54958057923908529_Tnxbm573_c

Pendule néoclassique. Par Jean-François Debeefe (né en 1739). Vers 1780. Photo Kohn

Bronzes dorés, ébène, bois de rose, émail et verre. Cadran et mouvement signés J. François DEBEEFE à Liège. H. 67 cm, L. 42 cm, P. 18 cm. Petit accident au cadran. Estimation : 100 000 / 120 000 €

Cette rare pendule borne s'agrémente d'un riche répertoire ornemental en bronze ciselé et doré regroupant tout le vocabulaire néoclassique très en vogue dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. Protégé par une vitre ancienne fortement bombée, le cadran en émail blanc indique les heures en chiffres romains et les minutes en chiffres arabes.

Il est ceint d'une frise d'entrelacs ponctués de fleurettes soulignée par un rang de perles. Au sommet, une cassolette est ornée d'une pomme de pin d'où s'échappent deux larges guirlandes de fleurs se détachant sur un fond de bois de rose. Deux grappes de raisin émergent au pied du cadran qui repose sur une base rectangulaire en ébène mouluré rythmé par des croisillons de feuillages.
La partie basse est également animée par une frise d'entrelacs centrés de fleurettes entrecoupées d'un cartouche montrant un homme assis en profonde réflexion. Quatre pieds toupie soutiennent l'ensemble.
Le mouvement d'horlogerie visible à l'arrière en laiton doré a fait également l'objet d'un très grand soin au regard de sa platine au très élégant décor végétal ajouré.
Le cadran de cette pendule est signé par Jean-François Debeefe, un des plus prestigieux horlogers de cette époque, nommé au poste d'Horloger officiel de l'Illustre Cathédrale Saint Lambert de Liège.

De par sa forme, sa dimension, la richesse de son ornementation et l'emploi peu courant de différents matériaux comme le bois de rose ou l'ébène pour une pièce d'horlogerie, il est probable que cette pendule était à l'origine posée au sommet d'un cartonnier. On pourrait ainsi rapprocher ce travail de l'oeuvre de l'ébéniste d'origine belge Godtfried Weber (actif entre 1774 et 1778) et du bronzier Michel-Paul-Joseph Dewez (1742 -1804). Ces deux artistes réalisèrent un somptueux bureau pour le Duc Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780) destiné à garnir son Palais de Bruxelles et aujourd'hui conservé à la Wallace Collection .
Le décor, tout à fait singulier utilisé sur ce meuble, caractéristique du grand goût « à la grecque » français, est repris sur notre pendule. Ainsi, on retrouve l'emploi du bois de rose mais surtout une ornementation de bronzes dorés similaire.
Le pourtour du cadran est ceint de médaillons centrés de fleurettes se chevauchant que l'on peut observer sur le tiroir central et les pieds du bureau.

Il en va de même pour la frise de feuilles d'acanthe et d'entrelacs ponctués de fleurettes visibles sur le socle de la pendule que l'on retrouve respectivement sur la lingotière et les tiroirs latéraux du meuble. Enfin, rappelons que tous ces artistes étaient d'origine belge, travaillaient à la même période et devaient sans aucun doute se connaitre. Comme l'indique François Van Noten dans « Le XVIIIe siècle dans le Palais de Charles de Lorraine », ce dernier était considéré comme un des plus grands amateurs d'horlogerie de son temps, détenant pas moins de 152 pendules. Son inventaire mentionne des pièces signées par des horlogers parisiens, mais également de nombreuses créations locales, comme d'Hubert Sarton, de Lambreghts ou de Jean-François Debeefe.

Bien que cette hypothèse séduisante ne puisse être jusqu'à maintenant suffisamment étayée, il n'en demeure pas moins que cette pendule a été réalisée par les grands artistes pétris de néoclassicisme, au regard de la surprenante qualité du décor et de cet emploi original de différentes essences de bois.

Références bibliographiques: Francis Van Noten, Le XVIIIe siècle dans le Palais de Charles de Lorraine - Collections de la Bibliothèque Royale de Belgique et des Musées Royaux d'Art et d'Histoire, éd. Brepols, Bruxelles, 2000

Kohn. Samedi 15 septembre 2012. Hôtel Le Bristol, Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris www.kohn.com