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Deux bouteilles en verre overlay faisant pendant. Chine, dynastie Qing, XVIIIe sièclePhoto Kohn

Verre de Pékin. H. 35,2 cm, diam. 15,5 cm. H. 36,5 cm, diam. 16 cm. Petite ébréchure sur le bord interne de l'une des bouteilles - Estimation : 40 000 / 50 000 €

Cette exceptionnelle suite de deux bouteilles en verre présente un corps piriforme doté d'un haut col.

Il se compose de plusieurs couches empilées de verre de couleur rouge rubis selon la technique dite « overlay » qui consiste à superposer plusieurs couches de verre soufflé de couleurs différentes pouvant être gravées en creux ou en relief afin de révéler les différentes couleurs sous-jacentes.

Cette technique, déjà parfaitement maîtrisée dans le monde romain, donna naissance à tout cet art de la glyptique si réputé dans l'Antiquité.
En Chine, ce même procédé se développa aux XVIIIe et XIXe siècles autour d'une production de tabatières et de vases à décors de fleurs de lotus, de poissons et de scènes figuratives. Nos deux bouteilles, aux dimensions sensiblement identiques, la différence devant tenir à cette conception manuelle, peuvent être considérées comme une paire. Par leur forme et la technique de verrerie, ils se rapprochent des fabrications de la Manufacture de Pékin qui oeuvrait dans la zoobanchu, ou département des officines, sous le contrôle impérial.

La technique du verre multicouche s'est propagée en Chine par l'intermédiaire d'un père Jésuite allemand, Kilian Stumpf (1655-1720), connut également sous le nom de Ji Li'an, auquel l'Empereur Kangxi (1662-1722) confia en 1696 la fabrique de verrerie près de l'Eglise française située dans l'Enceinte Impériale.
Dans les comptes-rendus du Père Jésuite Matteo Ripa (1682-1746), conservés aux archives historiques de l'OEuvre de la propagation de la Foi, à Rome, le père Stumpf dirigeait encore en 1715 un groupe de verriers locaux qu'il forma à la technique.

La qualité des verres fut suffisante pour satisfaire la haute exigence de la Cour Impériale en général et de l'Empereur en particulier.
En 1721, l'Empereur Kangxi adressa à la Cour du Roi du Portugal un ensemble de verres de différentes formes et de différentes couleurs dont des plats de couleur rouge céleste.

Cette couleur rouge rubis, comme celle de nos bouteilles, possède une symbolique importante pour la civilisation chinoise. Couleur porte-bonheur par excellence, le rouge exprime la loyauté et le courage.

Le costume impérial est d'ailleurs de couleur rouge pourpre. Conscient de ces impératifs, le Père Stumpf réussit à fabriquer cette couleur grâce à ses études au collège des Jésuites à Mayence où il étudia la chimie.

Les ouvriers développèrent un mélange à base d'or colloïdal selon des doses de concentration variées qui donnaient une couleur allant du rose au rouge rubis ou pourpre.
Ce même mélange fut d'ailleurs utilisé pour les émaux d'applique des porcelaines de la famille rose. Par la suite, la technique du verre se perfectionna pour aboutir à la réalisation de pièces de couleurs différentes aux décors gravés faisant apparaître les couches successives.
A noter que la couleur pourpre qui revêt nos bouteilles a été la couleur de prédilection de l'Empereur Yongzheng (1723-1735), le successeur de Kangxi.

Cette « paire » de bouteilles, d'une grande rareté de par la fragilité du matériau, est un exceptionnel témoignage des échanges qui existaient entre deux civilisations aux fondements si divergeants mais qui ont su développer des relations commerciales, artistiques et intellectuelles par un respect mutuel.

Kohn. Samedi 15 septembre 2012. Hôtel Le Bristol, Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris. http://www.kohn.fr