54958057924289314_nuF2uujd_c

54958057924289334_3Gvspe8K_c

54958057924289319_dCGuK4QK_c

54958057924289322_mb1cIis2_c

Veilleuse à la turque en hêtre sculpté laqué bleu rechampi or d'époque Louis XVI, vers 1777-1779, estampillée G.IACOB - Photo Sotheby's

e dossier de forme gondole, richement sculpté d'une frise d'entrelacs, d'une cordelette et de rangs de perles et cordelettes entrelacés ; les supports d'accotoir en console renversée soulignés de feuilles d'acanthe ; la ceinture ornée d'une frise d'entrelacs et d'une double rangée de perles et culots ; les dés de raccordement à décor de rosace feuillagée surmontant sept pieds à cannelures torses couronnés de feuilles d'eau ; garni à carreau et recouvert de cannetillé à décor de fleurs bleues sur fond écru ; avec une marque au feu circulaire du garde-meuble de la Reine MA entrelacé et une étiquette imprimée moderne 223. Haut. 90 cm, larg. 147 cm, prof. 65 cm. Estimation: 200,000 - 300,000 EUR. Lot. Vendu 504,750 EUR

PROVENANCE: - Très probablement livrée pour la reine Marie-Antoinette, vers 1777-1779
- Vente à Paris, Palais Galliera, 23 et 25 juin 1969, lot 64

NOTE DE CATALOGUE: Georges Jacob, menuisier reçu maître en 1765. 

La désignation de ce type de canapé au XVIIIe siècle, appelé veilleuse par Roubo, nous rappelle son usage premier : un siège confortable pour se reposer, avec la possibilté d'y allonger ses jambes. Cette veilleuse présente toutes les caractéristiques d’un siège fait pour Marie-Antoinette. L’extraordinaire qualité de sculpture associée à l’originalité des ornements sculptés – entrelacs de cœur, tors de ficelle, mais surtout le motif sculpté à l’imitation de la passementerie – sont la signature d’un siège lui ayant appartenu. Le motif de passementerie, notamment, se retrouve sur d’autres sièges commandés par la souveraine : citons par exemple les chaises de l’ancienne collection Jones, conservées au Victoria and Albert Museum de Londres et provenant certainement de son boudoir de la Méridienne à Versailles, mais également la célèbre console de Riesener provenant du même boudoir. 

La jeune Marie-Antoinette connut, semble-t-il, assez tôt des problèmes de circulation veineuse. Afin de soulager sa jambe, la reine, dès le 3 janvier 1779, se fit livrer par le marchand de galons L’Héritier, pour la somme faramineuse de 1334 livres, 29 aunes de galons d’or destinés à orner une chaise longue. Celle-ci fut utilisée par la souveraine le 17 janvier 1779, comme en témoigne le prince de Croÿ, lors de la réception donnée suite à la naissance de son premier enfant, Madame Royale. Pendant la Révolution, la quasi-totalité du mobilier de Versailles fut vendue aux enchères. 

Ces ventes débutèrent par le mobilier de Trianon, d'une part en raison de sa somptuosité mais aussi à cause de la haine qui poursuivait la souveraine jusqu'à son mobilier. Plusieurs chaises longues ou canapés furent vendus. Ainsi était décrite « Une chaise longue en gondole en bois doré avec deux matelas, oreillers et rondins, couverte en étoffe de soie fond blanc brodée ». Deux autres chaises longues étaient couvertes de simple toile de Jouy et devaient servir au Hameau. Une quatrième, couverte de damas jaune, fut adjugée au marchand Grincourt. Enfin, une dernière chaise longue garnie de satin blanc broché à chenille fut adjugée la somme très importante de 900 livres au marchand Glaise. Elle devait être assortie à un mobilier couvert du même tissu, à moins que ce ne soit le siège cité plus haut et livré pour les relevailles en 1779.

La peinture bleu originelle, récemment retrouvée avec la marque au feu lors d'une restauration, nous indique également que cette veilleuse était assortie à d’autres sièges tous recouverts d’un tissu bleu. Il faut se rappeler que le bleu et le vert étaient les couleurs favorites de la souveraine car, selon elle, elles reposaient sa vue. Ainsi dans la chambre à coucher de son petit appartement à Versailles, les sièges étaient garnis de pou de soie bleu orné de franges et cartisanes. Dans son garde-meuble était également entreposé un mobilier de salon recouvert du même tissu. Tous ces éléments associés confortent l’appartenance de cette veilleuse au mobilier de Marie-Antoinette.

Nous ignorons pour quel lieu notre veilleuse a été commandée. Tout au plus pouvons-nous remarquer une similitude dans le décor sculpté – frises de perles entrelacées et glands – avec le mobilier, exécuté par Jacob et sculpté par Rode en 1777, pour le boudoir turc du comte d’Artois au Palais du Temple à Paris (Bill G.B. Pallot, Le Mobilier du Musée du Louvre, T. II, Dijon, 1993, n°44, pp. 132-135). Nous savons que la souveraine posséda au même moment à Versailles un boudoir turc dont il ne reste rien. Qu’est-il advenu également du « petit canapé en gondole avec un matelas de crin… » vendu avec « un fauteuil à carreau de plume avec un oreiller couvert en pou de soie vert anglais», le tout venant d’une pièce éclairée par une fenêtre ?

Le musée du Louvre conserve aujourd’hui un autre exemplaire de veilleuse, très proche de celle que nous présentons : son origine exacte n’est pas connue, mais elle meublait en 1787 la chambre de Madame de Matignon au château de Fontainebleau. D’un dessin maladroit et d’une sculpture plus sommaire, ainsi que le soulignait Pierre Verlet (in Le Mobilier Royal Français vol. II, Paris, 1992, p. 137, n°29), cette chaise longue provenait du gardemeuble de la Couronne : son commanditaire et sa date de livraison demeurent inconnus à ce jour. La veilleuse du Louvre date probablement des environs de 1780-1783, tandis que celle que nous présentons, par son dossier harmonieux encore Louis XV, doit être antérieure de quelques années.

LE GARDE-MEUBLE DE MARIE-ANTOINETTE

La marque GR couronné
Connue depuis 1934, la marque GR couronné associée à la marque d’un château royal (W pour Versailles, F pour Fontainebleau, BV pour Bellevue, etc.) fut récemment publiée par Christian Baulez comme celle du Grenier des Récollets (Revue du Louvre, 1997/3, pp. 17-19). La reine Marie Leczinska, épouse de Louis XV, y avait son gardemeuble privé, ainsi d’ailleurs que la dauphine de Saxe, grande cliente du marchand-mercier Lazare Duvaux. La dauphine Marie-Antoinette bénéficia naturellement de cette facilité dès son arrivée à Versailles. Le service de la chambre dirigée par les dames d’honneur dépensa plus de 790 000 livres pour l’établissement de la dauphine, ce qui lui valut un rappel à l’ordre de Louis XV. Cette première marque GR couronné perdura, semble-t-il, jusqu’à la réforme de l’administration du garde-meuble de la Couronne, entreprise en 1784 par Thierry de Ville d’Avray. La reine eut alors officiellement un garde-meuble privé, complètement séparé et régi par Bonnefoy Duplan, son concierge (comprendre intendant). Ce dernier était chapeauté par le contrôleur général de la Maison de la Reine sous la responsabilité de la princesse de Lamballe, surintendante de la dite Maison. A l’occasion de cette réforme, une seconde marque fut créée. 

La marque du garde-meuble de la Reine
Cette marque bien spécifique et parlante était apposée à chaud par des fers. Gravée d’une façon circulaire autour du chiffre MA et surmontée d’une couronne fermée, cette marque fut dorénavant frappée sur le mobilier de la souveraine à l’occasion d’un changement d’ameublement, d’une restauration ou d’un déplacement. Parmi les compétences du garde-meuble privé, il revenait à Bonnefoy de s'occuper de l’ameublement des cabinets intérieurs de tous les châteaux royaux, mais aussi de Trianon qui servait d’ailleurs de siège à cette administration. A cette marque était associée la marque du château, suivie du numéro d’inventaire du meuble, numéro correspondant certainement à l’inventaire général, par exemple C.T. 10 pour la table de Riesener livrée à la reine par Riesener pour son château de Trianon (Waddesdon Manor). Lorsque cette nouvelle marque était apposée, les anciennes marques du garde-meuble royal ou du mobilier des dauphines étaient alors en principe biffées. 

Que devinrent les papiers du garde-meuble privé ?
Cette belle mécanique fut troublée quand la souveraine fut contrainte, le 6 octobre 1789, de résider aux Tuileries. Bonnefoy occupa dès lors une maison dans l’enceinte des Tuileries, maison qui fut incendiée le 10 août 1792 et dont des papiers ne subsistent qu’un ou deux feuillets en partie calcinés et convertis par l’administration révolutionnaire en pochette à documents. Quant au grand registre de plus de 300 feuillets contenant l’inventaire de la totalité du mobilier de la souveraine, il semblerait qu’il ait été remis par Bonnefoy à l’administration révolutionnaire et aujourd’hui perdu. Certains papiers ont été conservés par Bonnefoy puisque nous le voyons payer des boites d’archives en bois afin qu’elles soient déposées à la mairie du Charmel, commune dont il fut le seigneur, puis le maire. Hélas, la mairie, le château et tout leur contenu furent entièrement détruits pendant la Première Guerre Mondiale à l’exception de quelques documents communiqués à la conservation de Versailles il y a plus de quarante ans. Ne restaient donc que les papiers du contrôleur général de la Maison de la Reine, partie la plus importante avec les états de règlements et les doubles de nombreuses factures, qui eux furent remis peu avant 1809 à la préfecture de Seine-et-Oise à Versailles. Que sont-ils devenus ? 

Sotheby's. Important Mobilier, Sculptures et Objets d'Art. Paris | 09 nov. 2012 www.sothebys.com