229

Rare ensemble de cinq consoles en bois finement sculpté et doré sur des fonds rechampis crème. Attribuées à Georges Jacob. Epoque Louis XVI. photo De Maigret Thierry.

Les traverses ornées d'une frise à palmettes et feuilles d'acanthe crispées soulignées d'un rang de godrons et de perles. Les pieds en console à large enroulement, soulignés de rosaces et graines feuillagées se terminant en gaine à larges palmes. Entretoise en dessin géométrique ajouré à palmettes présentant au centre un petit chapiteau central (manque). Il comprend deux paires de consoles dont une en demi-lune, une autre rectangulaire et une dernière formant desserte.

Plateaux de marbre gris Sainte Anne et bleu Turquin. Desserte : H : 89 - L : 150 - P : 61,5 cm. Console rectangulaire : H : 89 - L : 100 - P : 51 cm Console demi lune : H : 89 - L : 88 - P : 58 cm

Estimation : 60 000 - 80 000 €. Pourront être présentées séparément sur enchères provisoires, avec faculté de réunion, avec les estimations suivantes : 229 A : 25 000 / 35 000 229 B : 15 000 / 20 000 229 C : 7 000 / 12 000

La paire de consoles demi-lune présente des cotés et des marbres rapportés car elles devaient être présentées dans des alcôves

Les ensembles conservés de meubles de menuiserie de cette importance sont rarissimes. En effet, avoir pu conserver au fil des siècles une suite de cinq consoles de cette qualité d'exécution est quasiment un fait unique dans les arts décoratifs français du XVIIIème siècle. Le plus souvent, ils ont été dispersés au gré des ventes aux enchères et des successions, puis parfois reconstitués en partie.

Tel est notamment le cas de l'ensemble de sièges et de consoles commandé au milieu du XVIIIème siècle, probablement à Michel Cresson, par Louis II du Bouchet marquis de Sourches (1711-1788) pour le grand salon du château d'Abondant (Eure-et-Loir). Une partie de ce mobilier se trouve actuellement au Musée du Louvre, tandis que d'autres éléments sont apparus sur le marché de l'art parisien (voir Bill G.B. Pallot, Le mobilier du musée du Louvre, Tome 2, Sièges et consoles (menuiserie) XVIIème et XVIIIème siècles, Dijon, 1993, p.66-68, catalogue n°17). Ces sièges et consoles étaient bien évidemment destinés à s'intégrer pleinement dans un décor de boiseries aux lignes sinueuses. Quant aux consoles présentées, bien qu'à l'heure actuelle leur historique n'ait pas pu être reconstitué, les prestigieuses alliances de la famille à laquelle elles sont rattachées suggèrent l'un des grands salons d'un hôtel particulier parisien remanié dans le dernier quart du XVIIIème siècle ; elles témoignent probablement de la collaboration d'un architecte tel que Claude-Nicolas Ledoux et du menuisier Georges Jacob. Ce dernier intervenant est particulièrement intéressant pour notre étude, puisqu'il peut être véritablement qualifié de « maître du pied en console terminé en enroulement », type ornemental qu'il déclina aussi bien dans la réalisation de certains de ses sièges estampillés, que dans l'élaboration de certaines pièces de boiserie. Les consoles présentant ce motif caractéristique sont particulièrement nombreuses dans la menuiserie parisienne, elles sont souvent rapprochées de l'oeuvre de Georges Jacob ou de Jean-Baptiste-Claude Séné.

Citons notamment une grande table à pieds en consoles terminées en enroulements passée en vente chez Christie's, à New York, le 23 octobre 1998, lot 82 ; ainsi qu'une deuxième, en bois doré et rechampi blanc, vendue dans ce même lieu le 30 octobre 1993, lot 400 ; mentionnons également une paire, d'une composition simple mais particulièrement élégante, ayant fait partie de la vente à Paris, Me Ferri, le 12 décembre 2007, lot 257 ; enfin notons les analogies avec une table en console conservée au Petit Trianon et portant la marque au fer du Garde-Meuble de Marie-Antoinette (illustrée dans Francis J.B. Watson, Le meuble Louis XVI, Paris, 1963, illustration 214). Toutefois, il faut bien convenir que les consoles susmentionnées, bien que relativement proches des créations de Georges Jacob, n'ont pas de rapport certain avec l'oeuvre du menuisier.

Pour créer un lien entre l'ensemble proposé et ce menuisier d'exception, il s'agit de citer particulièrement deux exemples. Tout d'abord, une belle console en bois sculpté et rechampi blanc commandée à Georges Jacob en mai 1776 par la princesse de Conti pour le grand salon de son hôtel particulier de la rue Saint Dominique dont l'installation était due à l'architecte Pierre-Claude Convers (reproduite dans M. Beurdeley, Jacob et son temps, Paris, 2002, p.27). Enfin, notons les proximités stylistiques qu'il existe avec une seconde console finement sculptée supportée par six pieds, dont les deux de devant terminés en enroulements, le tout réuni par une entretoise ; estampillée par Georges Jacob, elle fut inventoriée dès 1782 dans un des salons du château de Karlsberg en Allemagne, puis passa dans les collections de la Résidence de Munich où elle est toujours conservée (B. Langer, Die Möbel der Residenz München, Die französischen Möbel des 18. Jahrhunderts, Prestel, Munich, 1995, p.222-223, catalogue n°57).

Georges Jacob (1739-1814) est de toute évidence le plus important menuisier parisien du XVIIIème siècle. Son oeuvre se distingue notamment de ses confrères par la quantité de sièges portant son estampille, alliée à l'inventivité des compositions et à une qualité d'exécution inégalée. A ses débuts, son passage chez Louis Delanois, l'un des principaux promoteurs du néoclassicisme dans les sièges, va profondément influencer son style. Après son accession à la maîtrise le 4 septembre 1765, il s'établit rue de Cléry, puis rapidement transporte son atelier rue Meslée en 1775. Auparavant il avait déjà était sollicité par le Garde-Meuble royal dès 1773. Il connaîtra une carrière exceptionnelle, dépassant même les frontières du royaume. Ainsi parallèlement à une clientèle de riches particuliers, Jacob travaille activement à la fourniture de sièges et de consoles pour les membres de la famille royale et de son entourage ; citons parmi tant d'autres : Marie-Antoinette, Louis XVI, le comte d'Artois, le comte de Provence, le prince de Condé, le duc de Penthièvre, la marquise de Marbeuf, le prince de Galles et l'Electeur de Bavière. De nos jours ses sièges figurent dans la plupart des grandes collections privées et publiques.

De Maigret Thierry. Hotel Drouot - salles 1 et  7. Tableaux Anciens, Objets d’art, Mobilier des XVIIème, XVIIIème et XIXème Siècle. EMail : contact@thierrydemaigret.com - Tél. : 01 44 83 95 20