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Exceptionnelle paire de consoles. France, époque Régence, vers 1720Photo Kohn

Bois doré et marbre. H. 78 cm, L. 164 cm, P. 62 cm. Dorure d'origine. Restaurations d'usage et d'entretien - Estimation : 350 000 / 450 000 €

Provenance: Ancienne collection Miran Eknayan

Cette exceptionnelle paire de consoles en bois mouluré, sculpté et doré de forme chantournée présente en sa partie centrale un ressaut arrondi accueillant un large cartouche guilloché et chiffré dans un encadrement de feuilles d'acanthe, de volutes et de rinceaux feuillagés sur un fond quadrillé.

La ceinture supporte un magnifique plateau de marbre mouluré et repose sur deux pieds conçus dans un jeu de courbes et de contre-courbes agrémentées de rosaces, d'acanthes et de fleurons en chute.
A l'amortissement, deux superbes mufles de lion font la jonction entre la ceinture et le piètement qui s'achève par deux pattes griffues réunies pas une petite entretoise ornée d'un astragale à rangs d'acanthes et centrée d'une imposante coquille surmontée d'une large palmette. Rare de par sa présentation en paire, ces consoles offrent un bel exemple de la production des menuisiers en ce début du XVIIIe siècle, où un esprit de liberté souffla sur les nouvelles créations.

Les formes allégées et contournées répondent à un répertoire varié débarrassé du carcan officiel.
A la différence de la table, qui se rangeait également contre un mur à la hauteur des lambris, la console était contrainte de s'adapter à la largeur des trumeaux de glace ou des panneaux de boiserie.
A la fin des dernières années de règne de Louis XIV, les piètements de tables et de consoles perdent de leur raideur. Aux gaines et balustres se substituent le galbe et l'ondulation.

Les ornements se fluidifient également tout en gardant quelques réminiscences du répertoire ancien avec les mascarons en tout genre qui continueront de décorer les amortissements des pieds ou la ceinture.

L'élaboration du piétement en console date de la fin du XVIIe siècle avec les premiers modèles initiés par Pierre Le Pautre dans son Livre de tables qui sont dans les Appartmens du Roy sur lesquelles sont posés les bijoux du Cabinet des Médailles.
Son aboutissement semble être lié aux travaux du sculpteur Jules Degoullons (vers 1671-1738) qui exécuta pour Charles - Henry de Malon de Bercy pour le Château de Bercy en 1713 une console à la charnière des deux styles.

Notre paire de consoles présente un piètement très proche du modèle de Degoullons, notamment dans sa forme fine et fortement incurvée et la réunion des deux pieds par une entretoise en acanthe fixée par deux attaches simulées.
Son modèle très novateur contenant le vocabulaire ornemental du style Régence en devenir, eut un succès immédiat auprès des artisans parisiens qui l'adoptèrent pour le reproduire et le propager abondamment. Ainsi, Gilles-Marie Oppenordt (1672-1742) réalisa vers 1716-1720, de nombreux projets de consoles notamment pour l'aménagement des appartements du Duc d'Orléans au Palais Royal où formes mouvementées, volutes renversées et excroissances feuillagées explosent sur l'ensemble du meuble.

Notre paire de consoles reprend le schéma du cartouche chiffré centré ici sur la ceinture alors qu'Oppenordt l'y place en entretoise. Par la suite, les sculpteurs ornemanistes comme Juste-Aurèle Meissonnier (1695-1750), François Roumier (vers 1690-1748), Nicolas Pineau (1684-1754), Jean-Bernard-Honoré Turreau, dit Toro (1672-1731) ou Thomas Laîné (1682-1739) seront les apôtres de ce nouveau style où la prolifération des ornements déchiquetés, des figures grotesques, du « genre pittoresque » initié par Meissonnier par le biais de son Livre d'ornemens daté de 1725, prendra le pas sur le côté architecturé du meuble et ne sera plus subordonné à ses éléments constitutifs.

Le talent du sculpteur de ces consoles en paire fut d'opposer un motif aussi puissant et fort qu'une tête de lion à une forme tout en légèreté pour parvenir à un résultat harmonieux où la forme architecturale reste marquée, ce qui permet de concevoir une réalisation autour de 1720, avant que les ornements n'étouffent la structure. Pour des commodités techniques, les consoles ont été photographiées avec des plateaux de bois à l'imitation de marbre.

Kohn. Samedi 15 septembre 2012. Hôtel Le Bristol, Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris. http://www.kohn.fr