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Valérie Belin, Phlox New Hybrid (with Dalhia Redskin), 2010. Impression pigmentaire sur papier marouflé sur aluminium. 164 x 130 cm. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris © Valérie Belin

Où femmes et fleurs fusionnent...
La photographie vit aujourd'hui les mêmes bouleversements que la peinture à l'époque où la photographie est apparue; la peinture n'eût alors plus besoin de reproduire le réel, elle devint abstraite…

S'inscrivant dans le prolongement des investigations de l'artiste sur la nature hybride de la photographie, Valérie Belin nous dévoile le fruit de ses dernières expérimentations dans cette nouvelle exposition présentée à la galerie du 1er décembre au 27 janvier: une nouvelle série où des visages de femmes se mélangent de manière quasi-fusionnelle avec des bouquets de fleurs…

La naissance de la photographie à la fin du XIXe siècle donna à la peinture une nouvelle liberté, l'affranchissant de son rôle de représentation du réel, de transcription d'une vérité, et lui offrit de nouveaux développements en l'obligeant à une remise en question du sujet.

Aujourd'hui, ce nouveau travail de Valérie Belin s'inscrit dans un même questionnement autour du médium: initialement conçue pour reproduire la réalité — en particulier dans l'art du portrait — la photographie s'ouvre maintenant à des perspectives inédites de création, grâce aux nouvelles technologies de l'image qui lui ôtent tout caractère analogique et lui permettent de devenir virtuelle, abstraite et intemporelle.

A l'instar de la musique électronique née avec l'apparition de nouveaux instruments et de nouvelles techniques musicales, l'artiste élabore ainsi un nouveau vocabulaire plastique en utilisant des techniques digitales reconnues de façon inédite. Loin de leur rôle initial de correction et de retouche, les technologies de l'image ouvrent en effet aujourd'hui de nouveaux horizons de création, avec la possibilité de créer des images totalement irréelles.

Valérie Belin travaille ici en deux temps: elle réalise deux images distinctes, d'abord le portrait d'une femme élégante dans une esthétique très années 50, puis un bouquet de fleurs qui sera associé au portrait pour constituer l'oeuvre finale en «incrustant» les deux images l'une dans l'autre. Résulte de cette imbrication une image surprenante, évoquant une forme particulièrement sophistiquée de surimpression.

Les femmes choisies pour cette série sont des femmes élégantes, sélectionnées pour leur beauté formelle et plastique, dans un style se référant aux codes esthétiques des années 50, avec des formes rigides, artificiellement «montées», qui rappelle certaines icones conventionnelles de l'époque.

L'artiste les a «décorées» de parures, maquillages et coiffures afin qu'elles entrent en relation avec les formes baroques des fleurs. Les vagues et volutes des cheveux, les formes rondes des colliers de perles, la chromie des maquillages assurent alors le dialogue avec les fleurs et feuillages, qui prennent l'apparence d'ornements surajoutés au visage et à la peau.

Dans un même souci de formalisme, voulant recréer avec les bouquets de fleurs une sorte de trame végétale et décorative dans laquelle le visage de la femme s'inscrit comme faisant partie d'un tout, comme dans un papier peint, l'artiste a choisi des fleurs au dessin simple et précis, utilisé ici pour son caractère purement graphique.

La gamme colorée est réduite à deux ou trois nuances, avec une prédominance du noir, évoquant la mise en couleur simplifiée de la BD et apparaissant ici comme un fard apposé à la surface des choses.

Dans chacune des images de cette série, Valérie Belin s'est appliquée à créer une équivalence dans l'image entre femmes et fleurs, en travaillant à la fois par addition de formes et soustraction d'informations. Femmes et fleurs se voient ainsi attribuer la même importance et le même statut de pur décor. Cette surenchère de décor semble placer l'image dans une esthétique totalement formaliste, le sujet se dérobant sous les effets de style.

Tout au long de sa carrière, l'artiste a remis en question les frontières entre réel et virtuel, depuis les Verres (1993) et miroirs de Venise I et II (1997) jusqu'aux Mannequins (2003), Modèles et Métisses (2006), dans le cadre général d'une investigation sur les limites de la photographie. Ses oeuvres photographiques ont toujours eu un caractère surréel, obtenu par des effets d'optique ou par un surdimensionnement du sujet. Dans ses séries récentes comme Lido (2007) ou les Têtes Couronnées (2009), l'artiste choisissait des sujets ayant une image forte, un fort pouvoir de représentation, qualités mises en valeur dans un traitement totalement onirique du portrait grâce à des technologies nouvelles et différentes selon la série.

Aujourd'hui, Valérie Belin poursuit sa quête «surréaliste» autour de cette nouvelle hybridation du medium photographique en repoussant une fois encore les frontières de la création, la technique devenant le sujet même de sa création. N'est-il d'ailleurs pas amusant de constater qu'elle retrouve ici dans une certaine forme de «transparence» les recherches plastiques qu'effectuait Picabia au début du XXe siècle, artiste qui a toujours inspiré Belin dans sa perpétuelle remise en question de la peinture?

02 déc.-27 janv. 2011

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Valérie Belin, Cleome Spinosa (Spider Flower), 2010. Impression pigmentaire sur papier marouflé sur Dibond. 164 x 130 cm.  Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont © Valérie Belin