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Secrétaire en pente en vernis parisien  à fond bleu d'époque Louis XV, estampillé MigeonPhoto Sotheby's

A blue-ground Parisian varnish secrétaire en pente, Louis XV, stamped MIGEON

à décor or sur fond bleu imitant la laque, représentant des magots et des oiseaux sur fond de paysages lacustres dans des entourages à palmettes, et figurant des chutes de bronze doré simulées ; de forme mouvementée, la façade ouvrant à deux tiroirs et un abattant, l'intérieur en placage de satiné comprenant trois tiroirs et un compartiment secret ; entrées de serrures en métal doré et ciselé, sabots en bronze doré. Haut. 91 cm, larg. 69,5 cm, prof. 42,5 cm - Height 35 3/4 in; width 27 1/3 in; depth 16 3/4 in - Lot 86. Estimation 250,000-350,000 EUR

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES: Thibault Wolvesperges, Le Mobilier français en laque au XVIIIe siècle, Paris, 2000
Sophie Mouquin, Pierre IV Migeon, Paris, 2001

NOTE DE CATALOGUE: Pierre IV Migeon (1696-1758), ébéniste reçu maître en 1738

Les secrétaires en pente à fond bleu au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, exceptionnelles sont les mentions dans les textes d'archives de secrétaires en pente vernis en bleu. Il semblerait que la duchesse d'Orléans en posséda un au château de Saint-Cloud avant 1759 : "un secrétaire verny de Martin fond bleu dur, ornements de bronze doré d'or moulu 160 livres".

Un second appartint au grand ministre de Louis XV, et par ailleurs grand client du marchand Thomas Joachim Hébert, Machault d'Arnouville. Dans son château d'Arnouville, peu après son décès, était estimé à la fin du XVIIIe siècle "un petit secrétaire de laque fond bleu 48 livres". En 1773, le chevalier de Saint-Georges possédait "un secrétaire en pupitre de bois peint en bleu et blanc garny en dedans de ses tiroirs 30 livres". Il est à noter que le nom des Martin
était déjà associé à ce type de meuble.

Les secrétaires en pente conservés au XXe siècle
Si les mentions au XVIIIe siècle sont rares, ceux conservés de nos jours sont pour la plupart estampillés de Pierre IV Migeon.
Un bureau en pente en vernis blanc et bleu, à rapprocher de celui ayant appartenu au chevalier de Saint-Georges, était exposé autrefois à la galerie Gismondi (ancienne vente Arcole, 6 juin 1990, lot 217). Il était estampillé de Migeon.
Un second fut vendu par Christie's à Londres le 17 avril 1990, lot 188. Très proche de celui que nous présentons, il utilise un vernis or pour simuler un décor de bronze doré. Estampillé également de Migeon, il semblerait qu'il soit en vernis vert, couleur également utilisée par les Martin.
Le plus célèbre d'entre eux est conservé au musée des Arts Décoratifs à Paris. Illustré par Thibault Wolvesperges dans Le Mobilier français en laque au XVIIIe siècle (Paris, 2000, pp. 118-119), il fut commandé par la marquise de Pompadour pour son château de Bellevue et très probablement livré à la favorite lors de son installation dans ce château en 1750. Non estampillé, il a été attribué à Adrien Faizelot-Delorme (voir Bertrand Rondot in Madame de Pompadour et les arts, catalogue de l'exposition de Versailles, Paris, 2002, pp. 326-327).

Pierre IV Migeon
Longuement étudié par Mademoiselle Sophie Mouquin dans Pierre IV Migeon (Paris, 2001), cet ébéniste qui fut aussi marchand est aujourd'hui mieux connu. 
Issu d'une dynastie d'ébénistes, Pierre IV Migeon naquit à Paris le 13 août 1696. Devenu maître-ébéniste probablement en 1724, il habita plusieurs adresses situées dans le faubourg Saint-Antoine, quartier des ébénistes au XVIIIe siècle. Prospère, sa boutique comptait neuf établis en 1734, soit bien plus que nombre de ses collègues. Il décéda en 1758, laissant une fortune considérable et six maisons, preuve d'un talent remarquable et d'une gestion avisée. Pierre IV Migeon fut, semble-t-il, l'un des rares ébénistes parisiens à revêtir certains meubles de vernis de couleur autre que le noir.

Les frères Martin
Des six enfants du tailleur d'habits Etienne Martin, les cinq fils furent Maîtres-peintres-vernisseurs du Roi, dont quatre peintres de l'Académie de Saint-Luc. Deux furent importants : Guillaume (1689-1749) et Etienne-Simon (1703-1770). 
Guillaume se retira des affaires en 1741, en vendant son fonds à son fils Guillaume-Jean qui, en 1749, ne fabriquait que peu de meubles peints. La mode en était-elle déjà passée ? Quoiqu'il en soit, aucun secrétaire en pente n'est mentionné dans l'inventaire.
L'oncle de ce dernier, Etienne-Simon, s'associa dès 1727 à son frère aîné et demeura rue du Faubourg-Saint-Martin.
Ce fut lui qui développa l'entreprise. A son décès en 1770, ses clients lui devaient la somme énorme de 240 000 livres mais son activité principale semble s'être concentrée sur la peinture et le vernis des carrosses, activité autrement plus lucrative que la peinture de boîtes de toilette. Seuls quelques meubles étaient en stock, dont un secrétaire à fond vert poli prisé 72 livres. Etienne-Simon semble avoir également réalisé des décors en vernis dans les hôtels de l'aristocratie. C'est dans ce cadre qu'il faut inscrire ce secrétaire en pente dont le décor de la pièce devait s'harmoniser aux couleurs d'un bleu dur comme celui cité dans l'inventaire de la duchesse d'Orléans en 1759 à Saint-Cloud.

 Sotheby's. Important Mobilier, Sculptures et Objets d'Art. Paris | 20 avr. 2012, 02:30 PM www.sothebys.com