11_Platzer_The_Artist_s_Studio

Album de gravures érotiques composites du XVIIIème et XIXème siècle. in-8 oblong, plein chagrin vert, tranches dorées, Reliure, circa 1860. photo Art Valorem

31 gravures contrecollées dont 20 datant de la seconde moitié du XVIIIème siècle, les autres datant de la première moitié du XIXème siècle, Bel ensemble de 31 planches érotiques malgré quelques défauts, c'est-à-dire rousseurs, salissures ou un petit manque de papier à un coin pour la série des amants célèbres. Estimation : 10 000 / 12 000 €

20 gr. à la sanguine ou à la plume dont 2 titrées une offrande à l'amour et Diane et Endymion, de grande qualité, de tailles et de formats variés (22,5x16,5 cm à 11,5 cm de diamètre). Il y a certaines gr. qui sont numérotées, peut être 3 ou 4 artistes différents (12 ovales ,1 ronde et 7 rectangulaires).

1 grande pl. (21,5x18 cm) intitulée Le Printemps, montrant deux couples dans des intérieurs se livrant à des jeux érotiques en observant les ébats amoureux d'animaux familiers.

3 lithographies allemandes (13x10cm) en coloris d'époque, avec légendes, vers 1810, représentant des hommes montés sur des chevaux à tête de phallus, titrées Seufzer eines Sechzigers, Zufreidenheit eines Vierzigers, Kraftgefühl eines Zwanzigers.

2 pl. titrées le comte Ory, les amants célèbres (Phoebus et Esmiralda, Faust et Marguerite, le triomphe de l'amour (couverture), François Ier et la belle ferronnière (4/7 lithographiées romantiques) en coloris d'époque.

Rares gr. à la sanguine du XVIIIème siècle non répertoriées dans Dutel.
pas dans Galitzin, pas dans la vente Nordmann.
Nous pensons, sous toutes réserves, qu'il peut s'agir de gravures exécutées par Gilles Demarteau (1722-1776), Gilles-Antoine Demarteau (1750-1802), Louis-Marin Bonnet (1736-1793), Gabriel Huquier (1695-1772), René Gaillard (1722-1790) dont certaines d'après des dessins de Boucher. En effet, l'une de ces gravures représente les Amants surpris. Dans l'inventaire du Fond Français des graveurs du XVIIIème siècle, département des estampes à la BN, Tome 11, page 461, n°651-656 : « Troisième livre de sujets et pastorales par F.Boucher peintre du Roy ». Suite de six pièces sans titre particulier, numérotée et marquée de la lettre C. la première porte le titre général et l'adresse : « à Paris chez Huquier, rue des mathurins à côtés de celle de Sorbonne avec privilège du roi », les autres non d'autres lettres que les signatures : « F.Boucher, in-Huquier Sculpet ex ». H. 0,238*L. 0,185. L'original du numéro 1, un dessin à la pierre d'Italie, appartint aux Goncourt (maison d'un artiste, I, p. 54-55) et passant en vente en 1897 (n°24). Le numéro 5 représente le même sujet que les Amants surpris, pièce gravée par Gaillard. Il suffit de se reporter au Tome 9 p. 398 n°127 « les Amants surpris » : un berger et sa belle, en galante aventure, son surpris dans les blés par un moissonneur ; à g., un chien aboie après les amoureux. Sous le Tr.C : «  F.Boucher Pinxit.
- R.Gaillard Sculp. » En marge la même dédicace et les mêmes armes et les mêmes indications que sur l'estampe précédente, dont c'est le pendant.
Gilles Demarteau a gravé plusieurs Satyres l'un d'après Boucher (Satyre assis de profil. n°268 in Marcel Roux inventaire du fonds français des graveurs du XVIIIème siècle), deux autres d'après Caresme (peintre du Roi) (Satyre amoureux et le Satyre refusé, couronné de pampres, son pendant ( il s'élance vers une nymphe étendue qui, une amphore à la main, se détourne et le repousse.) n°542 et 543 in Marcel Roux inventaire du fonds français graveurs du XVIIIème tome VI.
.« […] les principaux graveurs et éditeurs de gravures en manière de crayon, Gilles Demarteau le Vieux et Louis-Marin Bonnet, trouvaient les dessins à graver dont ils avaient besoin grâce à l'autre facteur qui encourageait Boucher à produire des dessins autonomes : l'émergence du collectionneur spécialisé. […], en ce qui concerne Bonnet et Demarteau, beaucoup de leurs estampes des dessins de Boucher sont déclarées de façon spécifique comme exécutées d'après les originaux dans le cabinet (c'est-à-dire la collection) de particuliers. De toute évidence, pour certains collectionneurs, la simple possession des dessins de Boucher ne suffisait pas. Leur renommée de véritables connaisseurs était aussi renforcée par leur publication. […] Et si Boucher était capable de produire certains types de dessins à la demande pour des éditeurs d'estampes, il n'est pas improbable que les collectionneurs aient été parfois capables de convaincre l'artiste de produire un type de dessins qu'ils désiraient tout spécialement. L'ancien élève de Boucher, Johann Christian von Mannlich, nous livre, dans ses Mémoires, cet amusant portrait de son maître, en évoquant l'époque où il était dans son atelier, en 1765 : «  le matin, tout en prenant du chocolat dans son cabinet, il s'amusait à faire ou à retoucher un dessin. Il n'arrivait jamais à produire assez pour satisfaire les demandes des collectionneurs et des marchands qui le payaient deux louis pièce. » Mais Mannlich poursuit, de façon plus préoccupante, sachant que nous rencontrons parfois plusieurs versions pratiquement identiques d'un seul et même dessin : « il nous [lui même et les autres élèves] occupa longtemps, à copier ceux de ses plus beaux dessins qu'il voulait garder dans son portefeuille. Ce sont des copies que nous devions seulement préparer sans les finir, qu'il se réservait de retoucher pendant son déjeuner et dont il faisait des originaux qu'il vendait deux louis pièce. » Mannlich restant ambigu quant à savoir si les marchands étaient, ou non, les seuls à devoir payer les dessins, tandis qu'ils étaient offerts aux collectionneurs dans un geste de munificence artistique, on se demande dans quelle mesure les marchands et les collectionneurs étaient conscients de cette semi-duperie. »
(in les dessins de François Boucher Alastair Laing, avant propos de Pierre Rosenberg, éditions Scala)

30 octobre 2003, deux expositions de François Boucher : «  Amateur lui-même, et docile à satisfaire les amateurs, hommes et femmes, qui collectionnaient ses dessins érotiques, Boucher créait une demande à laquelle il répondait avec une certaine complaisance; avec générosité, disent les Goncourt indulgents - et admiratifs devant sa facilité. On ne recherchait pas seulement les dessins de Boucher, mais aussi les gravures répandues dans le public par Demarteau, qui avait trouvé un procédé pour les reproduire en donnant l'illusion du crayon. Le goût, pourtant, des dessins érotiques de Boucher s'était perdu au fil du temps, si bien que les Goncourt purent en acheter de splendides à des prix relativement dérisoires. Puis, grâce à eux, renaquit le désir de collectionner de tels dessins, avant-goût de ce que sera la vogue occidentale des estampes japonaises, en particulier les shunga. » (in freres-goncourt.fr/Boucher/2003).

Art Valorem - Paris. Vente du Jeudi 22 avril 2010. Salle Rossini - 7, rue Rossini - 75009 Paris. Pour tout renseignement, veuillez contacter la Maison de Ventes au 01 71 20 31 43.