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Table à écrire avec écran à crémaillere par Antoine-Robert Gaudreaus (1680-1751), Premier Ebéniste du Garde-Meuble de la Couronne de 1727 à 1751. Paris, époque Louis XV, vers 1740-1745. photo courtesy Kohn - Paris

Bâti de chêne, acajou, placage de bois violet, satiné, buis, bronzes vernis, acier, taffetas de soie et cuir. H. 72,5 cm, L. 76,5 cm, P. 51,8 cm - Estimation : 200 000 / 250 000 €

PROVENANCE: Ancienne collection Robert Schuman, vente 11 et 12 avril 1951, Paris, Hôtel Drouot, Maître Maurice Rheims, lot 243
Collection Me B., Paris

Table à écrire légèrement galbée révélant en sa partie arrière un écran à crémaillère en acier se dissimulant dans le piètement postérieur du meuble.

L'écran est tendu d'un taffetas de soie verte de l'époque qui se déroule ou s'enroule autour d'un tube en fer blanc à ressorts d'origine. Elle ouvre par deux tiroirs latéraux en acajou dont l'un forme écritoire. Le plateau en accolade en façade est revêtu de maroquin noir dans un encadrement de filets de satiné et de buis.

La ceinture à léger ressaut présente une coquille feuillagée en bronze vernis servant d'ornement à la poignée en acier poli permettant le blocage de l'écran à la hauteur souhaitée au moyen d'un savant mécanisme en fer forgé de l'époque logé à l'intérieur de la traverse arrière du meuble. Le plateau est serti d'une astragale composée de bandes de bois violet et de satiné rouge en superposition et d'une moulure en bois violet sur les côtés et à l'arrière du plateau.

Les pieds pentagonaux sont également soulignés de filets de bois satiné rouge surlignés de filets de buis. Ornementation de chutes et sabots feuillagés en bronze doré propres au maître ébéniste et d'un modèle inhabituel. On ne connaît que très peu de meubles de cet ébéniste qui, à l'instar d'André-Charles Boulle ou Charles Cressent ne signait pas ses ouvrages.

L'attribution à Antoine-Robert Gaudreaus repose sur la base de différents motifs stylistiques tenant notamment aux filets arrondis de satiné enchâssés dans deux filets de satiné surlignés de filets de buis qui accentuent les arêtes des quatre pieds. Cette caractéristique se retrouve sur un bureau livré par Gaudreaus en 1742 pour le château de Choisy-le-Roi, sous le numéro 1277 du journal du Garde-Meuble Royal, conservé aujourd'hui dans une collection privée anglaise, et ne se rencontre sur aucun meuble des autres ébénistes de cette époque.

En outre on retrouve sur ce bureau livré pour Choisy-le-Roi, comme sur notre meuble, des tiroirs en acajou massif caractéristiques de la manière de notre ébéniste.

Le bureau livré le 16 février 1742 pour le château de Choisy est ainsi décrit dans le journal du Garde-Meuble Royal : "Livré par le Sieur Gaudreaus. Pour servir au Roy au Château de Choisy. N° 1277 : une table à écrire chantournée et cintrée par devant et par derrière à placages en compartiments, de bois violet et bois satiné (. …)La table a par devant trois tiroirs de bois d'acajou… »

La découverte récente de la commode livrée pour les appartements privés de la reine Marie Leczinska au château de Compiègne en 1739 permet de confirmer les autres caractéristiques stylistiques propres au Maître Ebéniste, notamment le décrochement à l'intérieur des angles des pieds et de la ceinture inférieure de ses meubles. On notera que les sabots de la commode et de la table à écrire sont très similaires.

« Durant un quart de siècle, de 1726 à sa mort, cet artisan de très grande valeur, sera l'ébéniste du Garde-Meuble de la Couronne. Malheureusement de son temps, l'usage de l'estampille n'avait pas encore été imposé, si bien qu'aucun de ses ouvrages n'est signé. Les quelques œuvres qui ont pu être identifiées grâce aux Documents d'archives témoignent de son adaptation à l'évolution du goût, et permettent d'affirmer que les meubles de cet ébéniste comptaient parmi les plus beaux ouvrages du mobilier français du début du règne de Louis XV. » Pierre Kjellberg, Le Mobilier Français du XVIIIe siècle, Dictionnaire des Ébénistes et des Menuisiers, Les Editions de l'Amateur, Paris, 2002, P. 392.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES; Daniel Alcouffe, Mélanges Verlet, Antologia di Belle Arti, Nuova Serie, n° 27/28, 1985, p. 73 à 97.
Jean-Jacques Gautier, Une Commode de Gaudreaus livrée pour Marie Leczinska au château de Compiègne »,l'Estampille, l'Objet d'Art, octobre 2010.

Kohn - Paris. Vente du Mercredi 17 novembre 2010. Drouot Richelieu - Salle 5 - 9, rue Drouot - 75009 Paris. Pour tous renseignements, veuillez contacter la maison de ventes au +33 (0) 1 44 18 73 00