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Paire de bras de lumière. Attribuée à l'atelier Boulle Père et Fils. Paris, début du XVIIIe siècle, vers 1718Photo Kohn

Bronzes dorés au mercure. H. 57 cm, L. 39 cm, P. 18 cm - Estimation : 180 000 / 250 000 €

L'extrémité de la plaque, brisée, a été restituée sur le modèle de la paire d'appliques conservées au Palais Pitti, puis ressoudée. Des trous d'électrification ont été bouchés et la dorure raccordée en conséquence pour préserver l'unité de l'objet.EXPOSITION Charles-Alexandre de Lorraine : un prince collectionneur et mécène en sa maison, Lunéville, du 23 juin au 23 juillet 2012

Le fût de chaque bras est constitué d'une console architecturée qui disparaît sous un amoncellement de feuilles d'acanthe en chute et de branches d'oliviers grainées et qui s'achève en volute de laquelle s'échappent des fleurettes épanouies destructurées.

Elle est surmontée d'un panache végétal déchiqueté souligné d'une frise de godrons d'où jaillissent les deux bras de lumière asymétriques traités de manière indépendante.

L'un à mouvement tournoyant est enveloppé d'acanthes, l'autre adoptant une courbe sage, est couvert d'une longue feuille à bords godronnées terminée en volute.

Les bassins s'ornent d'une frise de feuilles d'eau perlées en leur sommet et soutiennent des binets à renflement feuillagé.

Les bras de lumière sont nés d'une nécessité élémentaire de projeter l'éclairage en avant d'une paroi murale. De « porteurs de torche », « chandeliers à appliquer contre les murs » à « bras de lumière » puis « appliques », le terme change mais la fonction demeurera la même au ours des siècles.

Le succès des bras de bronze doré s'est imposé dans les années 1690 suite à la disparation de ceux d'argent pour fournir les guerres incessantes et surtout par l'évolution de la cheminée dont la tablette plus basse accueille une haute glace en trumeau.

On se sert intelligemment de ces miroirs pour faire jouer la lumière et la diffuser par le biais de bras fixés de part et d'autre de cette glace. Assortis aux boiseries, aux garnitures de cheminée ou aux décors des chenets, ils deviennent prétextes à la profusion de riches décors soumis aux codes esthétiques. Qu'ils soient à une branche, ou plus habituellement à deux ou trois branches, les bras de lumière, dont le succès s'étend sur tout le XVIIIe siècle, sont toujours livrés par paire.
En ce tout début du XVIIIe siècle, les ornements se libèrent progressivement de l'emprise de l'antique et s'aèrent comme secoués d'un souffle nouveau. Guirlandes plus souples et plus naturelles, rosaces à feuillages gorgés de sève témoignent d'un grand réalisme.

Les ornemanistes se délivrent du carcan officiel où l'antique dirigeait le code esthétique. Jean Ier Berain se divertit dans des dessins d'arabesques, de caprices et de grotesques. Gilles-Maris Oppenordt assure l'étape suivante : son imagination et son goût prononcé pour la ligne courbe influence alors profondément et durablement les arts décoratifs.

Notre modèle se rapproche des réalisations d'André Charles Boulle (1642-1732) qui fut, à côté de son importante activité d'ébénisterie, créateur d'objets d'ameublement en bronze. Cartels, pendules, candélabres, bras de lumière, feux ou encriers furent accueillis avec grand succès par la clientèle.

Le urs modèles furent réunis par l'artiste dans un recueil de planches gravées par Mariette au début du XVIIIe siècle sous le titre : Nouveaux desseins de meubles et ouvrages de bronze et de marqueterie inventés et gravés par André Charles Boulle.

Le Musée du Louvre conserve une paire de bras de lumière en bronze doré attribuée à l'artiste qui reprend le schéma de branches jaillissant du fût en une spirale feuillagée. De même, le Château de Versailles, dans les appartements de Madame de Pompadour, présente une paire de bras attribuée également à André-Charles Boulle qui s'inspire également du même schéma directeur.
A la mort de ce dernier, l'atelier perdura par le biais de ses fils qui éditeront des bronzes d'ameublement s'inspirant largement des dessins de leur père.

Notre paire de bras de lumière présente des similitudes avec d'autres modèles conservés dans d'éminentes collections.

Le Palais Pitti possède dans ses collections une paire d'appliques présentant de nombreuses affinités esthétiques avec notre modèle. Acquise par le Duc Léopold Ier de Lorraine pendant son séjour à Paris en 1718 auprès du bronzier parisien Prieur, elle devint propriété de Stanislas Leszczynski en 1737, après la cession du Duché de Lorraine et fut transférée dans le Cabinet du Roi au Palais Pitti, propriété de la famille Habsbourg-Lorraine.

On les retrouve dans l'inventaire des biens de Lorraine rédigé en 1743. La résidence des rois de Bavière à Munich conserve un exemple très proche du nôtre au fût architecturé et feuillagé surmonté d'une houppe d'acanthes qui fait naître les deux bras de lumière.

Les différences majeures résident dans la symétrie parfaite des deux bras et la présence de feuillages touffus au niveau des bobèches.
Réalisée vers 1735, cette paire d'appliques fut traditionnellement associée au réaménagement de la Résidence sous le règne de Karl Albrecht de Bavière (1726-1745). Elles ont cependant été acquises en 1876, d'après l'inventaire rédigé au XXe siècle.
De même, le château de Nymphenburg possède une paire d'appliques réalisée vers 1725 dont les branches asymétriques sont proches de notre modèle et de celui du Palais Pitti attestant par là même le grand intérêt de la clientèle d'outre-rhin pour le goût parisien.

Références bibliographiques: Jacques Charles-Gaffiot, Le Mobilier d'Apparat des Palais Lorrains sous les règnes des Ducs Léopold et François III, Metz, 2009, p. 106-107. Brigitte Langer, Die Möbel der Residenz München, Bd. 1: Die französischen Möbel des 18. Jahrhunderts, Munich, 1995. Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Munich, 1986, vol. I. Marco Chiarini et Serena Padovani, Gli Appartamenti Reali di Palazzo Pitti, Una reggia per tre dinastie: Medici, Lorena e Savoia, tra Granducato e Regno d'Italia, Centro Di, Firenze, 1993, p. 296

Kohn. Samedi 15 septembre 2012. Hôtel Le Bristol, Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris. http://www.kohn.fr