Paris - La vente d’Art Contemporain du 2 juin 2010 au soir a totalisé chez Sotheby’s 9.517.050 € contre une estimation de 5 à 7M€, soit 93% des lots vendus et presque 100% en valeur. Face à une salle comble, 27 des 29 lots offerts ont trouvé preneur et 74% d’entre eux ont dépassé leur estimation haute.

Selon Grégoire Billault, directeur vice-président et du département Art Contemporain de Sotheby’s France : « Depuis l’ouverture des ventes dans ce domaine chez Sotheby’s à Paris en 2006, la création contemporaine française est au coeur de nos préoccupations. Leader sur le marché de l'Art Contemporain en France, Sotheby’s a tour à tour transformé les marchés d’artistes tels que ceux de Pierre Soulages, Georges Mathieu, François Morellet, Martial Raysse ou Simon Hantaï, en obtenant pour plusieurs de leurs oeuvres majeures de nouveaux prix records. Dans chacune de nos sessions de ventes, un ou plusieurs artistes français ont ainsi bénéficié, grâce au réseau de notre maison, d’une exposition mondiale. Aujourd’hui, ce sont Helena Vieira da Silva et Jacques de la Villeglé, ou Zao Wou-Ki et Erró, artiste d'origine islandaise vivant en France depuis toujours, qui ont reçu la reconnaissance du marché international ».

Tableau aux dimensions hors normes, L’Hiver d’Helena Vieira da Silva, est une douce et virtuose composition impressionniste, dans laquelle une ville apparait. Le tableau a atteint 1.095.150 €, le record mondial pour l’artiste (estimation : 600.000/800.000*). Cette toile de qualité a longtemps fait partie de la collection du Baron Elie de Rothschild, dont le goût émérite avait forgé un collectionneur exceptionnel.

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Maria Helena Vieira da Silva (1908 - 1992) Hiver . Photo: Sotheby's.

huile sur toile, signé; titré sur le châssis, 162 x 146 cm; 63 3/4 x 57 1/2 in. Exécuté en 1960. Estimate: €600,000 - 800,000. Sold €1,095,150 (1,343,968 USD) à un acollectionneur privé européen. Record mondial pour l'artiste

PROVENANCE: Galerie Jeanne-Bucher, Paris (1960)
Baron Elie de Rothschild, Paris (acquis auprès de celle-ci)
Vente: Sotheby's, Londres, 21 octobre 1999, lot 62
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel

EXHIBITED: Paris, Galerie Jeanne-Bucher, Vieira da Silva, 1960; catalogue, no. 11, illustré
Paris, Musée National d'Art Moderne; Rotterdam, Museum Boymans-Van-Beuningen; Oslo, Kunstnernes Hus; Bâle, Junsthalle; Lisbonne, Fundaçao Calouste Goulbenkian, Vieira da Silva, Paintings 1935-1969, 1969-1970, no. 39, illustré sur la couverture des catalogues d'exposition de Rotterdam et Oslo

LITERATURE AND REFERENCES: Antonio Dos Reis, Vieira da Silva, in Flama, Lisbonne, 1970, p.49, no.1163, illustré
Douglas Cooper, Les grandes collections privées, Edition du Pont Royal, 1963, p.179, illustré en couleurs
I.R.A, Vieira da Silva, Menina e Moça, no.261, Lisboa, septembre 1971, pp.16-17, illustré (pivoté d'un quart vers la droite)
Nuno Rocha de Sousa, Notícia, Vieira da Silva, Lisbonne, 29 juin 1971, illustré (inversé haut en bas)
Dora Vallier, Nouvelle Revue Française, La Peinture de Vieira da Silva: Chemins d'approche, Paris, 1970, p.187, illustré
Guy Weelen & Jean-François Jaeger, Vieira da Silva - Catalogue Raisonné, Genève, 1994, p.334, no.1663, illustré
Guy Weelen & Jean-François Jaeger, Vieira da Silva - Monographie, Genève, Skira 1993, p.424, illustré (trois fois)

NOTE: signed; titled on the stretcher; oil on canvas. Executed in 1960.

Le salon privé du baron Elie de Rothschild. Les oeuvres d'art moderne y prédominent. Sur la gauche, table de télévision par César; sur la droite, table d'orme de Stahly et sculpture de Chadwick. Sur le mur de gauche, peintures de Miro et de Vieira da Silva (Hiver); sur le mur de la cheminée, Enseigne pour une école de Mouettes de Max Ernst, Lecture au Sol de Jean Dubuffet et bas-relief en métal de César. Sur la cheminée, on peut voir une collection de sculptures préhistoriques de Perse et d'Asie Mineure.
(Douglas Cooper, Les grandes collections privées, Edition du Pont Royal, 1963, p.179 ; photographie © Henri Tabah, Paris)

Boulevard St Martin, 1959, composition explosive, violente de Jacques Mahé de la Villeglé n’a pas manqué de retenir l’attention des amateurs. Cette oeuvre, la plus importante de l’artiste encore en mains privées, s’élève à 312.750 € comme le record mondial des ventes de l’artiste, et double le précédent record (estimation : 150.000/200.000 €).

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Jacques Villeglé (N. 1926) Boulevard Saint-Martin. Photo: Sotheby's.

affiches lacérées sur toile, signé et daté, 222 x 252 cm; 87 3/8 x 99 1/4 in. Exécuté en août 1959. Estimate: 150,000—200,000 €. Sold 312,750 €. Record mondial pour l'artiste

PROVENANCE: Galerie Michael Werner, Cologne
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel

EXHIBITED: Paris, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 1ère Biennale des Jeunes, 1959
Cologne, Kunstmarkt, 1972
Berlin, Nationalgalerie, Aspekte der 60er Jarhre - Aus der Sammlung Reinhard Onnasch, 1978; catalogue, p. 105, illustré
Cologne, Rheinhallen der kölner Messe, Westkunst 1939-1970, 1981; catalogue, p. 436, no. 562, illustré
Londres, Royal Academy of Arts, Pop Art, 1991; catalogue, p. 230, no. 166, illustré en couleurs
Cologne, Museum Ludwig, Die Pop Art Show, 1992; catalogue, no. 153, illustré en couleurs
Mönchengladbach, Museum Abteiberg, en dépôt 1977-1997 (illustré au catalogue)
Nice, Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain, Nouvel accrochage - Oeuvres de la Collection Onnasch Berlin, en dépôt 1997-1998
Nice, Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain, De Klein à Warhol. Face à face France/Etats-Unis, 1997-1998; catalogue, p. 176
Paris, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, La peinture après l'abstraction, 1999; catalogue, p. 73, illustré en couleurs
Barcelone, Museum d'Art Contemporani, Collection Onnasch. Aspects of Contemporary Art, 2001-2002; catalogue, p. 81
Porto, Museu Serralves, Collection Onnasch. Aspects of Contemporary Art, 2002

LITERATURE AND REFERENCES: Art Magazine, Octobre 1982
Bestände Onnasch, Berlin, 1992, p. 203

Thomas Crow, The Rise of the Sixties, New York/Londres, 1996, p. 53, no. 36, illustré en couleurs
Dominique Serre-Floersheim, Les Courants littéraires et artistiques, II. Epoque contemporaine. De l'image au texte, Grenoble, 1999, p. 189
Florence Portes, in "Paris Match", 17 juin 1999, p. 32, illustré en couleurs
J. P. in "Le Point", 2 juillet 1999, p. 113, illustré en couleurs
Jacques Villeglé, Villeglé. Sans lettre. Sans figure, Catalogue thématique des affiches lacérées, Neuchâtel, 2004, no. SF 83, pp. 41-42, illustré en couleurs

NOTE: signed and dated; torn posters on canvas. Executed in August 1959.

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Jacques Villeglé Rue Boulanger/Boulevard Saint-Martin, juin 1959, Collection Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain de Nice © André Morain

De palissade en plafonnade, le torchon de papier à usage industriel a fait une entrée magistrale et officielle dans l'histoire de l'art
Pierre Restany, in Cimaise, no. 47, janvier-mars 1959

Boulevard Saint-Martin, de 1959, appartient à une des premières séries importantes de Villeglé. Emblématique, celle-ci est exposée dès sa conception dans la 1ère Biennale des Jeunes qui a lieu à Paris au Musée d'Art Moderne de la Ville. Une salle est consacrée aux affichistes : Villeglé, Hains et Dufrêne. Ce dernier occupe le plafond tandis que Villeglé présente ABC du 4 mars 1959 et une grande composition de 218 par 409 cm, prélevée Boulevard Saint-Martin puis divisée en trois parties. L'œuvre Boulevard Saint-Martin, présentée aujourd'hui, est une des ces parties: elle montre une explosion de couleurs arrangées en une composition abstraite qui illustre à quel point la technique des affiches lacérées permet à l'artiste de varier son répertoire formel de manière illimitée. Pour lui, «l'affiche prend de l'intérêt lorsque son objet s'efface. L'image brouillée ou le mot déformé n'agit plus comme un signe, mais tel un phénomène de la logique de l'inconscient, comme incitatif subjectif, avec cette particularité (...) que l'esprit commence confusément, par inventer, alors qu'il cherche à comprendre et ne croit rien faire d'autre.» La technique des affiches lacérées est donc, pour le spectateur, un support à partir duquel son imagination, ses rêves, peuvent se développer, démêlant les fils enchevêtrés de la vie. A l'image de la phrase fameuse d'André Breton dans Nadja (1928), que Villeglé connaissait et citait : «Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme

Car c'est la vie, et tout particulièrement la vie de la rue que Villeglé cherche à représenter. C'est avec Raymond Hains, dès 1949, que ses premières collectes d'affiches ont lieu. Ensemble, ils sélectionnent ces œuvres anonymes nées dans la rue. En avril 1954, Villeglé visite l'exposition de collages de Schwitters à la galerie Berggruen à Paris. Elle le conforte dans son choix de se limiter aux déchets urbains et dans l'idée que le ramassage d'affiches lacérées par des anonymes est aussi une manière différente de construire une œuvre.

La première exposition d'affiches lacérées a lieu en 1957 chez Colette Allendy, elle s'intitule ironiquement « Loi du 29 juillet 1881 ». Hains et Villeglé y titrent et datent leurs œuvres mais refusent de se nommer. Parallèlement, Villeglé refuse de signer, ne cédant que sous la pression commerciale, sa signature équivalant alors à celle apposée à un contrat qui serait établi entre lui et l'acquéreur. Cette démarche est symptomatique d'une volonté de l'artiste de s'effacer derrière l'œuvre. Par son activité, il promeut l'homme de la rue, le colleur d'affiches, le militant politique et le piéton graffiteur. Son intervention consiste à sélectionner l'affiche, choisir le format et décider du cadrage. En 1958, il formalise cette démarche en créant le personnage du Lacéré Anonyme. En s'abritant derrière celui-ci, créateur des œuvres, l'artiste montre qu'il se limite pour sa part à exploiter la collectivité des lacérateurs d'affiches.

Le Lacéré Anonyme devient le titre d'une exposition chez le père de Dufrêne en juin-juillet 1959, à laquelle participent Hains et Dufrêne. Cette exposition représente le premier pas dans l'officialisation de la formation d'un groupe des Affichistes qui sera affilié au Nouveaux Réalistes. Mais c'est véritablement avec la Biennale des Jeunes en octobre 1959, que la reconnaissance de ce mouvement en tant que tel prend forme. La présence des affiches lacérées est un des événements les plus remarqués et les critiques fusent, certaines dénonçant la transformation des musées en dépotoirs à palissades. A cette occasion, Pierre Restany consacre, lui, dans Cimaise l'entrée de ces œuvres dans l'histoire de l'art, et félicite les «poètes-lacérateurs». Aujourd'hui encore, les affiches lacérées de Villeglé, dont Boulevard Saint-Martin est un des plus beaux exemples, offrent à voir une image de la vie traitée d'une manière restée totalement novatrice. Villeglé était conscient d'être un précurseur d'une nouvelle forme d'art qui rejetterait les canons de beauté traditionnels, persuadé que «la peinture de chevalet a fait son temps. Elle vit en ce moment les derniers instants, encore sublimes parfois, d'un long monopole.» (Villeglé, l'affiche lacérée : ses successives immixtions dans les arts, Leonardo, vol.2 no. 1, janvier 1969, p. 44)

Baby Rockefeller (1962-1963) d’Erró se range au deuxième plus haut prix atteint pour l’artiste avec 552.750 € (estimation : 200.000/300.000 €). OEuvre Pop, exécutée à son Retour d'U.S.A, ce tableau de grandes dimensions (200 x 300 cm) inaugure les premiers Scapes réalisés par Erró. Ce chef-d’oeuvre occupe toute sa place aux côtés des oeuvres des plus grands artistes du Pop Art américain.

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Gudmundur Gudmundsson Erró (N. 1932) Baby Rockefeller. Photo: Sotheby's.

huile sur toile, 200 x 300 cm ; 78 3/4 x 118 1/8 in. Exécuté en 1962-1963. Estimate 200,000—300,000 € Sold 552,750 € à un collectionneur privé européen.

PROVENANCE: Galleria Schwarz, Milan
Galerie 1900 - 2000, Paris
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel

EXHIBITED: Milan, Galleria Schwarz, Retour d'U.S.A., 1964; catalogue, no.33, illustré
Lille, Musée de l'Hospice Comtesse, La Figuration Narrative des années 60/70, 2007 ; catalogue, illustré en couleurs

LITERATURE AND REFERENCES: Erró, Erró, édition Georges Fall,1968, no.17, illustré
Galerie Beaubourg, Erró - Catalogue général, Paris, 1976, p.106, no.27, illustré

NOTE: oil on canvas. Executed in 1962-1963.

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Erró, Foodscape, 1962-1964, 200 x 300 cm, collection du Moderna Museet, Stockholm. © Erró / Tord Lund - Moderna Museet, Stockholm

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Tom Wesselman, Still life no.18, 1962. © Estate of Tom Wesselman/Licensed by VAGA, New York

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Robert Rauschenberg, Retroactive I, 1964. Wadsworth Atheneum, Hartford. © Robert Rauschenberg Archive, New York

En décembre 1963, Gundmundur Gundmundsson Erró, voyage aux Etats-Unis, attiré par la civilisation et l'art américains. Ce peintre islandais de 29 ans, installé à Paris depuis le mois d'octobre 1958, se fait encore appelé Ferró quand il arrive à New-York et cela jusqu'en 1967.

En retrouvant Öyvind Fahlström, qui est installé à Big Apple, Erró pénètre très rapidement le milieu artistique pop. Il y côtoie Robert Rauschenberg, Claes Oldenburg, Andy Warhol et James Rosenquist, dont il apprécie particulièrement la peinture. Erró sillonne la ville de façon systématique, ses supermarchés et ses fast-foods, «... Là-bas, j'ai eu l'impression de renouveler complètement le matériel de base de mon travail. Je trouvais à New-York des boutiques avec des rayonnages interminables remplis de journaux. Je les sélectionnais, je les achetais, ils se vendaient au kilo. Ensuite, je découpais les images et composais des premiers collages puis je peignais avec des images made in USA d'après ces collages... . »¹

Jusqu'à ce que ce voyage survienne, la peinture d'Erró - comme celle des tableaux qu'il présente au début de l'année 1960 à la galerie Chirvan à Paris lors de sa première exposition personnelle, Mécamorphose - « ...peut se situer aussi bien dans la tradition de la peinture ancienne (Bosch, les Cosimo Tura de Ferrare, les Signorelli d'Orvieto, certains Crivelli) que dans la perspective rigoureusement moderne d'un Matta ou d'un Brauner ... embrassant à la fois l'univers concentrationnaire (cités, accumulations, prisons, trains, gares, routes) et le caractère mécanique de la vie individuelle (personnages identifiés à leurs fonctions : engrenages, ou rouages d'une immense machine sociale). »²

La fantaisie surréaliste, le monde onirique de la science fiction et des personnages mécaniques qui sont alors la marque de reconnaissance des tableaux d' Erró laissent la place à un ensemble d'œuvres nouvelles composant la série Retour d'U.S.A. L'usage massif de la réalité quotidienne et la beauté de l'ordinaire : affiches, magazines, etc. inspirent Erró d'un nouveau lyrisme.

La culture américaine du Coca-Cola, du juke-box, des revolvers et billets de banque est hissée en étendard par Erró qui excelle dans l'adaptation Pop Art des techniques de la publicité et de la bande dessinée. Retour d'U.S.A. est à la fois une parodie des comics américains et un inventaire de la consommation usuelle, dans lesquels se côtoient des boîtes de conserve, des voitures JEEP ou le nec plus ultra de la nourriture pour animal domestique. Les héros de Walt Disney et de Tex-Avery sont mis en scène avec des personnages, pastiches des tableaux de Picasso et de Greco. Comme Tom Wesselman ou James Rosenquist, Erró porte l'art du collage à un niveau de maîtrise extraordinaire.

L'exposition Retour d'U.S.A., dont la préface du catalogue est rédigée par Alain Jouffroy, est organisée aux mois de novembre et décembre 1964, à la Galleria Schwarz à Milan. Les 35 tableaux présentés révèlent Erró sous un nouveau jour, au point de penser rétrospectivement que ce voyage à New-York a certainement été déterminant dans sa carrière. Erró présente dans ses compositions éloquentes le monde entier qui s'américanise, rempli d'images industrielles, dans un feu de joie de couleurs vives. Cette série d'œuvres iconiques préfigure l'évolution de sa peinture.

Baby Rockefeller figure dans cette exposition au côté de Foodscape, ce dernier tableau faisant depuis partie des prestigieuses collections du Moderna Museet de Stockholm.

Ces deux tableaux occupent une place historique dans le corpus des œuvres d'Erró, car ils apparaissent comme les premiers Scapes que l'artiste réalise dans sa carrière. Leur symbole est d'autant plus fort qu'ils combinent à des dimensions exceptionnelles, le brio technique de l'artiste et des sujets made in USA. Les Scapes sont de véritables encyclopédies amassant les images, « ...je suis toujours à la recherche d'images. Il me faut des matériaux réels et, au cours de mes voyages, je fouille partout... »³, raconte Erró à Jean-Jacques Lebel. La portée encyclopédique des Scapes en fait habituellement des tableaux sans critique, alors que les tableaux de grands formats sont ceux dans lesquels l'artiste a l'habitude de se dépasser avec force pour dénoncer la grandiloquence des absurdités du monde (Flux de la Sharpville assexué censuré en Italie en 1961, Abolition des races exécuté au début des années 1960).

Baby Rockefeller et Foodscape, chacune de 200 x 300 cm, ont les plus grands formats des œuvres exposées dans Retour d'U.S.A. La peinture, particulièrement léchée, fourmille de centaines d'objets et de personnages, dont la richesse thématique et la juxtaposition crée un véritable grésillement optique.

Synonyme des fortunes possibles naissant aux Etats-Unis, la référence du tableau à la famille Rockefeller est illustrée par une abondance d'icônes de la culture de l'american way of life. Les portraits de chefs indiens, un musicien de country, un cavalier de rodéo, un cow-boy, une diligence, Santa-Claus et la profusion des sportifs, footballeur, joueurs de baseball, de golf, de tennis, de hockey se mélangent aux représentations infantiles d'animaux souvent utilisées dans les cartes de vœux et d'anniversaires, tandis que les fleurs et les fruits rouges à l'éclat appétissant donnent à l'ensemble de la composition le parfum de la tentation. Composé comme un Scape, Baby Rockefeller inventorie mais à la différence des tableaux d'Erro dans lesquels la critique sociale est perceptible dès le premier regard, l'ironie de Baby Rockefeller est plus subtile. Il annonce sans paraître la critique radicale du système marchand, aliénant les individus dans leur vie quotidienne et porte un vibrant écho à La société du spectacle que Guy Debord écrit en 1967.

Au cœur d'un mouvement cherchant une autre image de l'homme qui se dépasse, Erró clame une volonté de changer la vie par tous les moyens qui lui semblent poétiques. Baby Rockefeller apparaît comme un chef d'œuvre délibérément critique de la peinture narrative des années 1960, dressant Erró comme un artiste fondateur et incontournable de la Figuration Narrative.

(¹). Erró, Jean-Paul Ameline et Bénédicte Ajac, Entretien avec Erró, 23 octobre 2007 ; in catalogue d'exposition Figuration Narrative – Paris 1960-1972, Galerie Nationale du Grand Palais, 2008, p.296.
(²). Alain Jouffroy, « Ferró – Une peinture méticuleusement folle », Arts, Paris, no.785, août 1960
(³). Erró, catalogue d'exposition, Galerie Nationale du Jeu de Paume, 1999-2000, p.24.

Paris, place internationale des ventes d’art contemporain, attire des oeuvres magistrales des plus grands artistes internationaux du XXe siècle et séduit les collectionneurs internationaux les plus importants.

La plus haute enchère de la soirée a ainsi récompensé à 1.464.750 € une oeuvre emblématique de Jean-Michel Basquiat, Joy (1984). Ce tableau mêle avec fougue tous les signes issus de son répertoire (couronne, copyright, éléments d’anatomie) autour d’une grande figure d’un homme noir (estimation : 700.000/900.000 €).

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Jean-Michel Basquiat (1960 - 1988) Joy.

acrylique, crayon gras et collage de papiers Xerox sur toile, signé, titré et daté au dos, 218,4 x 172,7 cm; 86 x 68 in. Exécuté en septembre 1984. Estimate 700,000—900,000 € Sold  1,464,750 € à un collectionneur privé européen.

PROVENANCE: Tony Shafrazi Gallery, New York
Gagosian Gallery, New York
Vente: Phillips, de Pury et Company, Londres, 28 février 2008, lot 154
Vente: Sotheby's, New York, 12 novembre 2008, lot 481

EXHIBITED: Paris, Galerie Enrico Navarra, Jean-Michel Basquiat - Paintings, 1996

LITERATURE AND REFERENCES: Richard Marshall et Jean-Louis Prat, Jean-Michel Basquiat - Vol.I, 1ère édition, Paris, 1996, p.167, illustré en couleurs
Richard Marshall et Jean-Louis Prat, Jean-Michel Basquiat - Vol.I, 2ème édition, Paris, 1996, p.203, illustré en couleurs
Catalogue d'exposition : Kaohsiung, Kaohsiung Museum of Fine Arts - Taichung, Taichung Museum, Jean-Michel Basquiat, 1997, p.59, illustré en couleurs
Catalogue d'exposition : Séoul, Gallery Hyundai, Jean-Michel Basquiat, 1997, p.53
Catalogue d'exposition : Tokyo, Mitsukoshi Museum - Marugame, M.I.M.O.C.A., Jean-Michel Basquiat, 1997, p.65, illustré en couleurs
Catalogue d'exposition : Forte dei Marmi, Galleria Dante Vecchiato - Cortina d'Ampezzo, Galleria Dante Vecchiato, Jean-Michel Basquiat, 1999, p.25
Catalogue d'expiosition : Naples, Castel Nuovo, Jean-Michel Basquiat, 1999, p.89, illustré en couleurs
Enrico Navarra, Jean-Michel Basquiat - Vol.III, 3ème édition, Paris, 2000, p.188, illustré en couleurs
Géraldine Pfeffer-Lévy, Jean-Michel Basquiat - Vol.I, 3ème édition, 2000, p.273, illustré en couleurs

NOTE: signed, titled and dated on the back; acrylic, oilstick, Xerox collage on canvas. Executed in September 1984.

" La joie est la meilleure défense contre le démon."
(Thomas de Celano, Vita Secunda, paragraphe 125)

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Big Joy, 1984, 218,5 x 172,5 cm, Collection particulière © The Estate of Jean-Michel Basquiat / ADAGP, Paris 2010

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Red Joy, 1984, 218,5 x 172,5 cm, Collection particulière © The Estate of Jean-Michel Basquiat / ADAGP, Paris 2010

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Basquiat à New York, 1988, © D.R.

La figure humaine est au centre de l'œuvre de Basquiat. Originaire d'Haïti par son père et de Portorico par sa mère, Basquiat est concerné par la question du racisme et de l'histoire du peuple noir. Il le représente dans son œuvre à travers ses grands jazzmen, boxeurs etc. Après avoir annoncé que Samo était mort fin 1978, et qu'il se consacrait désormais à la peinture, Basquiat n'en continue pas moins à mêler les mots, les signes, les symboles à ses peintures. Joy est à ce titre exemplaire de ce travail. Les signes sont agglutinés, télescopés, biffés et enserrent la figure de l'homme noir dans laquelle Richard D. Marshall voit Charlie Parker. (Les Dessins de Jean-Michel Basquiat, in Galerie Enrico Navarra, Basquiat, Œuvres sur papier, Paris, 1999)

Basquiat s'est constitué très vite un répertoire de symboles, renvoyant à diverses expériences de sa vie et à ses origines, dans lequel il puise abondamment pour construire ses œuvres. Parmi ses signes célèbres, la couronne et le copyright, issu de son passé de graffeur sont présents dans Joy. De multiples références à la médecine apparaissent également. Gregor Mendel, père de la génétique voit son nom cité à de multiples reprises dans sa composition. Les images d'anatomie renvoient quant à elle à un épisode de son enfance, au mois de mai 1968, quand il est renversé accidentellement par une voiture. Pendant sa convalescence, sa mère lui offre l'Anatomie de Gray, ouvrage qui le fascine et produit une influence profonde sur nombre de ses œuvres.

Son admiration pour les jazzmen noirs et sa connaissance de leur répertoire musical transparaît souvent dans ses peintures. Miles Davis voit son nom apparaître à droite du personnage. Charlie Parker, idole de Basquiat, est symbolisé par les lignes de portée de la chanson Red Cross, morceau bebop mythique enregistré par Tiny Grimes, dont le nom apparaît en haut à gauche, avec le Bird par le label Savoy en 1945. Le saxophone de Parker est visible à deux reprises dans Joy.

L'univers du cartoon américain, par leur efficacité visuelle et leur liberté stylistique sont présents à travers des onomatopés comme «slam» ou «pouf», un chat, une souris qui rappelle Mickey, le dessin «smoke bomb». Premiers souvenirs d'artiste de Basquiat quand il dessinait enfant, d'après les dessins animés qu'il regardait à la télévision.

Comme le rappelle Jeffrey Deitch dans son compte rendu de l'exposition à la galerie Annina Nosei à New York en mars 1982: «La grande force de Basquiat est son habileté à mêler sa perception des images de la rue, des journaux et de la télévision, avec la spiritualité de son héritage haïtien, et de les fondre l'une et l'autre dans une compréhension merveilleusement intuitive du langage de la peinture moderne»

Basquiat intègre continuellement des dessins dans ses peintures, ce procédé lui permettant d'enrichir le contenu de son œuvre. Mais la technique du collage de Xerox, que l'on peut voir dans Joy, est probablement celle qui lui permet avec le plus d'efficacité de composer encore plus largement avec son répertoire: il réutilise certains de ses dessins en les photocopiant et en les collant sur des toiles, jouant à faire apparaître seulement certaines parties des feuille en des endroits différents. Dans Joy sont visibles Untitled (Tiny Grimes) et Untitled (Francesco Clemente), mais aussi des photocopies d'autres dessins incluant des références à Miles Davis, Titien, les «12 Apôtres», le «Combat du Championnat» et «Célèbre».

Si deux autres œuvres de Basquiat portent le titre Joy: Big Joy et Red Joy, c'est seulement dans ce dernier que la figure de Charlie Parker réapparaît dans un collage. Que ce titre soit associé des deux œuvres à Charlie Parker est symbolique, lui que Basquiat a représenté souriant à pleine dents dans son dessin. Sans voir ces trois œuvres comme une série, elles montrent que la mort, la violence, la maladie ne sont pas les seuls sujets de l'artiste comme le rappelle Johnny Depp:

« Certaines de ses œuvres me tuent et d'autres me laissent complètement indifférent. Mais dès qu'il vous touche, vous êtes saisis par l'émotion, ou bien vous vous retrouvez douloureusement pliés en deux de rire. En effet, en dépit de toute l'honnêteté, l'histoire et l'expérience de la vie qu'il vomissait dans ses dessins, peintures, objets, écrits etc..., il possédait un sens de l'humour des plus corrosifs. Même dans certaines de ses œuvres les plus poignantes, son sens diabolique de l'absurde transparaissait tel des copains de bande, sans aucun filtre. Il en était de même pour ses désillusions sincères à l'égard de la race humaine et les espoirs qu'il mettait en elle. Les images qui viennent à l'esprit, signature de ses états d'âme, sont les suivantes : la couronne, l'auréole d'épines, des portraits dépourvus de chair, des organes vitaux pompant du sang – veinés de bleu ou exempts de toute vie, ses héros d'enfance Hank Aaron et Charlie Parker, etc., portés au rang de saints pour l'éternité, l'hommage rendu à ses ancêtres, des référence continuelles de son enfance. (...) il n'a jamais été véritablement capable de dissimuler ses sentiments ou ses influences dans son œuvre.» Johnny Depp, Basquiat et ses peintures, in Galerie Enrico Navarra, Jean Michel Basquiat, Paris, 2000

Pour la deuxième fois depuis 2007, Sotheby’s mettait en vente à Paris l’oeuvre emblématique du Pop Art américain, Love Red de Robert Indiana, estimée 500.000 à 700.000 €, sûrement l’oeuvre la plus connue dans le monde et la plus célébrée de l’artiste. Celle-ci provenant d’une collection particulière américaine a été disputée par des collectionneurs internationaux, européens, asiatiques et sud-américains, jusqu’à 744.750 €.

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Robert Indiana (N. 1928) Love, Red. Photo: Sotheby's.

aluminium peint, signé, daté, numéroté 4/6 et porte la marque Milgo - Brooklyn NY, 182,9 x 182,9 x 91,4 cm ; 72 x 72 x 36 in. Conçu en 1966 et réalisé en 2000 dans une édition de 6 exemplaires plus 4 épreuves d'artiste. Estimate 500,000—700,000 € Sold 744,750 € à un collectionneur privé sud américain.

PROVENANCE: Galerie Guy Pieters, Knokke
Acquis auprès de celle-ci par l'actuel propriétaire

NOTE: signed, dated, numbered 4/6 and stamped with the foundry mark Milgo - Brooklyn NY; painted aluminium. Conceived in 1966 and realised in 2000 in an edition of 6 examples plus 4 artist's proofs.

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Robert Indiana devant un exemplaire de Love en fabrication, dans l'atelier de Lippincott, North Heaven, Connecticut, 1972. © Tom Rummler

Un tableau de Jean-Paul Riopelle de 1950 a fait l’objet d’une belle bataille d’enchères entre collectionneurs américains pour atteindre 516.750 € contre une estimation 150.000 à 200.000 €. Cette toile, provenant d’une collection de connaisseurs européens, utilisent avec élégance la technique du dripping faisant de cette toile une oeuvre rare et recherchée.

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Jean-Paul Riopelle (1923 - 2002) Sans titre. Photo: Sotheby's.

huile sur toile, signé et daté,81 x 100 cm; 31 7/8 x 39 3/8 in. Exécuté en 1950. Est. 150,000—200,000 € Sold 516,750 € à un marchand nord américain.

PROVENANCE: Galerie Mathias Fels, Paris
Collection particulière, Allemagne

EXHIBITED: Turin, Associazone d'Arte Figurativa, Jean-Paul Riopelle, 1960, p.8, illustré
Bari, Pinacoteca Provinciale; Milan Palazzo Reale, Aspetti dell'Informale, 1971, p. 50, illustré en couleurs

LITERATURE AND REFERENCES: Yseult Riopelle, Jean-Paul Riopelle, Catalogue raisonné 1939-1953, vol. I, Montréal, 1999, p.373, no.1950-040H.1950, illustré en couleurs

NOTE: signed and dated; oil on canvas. Executed in 1950.

En 1949 a lieu la première exposition individuelle de Riopelle à Paris, à la galerie Nina Dausset. L'introduction, sous forme d'un Aparté entre André Breton, Elisa et Benjamin Perret, célèbre la naissance d'un grand peintre et l'avènement d'oeuvres "pièges à la fois pour les bêtes des terriers et pour celles de la nuagerie, comme disait Germain Nouveau". (André Breton, préface du catalogue d'exposition). Les pièges étant constitués de cercles noirs qui enserrent des coulures de peinture, que rehaussent des rythmes blancs. André Breton inaugure ainsi la fortune critique que recueillera l'oeuvre de Riopelle.
Sans titre, de 1950, est une oeuvre charnière: à la fois encore piège très en épaisseur, ses filaments blancs annoncent la grande période du dripping qui suit peu après. A cette époque, Patrick Walberg, dans le sillage d'André Breton, critique lui aussi l'oeuvre de Riopelle en des termes qui résonnent aujourd'hui à travers Sans titre de 1950 et illustrent parfaitement la richesse de cette toile: "L'unique peinture de Riopelle éclate avec un fracas de bombe et une lumière de fusée, faisant disparaître tout ce qui l'entoure. (...) L'extraordinaire vigueur de Riopelle, ses prodigieuses réserves de passion, de fougue et de violence, qu'on devine impatientes à bondir et à se fixer en forêts de signes, annoncent un changement de route et un nouveau départ; de ses couleurs chargées d'orages, il fouette la toile inerte. (...) Il y a chez lui cette originalté intense, cette sève débordante que rien ne peut endiguer. Saluons donc l'avènement d'un peintre." (Patrick Waldberg, in Paru, décembre 1949)

Enfin, la surprise est venue des prix obtenus par les oeuvres de Zao Wou-Ki :
- 13 février 1992 (huile sur toile) a été disputée par onze enchérisseurs internationaux jusqu’à 960.750 €, triplant ainsi l’estimation haute.
- Composition bat le record pour une oeuvre sur papier de l’artiste à 360.750 € (estimation : 100.000/150.000 €).

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Zao Wou-Ki (N. 1920) 13 février 1992. Photo: Sotheby's.

huile sur toile, 200 x 162 cm; 78 3/4 x 63 3/4 in. signé; signé, daté et titré au dos. Exécuté le 13 février 1992. Estimate 200,000—300,000 EUR Sold 960,750 EUR à un collectionneur privé asiatique.

PROVENANCE: Galerie Jan Krugier, Genève
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel en 1992.

LITERATURE AND REFERENCES: Pierre Daix, Zao Wou-Ki - L'oeuvre - 1935-1993, Neuchâtel, éditions Ides et Calendes, 1994, p.180, illustré en couleurs
Pierre Daix, Zao Wou-Ki, Neuchâtel, éditions Ides et Calendes, 1996, p.69, illustré en couleurs (édition poche de la précédente, coll. "Polychrome")
Yves Bonnefoy et Gérard De Cortanze, Zao Wou-Ki, Paris, éditions La Différence / Enrico Navarra, 1998, p. 257, illustré en couleurs

NOTE: signed; signed, dated and titled on the back; oil on canvas. Executed on February 13, 1992.

" Je vois souvent chez Zao Wou-Ki l'eau et le feu, je vois l'air et la terre: agents de desruction, de métamorphoses, de disséminations, de germinations, mais grandes figures aussi de notre idée de la terre; et dans leurs expansions et leurs plissements je vois même parfois des bribes d'horizon, des entrevisions de végétaux ou de pierre." (Yves Bonnefoy, Zao Wou-Ki, in cat. exp. Paris, Galerie Thessa Herold, 1998)

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Zao Wou-Ki  (N. 1920) Composition. Photo: Sotheby's.

encre sur papier, 200 x 173 cm; 78 3/4 x 68 1/8 in.Exécuté en 1983. Estimate 100,000—150,000 € Sold 360,750 € à un collectionneur privé asiatique, nouveau record mondial pour une oeuvre sur papier de l'artiste.

PROVENANCE: Acquis directement auprès de l'artiste par le propriétaire actuel en 1983

EXHIBITED; Paris, Grand Palais, Hanaé Mori (défilé), FIAC, 1983

LITERATURE AND REFERENCES: Zao Wou Ki, Françoise Marquet, Autoportrait, Paris, 1988, illustré sur la couverture derrière le portrait de Zao Wou-Ki
Bernard Noël, Zao Wou-Ki, Encres, Paris, 1989, p.4, no.1, illustré

NOTE: signed and dated; ink on paper. Executed in 1983.

Au commencement est le vide
et dans le vide projeté
le bras tend son cou courbé

les encres de Zao Wou-Ki sont fondées sur
leur propre substance et
le vide
pas de projet directeur pas de schéma de dessin
rien que le désir
ou plus exactement la pensée
de peindre

En Occident, dit Wou-Ki, on dessine. L'art commence par le dessin. En Chine, on apprend à écrire au pinceau. Tout sort de l'écriture par la calligraphie: la pensée comme l'art, la beauté dans la vue comme la beauté dans le comportement. (Bernard Noël, Le Vide et l'Encre, in Zao Wou-Ki, 2001)

PARIS.- Yesterday in Paris, Sotheby’s Summer Evening Sale of Contemporary Art achieved a successful total of €9,517,050 / $11,679,324 / £7,932,168, a figure well above the pre-sale expectations of €5.1-7.0 million / $6.3-8.6 million / £4.2-5.8 million. The sale achieved exemplary sell through rates of 93% by lot and almost 100% by value and these rank as some of the highest sell through rates ever seen in a Contemporary Art sale at Sotheby’s Paris. In addition, the sale saw two works sell for more than €1 million and a remarkable 74% of the sold lots realise prices in excess of their high estimate. Buyers from all over the world competed in tonight’s sale, once again demonstrating the international stature of the Paris Contemporary Art market.

Commenting after the sale, Grégoire Billault, Director of Sotheby’s Contemporary Art department in Paris, said: “Since we started our Contemporary Art sales at Sotheby’s in Paris in 2006, our main focus has always been on the advancement of French Contemporary art and French Contemporary artists. We have transformed the auction profile for artists like Pierre Soulages, Georges Mathieu, François Morellet, Martial Raysse and Simon Hantaï by achieving new world record prices for their works of art. In each of our sales, one or several French artists have received worldwide exposure – thanks to Sotheby’s international network and reach – and tonight it was the turn of Helena Vieira da Silva, Jacques Mahé de la Villeglé and Erró to get the international recognition that they so deserved.”

Among the many successes of tonight’s sale was the new auction record price that was established for Helena Vieira da Silva when her rare and monumental painting L’Hiver – a brilliant impressionistic composition of a city in winter – sold for €1,095,150 / $1,343,968 against an estimate of €600,000-800,000. This painting came to the market with superb provenance having been part of the collection of Baron Elie de Rothschild for many years and having hung during this time in the Baron’s private lounge.

A second auction record was also set when Jacques Mahé de la Villeglé’s explosive Boulevard St-Martin sold for €312,750 / $383,807, against the estimate of €150,000-200,000, after bidding from at least four potential buyers. This price more than doubles the previous auction record for the artist. The painting was without doubt one of the finest works by the French artist to have remained in private hands and this rare acquisition opportunity was clearly recognised by collectors this evening.

Baby Rockefeller by Erró also performed well, selling for €552,750 / $678,335, easily above the estimate of €200,000-300,000 and the second highest price ever achieved for the artist at auction. This important and large scale canvas, from the Back from the USA series, was painted after Erró’s first trip to New York, and it shows similarities to leading works of American Pop Art.

Paris, like the other international selling centres of Contemporary Art, is able to attract international collectors and achieve strong prices for works by the great Contemporary artists of the 20th Century and this was shown once again tonight with the price realised for Jean-Michel Basquiat’s Joy. This work saw competition from at least five potential buyers, who drove the price to €1,464,750 / $1,797,541, well in excess of the pre-sale expectations of €700,000-900,000. A work which energetically mixes several of the artist’s signature motifs, it is a powerful combination of street art, jazz, television, newspapers, anatomy, Negro history and heroes.

Sotheby’s successful track record of selling works by Robert Indiana in Paris continued as well tonight when the artist’s Love, Red brought €744,750 / $913,957, above the pre-sale estimate of €500,000-700,000. An icon of Pop Art, Indiana’s Love sculptures are undoubtedly his best known works.

Furthermore, a painting by Jean-Paul Riopelle, dating from 1950, saw bidding from numerous US collectors before it sold for €516,750 / $634,156, well in excess of its estimate of €150,000-200,000. The painting came from an important private European collection and with its rare dripping technique attracted a great deal of interest.

Finally, a number of Asian works were also highly sought after and perhaps created the most lively bidding battles of the evening. Zao Wouk-Ki’s 13 février 1992 received interest from no fewer than six bidders, who took the price to over three times the pre-sale high estimate. It finally sold for €960,750 / $1,179,032. The artist’s Composition was also the subject of great demand, realising €360,750 / $442,712 against an estimate of €100,000-150,000, and establishing a new record for the artist on paper.