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Important coffret en argent, argent doré, émail, perles baroques, pierres fines et ornementales (grenats, turquoises), pierres précieuses (rubis, saphirs et émeraudes). Paris, entre 1845 et 1851. Photo Piasa

Porté par quatre pattes de lion, il ouvre par un couvercle en doucine sur un intérieur entièrement doré. Il est surmonté par un groupe, saint Georges et le dragon, formé par un guerrier menaçant de sa hache le monstre.

Dans la partie concave des angles du coffret, des figures vêtues dans le goût de la Renaissance, un homme et une femme sur chaque face, sont placées sur des consoles ajourées. Sur un fond de décor en arabesque en émail opaque et translucide (bleu ciel et blanc ; bleu, violet et vert), le coffret est enrichi de profils de divinités antiques en camée, de pierres en cabochon et de perles baroques. Sur la face principale et sur les côtés, des guirlandes feuillagées de fleurs et de fruits complètent le décor, agrémenté par endroit d'importantes grappes de raisin en grenat.
Ces ornements se retrouvent sur la face postérieure, auprès de riches cartouches à contours de cuir découpé, type de motif inspiré de la Renaissance et réparti sur les différentes surfaces du coffret. 
En façade, au centre, un émail peint est appliqué dans un cartouche ; polychrome et sur fond guilloché, il représente une scène de chasse au cerf.
Enfin, le caractère naturaliste du décor est renforcé par la présence de lierre et de vigne, rampant le long de la doucine du couvercle et de la plinthe du coffret.

Poinçons parisiens de garantie (après 1838) ; poinçon de maître Rigaux & Leblanc (Paul et Pierre), actifs à Paris entre 1845 et 1851. Hauteur : 26 cm - Largeur : 31,5 cm. Profondeur : 22 cm (Usures d'usage, petits accidents et émail lacunaire par endroit). Lot 229. Estimation : 70 000 / 90 000 €

Provenancecollection particulière américaine

BibliographieDictionnaire des poinçons de fabricants d'ouvrages d'or et d'argent de Paris et de la Seine, tome 2 (1838-1875), Paris, Impr. Nationale, 1994, no 3626 ; Anne Dion-Tenenbaum, La Renaissance de l'émail sous la Monarchie de Juillet, Bibliothèque de l'École des chartes, t. 163, 2005, p. 145-164 ; Anne Dion-Tenenbaum, Orfèvrerie française du XIXe siècle. La collection du musée du Louvre, Somogy/musée du Louvre, Paris, 2011 ; Rapport du Jury central sur les produits de l'agriculture et de l'industrie exposés en 1849, Impr. Nationale,Paris, 1850, 3 vol.
Reports of the Juries. 1851 Great Exhibition, XXIII, Working on precious Metals, and in their imitations, Jewellery, and all articles of Virtu and Luxury, not included in all other Classes, London, 1852 ;
Trésors d'argent, Les Froment-Meurice, cat. de l'exposition, musée de la vie romantique, Paris, 2003 ;
Henri Vever, La Bijouterie française au XIXe siècle, éd. H. Floury, Paris, 1906- 1908, 3 vol.

Rigaux & Leblanc (Paul et Pierre), dont le poinçon est appliqué sur la plinthe du coffret, étaient établis 184, rue Saint-Honoré à Paris et actifs entre 1845 et 1851, alors que le goût romantique triomphait chez les plus grands orfèvres et bijoutiers parisiens à l'occasion des expositions des produits de l'industrie et de la première exposition universelle de Londres en 1851. 
Forme, techniques et décors de ce coffret, mêlant naturalisme, sources d'inspiration classique et celles empruntées au Moyen Âge ou à la Renaissance, sont significatifs de la production artistique sous la Monarchie de Juillet et le début du Second Empire.

François-Désiré Froment-Meurice (1801-1855), orfèvre romantique que Théophile Gautier compara à Cellini dans son Histoire du Romantisme, fut l'un des grands acteurs de ce goût dans le milieu de l'orfèvrerie et de la bijouterie. Sur le coffret, la vigne et les grappes de raisin évoquent en effet certains décors naturalistes appliqués sur la célèbre Coupe des vendanges de Froment-Meurice datée vers 1844 (Paris, musée du Louvre). Mais ces motifs, très à la mode, furent largement utilisés dans l'orfèvrerie et la bijouterie contemporaines.

De même, les décors de rinceaux émaillés de bleu, de violet et de vert, témoins, comme le sujet cynégétique en émail peint, de la renaissance de l'émaillerie à cette époque, sont à rapprocher des techniques et des motifs que développèrent les frères Marrel, spécialistes des pièces d'orfèvrerie en vermeil décorées d'arabesques en camaïeu émaillé de bleu (Dion-Tenenbaum, 2011, p. 287).

Ce type de décor en émail bleu translucide orne le vase dit vénitien, présenté par les frères Marrel à l'exposition des produits de l'industrie de 1839 (Londres, Victoria & Albert Museum). 
Des objets d'art décorés selon une technique similaire étaient par ailleurs commercialisés par la célèbre maison Fossin, qui fit peut-être appel aux Marrel pour leur exécution.
Les ornements émaillés selon diverses techniques (émail opaque et translucide, émail champlevé et émail peint dans le cas du coffret) étaient souvent réalisés par des ateliers spécialisés collaborant avec diverses maisons d'orfèvrerie et de bijouterie. L. H. A. Lefournier (1802-1859) par exemple travailla pour l'orfèvre Jean-Valentin Morel (1794-1860).
Il apparaît également dans les registres mentionnés dans l'inventaire après décès de F.-D. Froment-Meurice conservé aux archives nationales, tout comme un autre émailleur, E. Sollier qui participa à la réalisation des émaux de la célèbre toilette de la duchesse de Parme (Paris, muséed'Orsay).

Associé à son frère, il travailla pour la plupart des orfèvres parisiens.
Enfin, le groupe sculpté saint Georges et le dragon placé sur le couvercle, constitué, à la manière des bijoux de la Renaissance, à partir de perles baroques et enrichi de pierres précieuses, se rapproche de certains modèles de petites sculptures à la mode, inspirées de sujets mythologiques, bibliques ou chevaleresques, qui formaient des objets d'art variés, en particulier des presse-papiers, tels ceux conservés dans les collections du musée du Second Empire à Compiègne ou celui présenté à l'exposition de 1851 par l'orfèvre Frédéric-Jules Rudolphi (1808-1872) (Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage), lorsqu'ils n'étaient pas l'ornement d'un encrier, d'une pendule ou d'un coffret.

Ainsi, Rudolphi, successeur de Charles Wagner (1799-1841), plaça un groupe Enlèvement de Déjanire sur un encrier-pendule (1844), un Massacre des Innocents d'après Poussin sur une pendule (vers 1849)-tous deux conservés au musée du Louvre, ou encore une Naissance de Vénus sur le couvercle d'un coffret (vers 1849) vendu en 2009 (Sotheby's, New York, 21 octobre 2009, lot 44).

L'ensemble de ces maîtres orfèvres et bijoutiers produisirent des coffrets ou écrins au cours des années 1840-1850 conçus dans un style historiciste, teinté de naturalisme et enrichi de modèles sculptés, dont la diffusion devait beaucoup aux dessins de brillants ornemanistes, tels Chenavard, Feuchère ou Liénard ; ce dernier participa notamment à l'élaboration des coffrets de la toilette de la duchesse de Parme, datés vers 1847 (Paris, musée d'Orsay). À l'exposition des produits de l'industrie de 1849, l'orfèvre Henri Duponchel (1794-1868) présenta par exemple un coffret à bijoux en vermeil avec de charmantes figures en argent oxydé et on pouvait admirer chez Rudolphi des coffres Renaissance .

En outre, parmi les objets artistiques relevés dans l'inventaire après décès de F.-D. Froment-Meurice en 1855, on note la présence d'un coffret à bijoux en fer ciselé et argent .
Signalons également dans l'esprit de ces coffrets, l'exemplaire par Mention & Wagner (daté 1832-1838) vendu à New York par Christie's, le 19 mai 2010 (lot 70) ou celui par Morel (daté 1830-1850), conservé à Amsterdam (Rijksmuseum). Si les pratiques de sous-traitance et les échanges commerciaux entre orfèvres, bijoutiers et divers artisans spécialisés étaient fréquents au XIXe siècle, aucun lien entre Rigaux & Leblanc et d'autres maisons n'a encore pu être établi.
Il faut néanmoins relever que Rigaux & Leblanc, mentionnés 184, rue Saint-Honoré, quartier du luxe parisien, n'étaient pas très éloignés de certains de leurs confrères, notamment Fossin, rue de Richelieu, ou Froment-Meurice, établi depuis les années 1840 au no 52 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Piasa - Paris. Vendredi 29 juin 2012. Drouot Richelieu - Salles 1 et 7. Tel. +33 (0)1 53 34 10 10.