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Pleurant encapuchonné. France, Bourgogne, fin du XVe siècle. photo Marc-Arthur Kohn

Pierre. H. 46 cm, L. 17,5 cm, P. 10,5 cm - Estimation : 60 000 - 80 000 €

Cette rare sculpture en pierre représente un pleurant, vêtu d'un lourd manteau aux drapés francs et anguleux.
Une partie de son visage est dissimulée par un capuchon recouvrant son front et ses oreilles. On aperçoit malgré tout son faciès, traité par le sculpteur avec virtuosité et réalisme, tant au regard des poils de la barbe que de ses yeux plissés bordés de rides en signe de douleur. A travers ce visage, de dimension réduite par rapport au reste du corps, on devine le drame qu'il est en train de vivre.

Les « pleurants », contrairement à leur appellation, n'étaient pas nécessairement des personnages baignés de larmes, terrassés par la douleur. On les retrouve le plus souvent dans les niches creusées dans les soubassements princiers au cours du XVe siècle. Ils constituaient alors une véritable procession au sein d'arcades gothiques, orientés de différentes manières comme s'ils déambulaient. Ces personnages se retrouvent dans toute l'Europe, et les plus fameux exemples sont ceux des tombeaux des Ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi (1342-1404) et Jean Sans Peur (1371-1419) conservés au Musée des Beaux Arts de Dijon. Les statuettes du tombeau de Philippe le Hardi furent exécutées par le sculpteur hollandais Claus Sluter (1350-1406) à partir de 1404 et poursuivi par Claus de Werve (1370-1419) . Jamais le thème des « pleurants » n'avait connu un tel développement iconographique où l'expressivité trouve son plein essor. Chacun se console, discute en aparté, prie, allant des gestes contenus aux grands mouvements pathétiques. Les « pleurants » n'étaient pas toujours des personnages du clergé mais pouvaient être également des membres de la famille du défunt, des officiels ou des serviteurs.

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Un peu plus tardive, l'oeuvre que nous présentons se situe dans la même grande tradition de cette statuaire bourguignonne notamment au regard de la nature et du grain de la pierre, mais aussi des caractéristiques stylistiques des drapés et de la grande expressivité du visage. Notre pleurant exprime le deuil de sa propre manière, très personnelle, adoptant une moue et un dépit prononcé visible malgré le chaperon qui le recouvre.
Mais le deuil apparaît également au niveau du manteau ou houppelande, long vêtement de dessus très ample et chaud ouvert par devant, sans ornement qui lui dissimule même les bras, signe supplémentaire de recueillement et d'abnégation.
Le personnage que nous présentons semble appartenir à la vie civile car il ne possède aucun signe distinctif permettant de le rattacher au clergé.

On peut également rapprocher la simplicité et la sobriété de notre « pleurant », de celui conservé au Musée de l'Ermitage qui ornait le tombeau de Jean de Berry dont les sculptures furent confiées à partir de 1450 à Etienne Bobillet et Paul Mosselman .

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Pierre Quarré, La Sculpture en Bourgogne, éd. Vilo, Paris, 1978.
Pierre Quarré, Les Pleurants des Tombeaux du Ducs de Bourgogne, 1971.
Collectif, Les Pleurants dans l'Art du Moyen-âge en Europe, catalogue de l'exposition, Musée des Beaux Arts de Dijon, 1971.

Marc-Arthur Kohn. Mercredi 27 juillet à 19h00. SPORTING D'HIVER 98000 Monte- Carlo. EMail : auction@kohn.fr - Tél. : +33 1 44 18 73 00