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Exceptionnel miroir en verre églomisé provenant du château de Serrant. France, époque Louis XIV, vers 1700. Photo Kohn

Châssis de bois tendre, tilleul et sapin, verre églomisé or à fond rouge, bronzes dorés, bois doré et glace. H. 263 cm, L. 139,5 cm, P. 12 cm. Fronton en bois doré d'époque Louis XIV rapporté. Glace d'époque postérieure. Fêlures. Restaurations d'usage. 

Classé Monument Historique. Arrêté de classement en date du 2 décembre 1965

Provenance: Achat du Comte Charles Marie Tanneguy Duchâtel (Paris, 1803-1867), Ministre de Louis-Philippe
Par héritage, collection de sa fille, Marguerite Eglé Jeanne Caroline Duchâtel (Paris, 1840-1913), Duchesse de La Trémoïlle, dans son hôtel particulier boulevard Delessert à Paris
Collection de son fils, Louis Jean Marie de La Trémoïlle (1910-1933). Par héritage, collection de son neveu Jean-Charles Lamoral, Prince de Ligne-La Trémoïlle (Bruxelles, 1911 - Château de Serrant, 2005) au château de Serrant (Val-de-Loire).

Ce grand miroir en verre églomisé est caractéristique des productions de la fin du XVIIe siècle, technique qui connut une mode aussi précieuse qu'éphémère.

Il se compose de deux parties solidaires dont la glace de format rectangulaire à bords biseautés insérée dans un cadre en métal doré et l'imposant fronton en bois sculpté et doré couronné en son centre d'un masque auréolé de palmettes et de fleurons. La bordure du miroir est ornée d'un somptueux décor d'arabesques en verre églomisé or à fond rouge dont l'inspiration est à rechercher dans les dessins que Jean Ier Bérain (1640- 1711), Dessinateur de la Chambre du Roi publia en 1690 sous forme de Recueil d'Ornemens Inventés par lui-même. Des baguettes en bronze doré à motifs de frises feuillagées maintiennentl'ensemble et sont rehaussées dans les écoinçons d'entrelacs, de palmettes et de feuillages enchevêtrés rythmant des masques rayonnants.

Le fronton, à la découpe sinueuse, est orné d'une importante plaque de verre églomisé à motifs de lambrequins et d'arabesques or sur fond rouge et d'une bordure rythmée d'accolades en « C » convexes et concaves surmontées d'un magnifique masque à palmettes.

La technique du verre églomisé, utilisée depuis l'Antiquité, connut un vif succès sur une très courte période, à la toute fin du XVIIe siècle et au tout début du XVIIIe siècle.
Ce n'est cependant qu'à la fin du XVIIIe siècle que cette technique fut nommée « verre églomisé » du nom de Jean-Baptiste Glomy (vers 1711-1786), dessinateur et encadreur parisien spécialisé dans cette technique. Celle-ci consiste à fixer sous un verre un décor à la feuille d'or gravé à la pointe recouvert de vernis de couleur rouge, vert, bleu ou noir.

Le dessin à reproduire est alors gratté.

L'origine de cet engouement sous Louis XIV pour les verres églomisés doit être recherchée dans la volonté des artisans de copier les décors en écaille à la manière d'André Charles Boulle, qui étaient alors d'une grande complexité.

Ces pièces d'un tel format d'époque Louis XIV sont d'une grande rareté ; seules trois sont aujourd'hui connues dont la nôtre.

Le Musée des Arts Décoratifs à Paris conserve dans ses collections un miroir de ce type de dimension sensiblement identique mais avec une armature en bois doré et non en bronze.

La collection privée de la Reine d'Angleterre peut quant à elle s'enorgueillir de posséder un miroir à fond bleu réalisé vers 1710 aujourd'hui au château de Windsor.
A la fin du XVIIe siècle est créé le procédé de coulage des glaces par la Manufacture de Saint-Gobain et celle du Faubourg Saint-Antoine, ce qui permit la réalisation de grands panneaux et

Le développement des glaces trumeaux sous Louis XV.
Dans un premier temps, ils furent d'un coût prohibitif et reçurent alors un décor à la hauteur de leur rareté, en bronze doré et verre églomisé.

Notre miroir fut acquis par le Comte Charles-Marie Tanneguy Duchâtel (1803-1867) au début du XIXe siècle. Ministre des Finances puis Conseiller d'Etat sous la Monarchie de Juillet en 1830, il réunit une importante collection de tableaux, de sculptures et d'objets d'art dont le miroir que nous présentons qui échut à sa mort à sa fille Marguerite Eglé Jeanna Caroline Duchâtel (1840-1913), Duchesse de La Trémoïlle.

Le miroir est alors conservé dans les appartements de l'hôtel particulier familial rue Delessert à Paris.
A la mort prématurée de son fils, le Duc Louis Jean Marie de La Trémoïlle (1910-1933), le miroir se retrouve dans la collection de Jean Charles Lamoral (1911-2005), Prince de Ligne, son neveu, propriétaire du château de Serrant où le miroir restera en place jusqu'à aujourd'hui.

CLASSÉ MONUMENT HISTORIQUE.

Kohn. Samedi 15 septembre 2012. Hôtel Le Bristol, Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris. http://www.kohn.fr