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Paire de consoles-dessertes. Attribué à Jean-Henri Riesener (1734-1806), reçu Maître le 23 janvier 1768. Paris, époque Louis XVI, vers 1763-1767. Photo Kohn

Bâti de chêne, placage de satiné, amarante, bois de rapport, bronzes dorés et marbre blanc. H. 94 cm, L. 112 cm, P. 51,5 cm - Estimation : 350 000 / 450 000 €

Cette exceptionnelle paire de consoles-dessertes à fond plein en placage de satiné, présente des angles arrondis scandés de légers ressauts à hauteur des pilastres de soutien. Chaque meuble ouvre en ceinture par un large tiroir de façade et deux petits tiroirs latéraux pivotant qui surmontent trois tablettes d'entrejambe plaquées de satiné et agrémentées d'un motif géométrique en amarante et filets de bois clairs.

Elles sont réunies par quatre pilastres à cannelures simulées en amarante et filets de bois clair. Une élégante ornementation de bronzes ciselés et dorés rythment la composition. Une frise d'entrelacs scandée de rosaces et de feuillages couvre la ceinture. Des chutes cannelées, rudentés et fleuronnées ponctuent les pilastres, des rosaces couvrent les bases à ressaut et une galerie ajourée de postes souligne chaque tablette. Un plateau de marbre blanc coiffe l'ensemble.

Une console d'un modèle très proche du nôtre portant l'estampille de Jean-François Oeben faisait partie de la collection de Mademoiselle Rémy. Cependant dans un article publié dans Connaissance des Arts en 1955 (n°45), il y est mentionné l'hypothèse selon laquelle il s'agirait d'une réalisation par Jean-Henri Riesener. Après le décès de Jean-François Oeben en 1763, sa veuve, Françoise-Marguerite Vandercruse continua l'activité d'ébénisterie avec Jean-Henri Riesener, l'un des principaux collaborateurs du Maître. En 1767, il épouse la veuve Oeben, obtient ses lettres de maîtrise en janvier 1768 et peut alors apposer son poinçon sur des réalisations qu'il fabriquait depuis cinq ans sous le label « Oeben «.

C'est ainsi que des meubles réalisés par Riesener entre 1763 et 1767 portent l'estampille « Oeben » et que certains autres entrepris par Jean-François Oeben avant 1763 furent achevés par Riesener qui soit y apposa la marque Oeben avant 1767, soit sa propre estampille après 1768. Ce qui est le cas pour le bureau commandé en 1760 par le Roi Louis XVI pour Versailles que Riesener achève, signe et livre en 1769. Notre paire de consoles-dessertes s'apparente de manière intime à celle de la collection Rémy et pourrait également être une réalisation de Jean-Henri Riesener. Forme rectiligne aux angles arrondis, trois tiroirs en ceinture, trois tablettes d'entrejambe réunies par des pilastres, pieds cubes et fond panneauté sont autant d'éléments identiques. Les quelques différences notoires se portent sur l'usage plus restreint du bronze doré visible uniquement au niveau des galeries et des anneaux de préhension et l'ornementation de la ceinture par une marqueterie géométrique de grecques.

D'autres éléments viennent conforter cette hypothèse d'attribution. Les réalisations de Jean-François Oeben se limitèrent essentiellement au style Louis XV et aux prémices du style Transition dont certaines pièces ont été achevées par Riesener, malgré la présence de l'estampille d'Oeben.

Autre élément important, Oeben accorda une grande importance au travail de la marqueterie, qu'elle soit géométrique ou florale en jouant sur les nombreuses essences. Très rares sont les meubles en placage de bois de bout ou en fil horizontal; contrairement à Riesener qui a conçu au long de sa carrière des meubles plaqués de satiné ou d'acajou dénués de marqueterie.

Le Cleveland Museum of Art conserve une console-desserte à la structure générale s'apparentant à notre modèle. De même, il est mentionné une console-desserte pour le Petit Trianon commandé par Marie-Antoinette à Riesener, meuble qui disparut lors des ventes révolutionnaires.
La forme de la console-desserte, dérivée de la commode arrondie ouverte sur les angles se développa sous Louis XVI avec l'apparition de la table de salle à manger, à la mode anglaise. Jusqu'alors, les repas étaient pris sur des tables que l'on retirait après. Lorsque la table apparaît en tant que meuble fixe se répandit autour d'elle du mobilier destiné à compléter l'agencement de la pièce. Consoles, dessertes, commodes dites à l'anglaise se multiplient grâce notamment au génie créatif de Martin Carlin, Jean-Henri Riesener, Jean-François Leleu ou encore Claude-Charles Saunier.

Rare par sa présentation en paire, nos consoles font partie des premières réalisations de ces meubles modernes répondant aux nouvelles exigences d'agrément intérieur et l'absence d'estampille milite pour une création d'un ébéniste aux grandes qualités techniques mais n'ayant pas encore reçu ses lettres de maîtrise.

Kohn. Samedi 15 septembre 2012. Hôtel Le Bristol, Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris www.kohn.com