint de type cizhou, dynastie Jin, fin du XIIe siècle L. 41 cm ; l. 18 cm ; H. 9,5 cm MA 5023. Musée Guimet, Paris

Comme en d’autres pays, l’oreiller en Chine est un objet conçu pour soutenir la nuque des dormeurs. Objet de confort tout autant que protection contre les esprits malveillants de la nuit, il a une forme de coussin plus ou moins franchement rectangulaire dont la face supérieure, en plan incliné, présente une bordure avant légèrement concave. Un des plus anciens exemplaires connu est celui de la tombe de Liu Sheng (II e s. av. notre ère), rectangulaire, fait de plaques de jade cerclées de bronze doré et orné à chaque extrémité d’une tête de dragon dressée. L’oreiller zoomorphe constitue quant à lui une catégorie à part, limitée en nombre et dans le temps. Il est inventé en effet dans les ateliers de Cizhou (province du Henan) dont les grès à décors incisés, champlevés et peints en brun de fer, sur engobe clair et sous couverte transparente, ont donné leurs plus beaux fleurons entre les XI et XIIIe siècles. Du modelé ramassé en forme de tigre couché de l’oreiller du musée Guimet, émane un impression de force que tempère l’image de l’oiseau perché sur son dos. Un motif inspiré des peintures d’album contemporaines et que sert un pinceau souple et généreux lequel précise et souligne aussi les détails anatomiques et le pelage du félin.