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Quatre larges fauteuils par Jean-Baptiste Gourdin  (1723-1781) Reçu Maître le 26 mars 1748 Paris, époque Louis XV, vers 1746-1750photo Kohn

Hêtre, peinture "en chipolin", damas de soie jonquille du XVIIIe siècle et clous en broze doré. Estampillé I. Gourdin sur un siège. Restauration à la peinture et à la garniture. H. 100 cm, L. 70 cm, P. 73 cm. Lot 5. Estimation : 150 000 / 200 000 €

PROVENANCE: Ces quatre fauteuils font partie d'une suite de vingt-quatre sièges provenant d'une demeure aristocratique de Touraine acquis directement par le collectionneur

Cette suite de quatre fauteuils de forme sobrement chantournée à dossier " à la reine " présente un élégant décor d'agrafes, de rosaces et feuilles d'acanthe au sommet et à l'amortissement du dossier, des accotoirs, de la ceinture et du piètement. Les bras légèrement incurvés à manchette et s'achevant en volute s'embrèvent en arrière du piètement avant, dans la pure tradition des sièges de l'époque Louis XV. Les quatre pieds cambrés supportent une large et accueillante assise.

La structure a été recouverte d'un décor gris-bleu soulignant réserves, fi lets et brettés selon la technique du chipolin. Les sièges ayant été repeints au XIXe siècle, il a été décidé par le propriétaire actuel de les remettre à la teinte originale.
Le chipolin est une technique de peinture à la colle de peau ou de parchemin mélangée à du blanc de plomb réalisée sur un apprêt dit " à la grecque " rechampi d'un glacis plus riche en pigments, puis poli, recouvert d'un vernis à l'alcool et à la sandaraque et dépoli.

Peu de boiseries et de sièges ont conservé ce type de peinture, qui peut néanmoins être vu de nos jours sur certains sièges au château de Bouges (Berry), au château de Commarin (Bourgogne) ou encore au château de Montmirail (Sarthe).

Ce choix de restauration s'est inspiré du mobilier du père Gourdin autrefois au château de Condé-en-Brie ayant appartenu à la collection du marquis de Sade et d'un mobilier aux bois gris et à couverture de soie jaune peint par François Boucher dans le tableau La Toilette.
Il met en valeur la ligne élégante dessinée par Gourdin et les éléments de sculpture empruntés au répertoire Régence assagi.

La garniture a été changée et refaite selon les principes exposés par le sieur Bimont, tapissier du Dauphin, fils de Louis XV, dans son traité consacré à l'art du tapissier paru en 1770. Ces sièges ont été recouverts d'un damas de soie jonquille du XVIIIe siècle.

Illustre famille de la rue de Cléry, les Gourdin comptent parmi leurs membres trois menuisiers, dont Jean, le père, Jean-Baptiste, le fils aîné, et Michel, son frère, chacun se trouvant à la tête de son propre atelier.

Jean-Baptiste Gourdin naît vers 1723. Fait rare, il n'effectue pas son apprentissage chez un menuisier, mais chez le grand sculpteur Toussaint Foliot dès 1736. Cinq ans plus tard, il rejoint l'atelier paternel, dans lequel il demeure jusqu'en 1746.
Il est reçu le 18 avril 1747 dans la communauté des menuisiers, mais il travaille déjà en 1746, dans l'atelier situé rue de Cléry laissé par son beau-père décédé en 1744.
Il œuvre avec succès indépendamment de son père (actif jusqu'en 1764), profi tant de l'héritage de son beau-père. La clientèle de Jean-Baptiste Gourdin est liée à sa famille et à sa formation. Lorsque Foliot livre du mobilier à la Dauphine Marie-Antoinette, il est associé à la commande. Habile artisan, il travaille avec ses confrères Avisse et Delaporte, et répond aux demandes de marchands-tapissiers ou de marchands-merciers. Gourdin livre des sièges au marquis de Bellevaux, au Prince de Soubise et à Marie-Antoinette Dauphine par l'intermédiaire de Bonnefoy Duplan.

Des créations de Jean-Baptiste Gourdin sont conservées au château de Montgeoffroy, autrefois au château de Verderonne (Oise), au palais de Windsor ainsi qu'à Goodwood (Grande-Bretagne).

Jean-Baptiste Gourdin signe ses meubles de l'estampille " I. GOURDIN ", et ne peut être confondu avec son père qui estampillait soit " I.G. ", soit " PERE GOURDIN ".

Il est le plus prolifique de sa famille. On remarque chez lui l'influence de son père au début de sa carrière et la persistance d'éléments décoratifs et d'une mouluration encore attachés au style Régence.

Contrairement à son père, Jean-Baptiste n'a jamais produit de sièges très riches en sculpture et son art est plus proche d'une certaine sobriété, reposant principalement sur la perfection des lignes, les moulures et les accolades.

Un ensemble de fauteuils en bois naturel couverts de maroquin appartenant au Mobilier National et garnissant le bureau du Président de la République au Palais de l'Elysée à l'époque de Georges Pompidou présente un piètement à décor floral et un support d'accotoir similaires à celui de nos sièges. Quatre sièges de Jean Gourdin vendus chez Mes Couturier-Nicolay le 4 décembre 1987 présentent quelques éléments de décor que l'on retrouve dans notre suite de quatre fauteuils, comme l'ornement sculpté au sommet du support d'accotoir .

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES : Caroline LEGRAND, Les Gourdin, menuisiers du XVIIIe siècle, L'Estampille L'Objet d'Art, n°390, avril 2004, p. 72-85

Kohn - Paris. Vendredi 13 avril 2012. Drouot Richelieu - Salle 1. Tel. +33 (0) 1 44 18 73 00.