54958057924468428_HvsIe85s_c

Amsel Kiefer, Die Ungeborenen, 2011-2012. Oil, emulsion, acrylic, shellac, chalk, iron, lead, synthetic resin, glass and wire on canvas, 190 x 280 x 7 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

C’est l’autre aspect des non-nés, le désir de ne pas être né. La grande plainte des prophètes, la fronde de Job. Tu aurais mieux fait de ne jamais être venu au monde !

Tout se passe comme s’il avait été préférable de ne jamais naître. Le  mouvement rétrograde de la création. Théodicée, la création accidentée, le regret de Dieu d’avoir engendré ce genre ingrat, briseur de loi, violeur de contrat. (Anselm Kiefer, 2012)

La Galerie Thaddaeus Ropac présente un nouveau groupe d’œuvres d’Anselm Kiefer et inaugure avec ce cycle le nouvel espace d’exposition à Pantin. Sous le titre Die Ungeborenen [Les non-nés], Kiefer réunit un ensemble de toiles et de sculptures monumentales se référant à des mythes et  iconographies qui traitent de la naissance, de l’origine, de la création mais aussi du rejet de la vie.

Dans ses peintures et installations, Kiefer sonde la sphère hybride de la non-appartenance où vie et vie à naître se situent dans un monde intermédiaire où la question prédominante est : Pourquoi est-on et où a-t-on sa place. Pour aborder ce monde intermédiaire, Kiefer a recours au concept théologique de limbe : l’antichambre de l’enfer, où séjournent les âmes qui attendent d’accéder au paradis. Les mythes juifs qui tournent autour du personnage de Lilith, des histoires du Nouveau Testament, de la création d’enfants de pierre, des mythes alchimiques, du Golem, des balances des sorcières, des mythes concernant la naissance de Vénus ainsi que des légendes sur l’ergot (Mutterkorn), cette substance  porteuse de vie et de mort, constituent la base narrative de ces nouvelles œuvres.

Ainsi y voit-on une vitrine monumentale avec des pierres de lave et des vases contenant des embryons dans le formaldéhyde (en réalité, de minuscules sculptures dans de petits récipients en résine). Cette œuvre renvoie à un passage du Nouveau Testament, Matthieu raconte comment Jean Baptiste avait eu pour mission d’annoncer le jugement des Pharisiens et des Sadducéens et de les exhorter à faire pénitence. Ces guides spirituels d’Israël se référaient à leur père Abraham. Toutefois, Jean récusait leurs prétentions en déclarant : « Car je vous dis que Dieu a pouvoir d’éveiller Abraham à la vie à partir de ces enfants de pierre ». Dans l’œuvre d’Anselm Kiefer, ce travail possède également d’autres connotations car il s’agit très souvent, chez lui, de faire revivre, de donner vie à une matière morte. Or, on pourrait citer dans ce contexte Adalbert Stifter qui décrivait les pierres à la manière d’êtres vivants.

Dans une série de peintures sur toile avec une dominante de couleur verdâtre obtenue à partir d’un dépôt hydrolytique, la vie à naître est symbolisée par des insertions de diamants et des motifs floraux. Un des thèmes majeurs d’Anselm Kiefer est évoqué ici : le rapport entre le microcosme et le macrocosme. Kiefer y interprète une idée du philosophe anglais Robert Fludd (1574 – 1637). Sur le tableau monumental intitulé Für Rabbi Löw est accrochée une balance en plomb au-dessus d’une marine. En référence à l’alchimie, un côté de la balance contient du sel et l’autre du soufre.

Une autre œuvre intitulée Mutterkorn [ergot] se réfère une fois encore à un champignon qui atteint le seigle et noircit les épis. Cette maladie a jadis provoqué des famines en Europe. Le champignon s’appelle « Mutterkorn » en Allemand soit le ‘grain de la mère’ parce qu’en distillant ce poison on obtenait  une potion qui aidait les parturientes pendant le travail. Il s’agit donc d’une substance ambivalente. La vie et la mort se situant ici très proches l’une de l’autre.

Une autre série d’œuvres, comme la sculpture monumentale Rabbi Löw : der Golem, prend pour thème le golem (informe en hébreu, mais aussi embryon), une figure des légendes juives, très répandue en Bohème. Il s’agit d’un être en glaise éveillé à la vie par magie et qui possède des pouvoirs extraordinaires : il est capable d’obéir aux ordres mais ne parle pas. Dans la tradition rabbinique, ce terme désigne également les femmes qui n’ont pas encore conçu d’enfant. Au Moyen-âge, des golems spécifiques étaient attribués à des érudits juifs ainsi qu’à des alchimistes. Un grand rabbin de Prague, le rabbin Löw (vers 1520-1609), qui exerçait à la cour de Rodolphe II, était devenu célèbre dans ce contexte.

« Ce dont on ne peut parler, il faut le dire en chantant. Telle est selon Mozart la devise de l’opéra. Ce qu’on ne peut articuler ni en chantant ni en parlant, il faut l’exprimer en signes. Probablement ces signes précédèrent-ils la pensée. C’est le commencement de la théorie. Et de ce point de vue, Anselm Kiefer est d’une part un artiste plasticien et un peintre, mais d’autre part aussi un théoricien et un concepteur de signes, de même qu’un compositeur peut se dire un concepteur de sons. C’est là une histoire d’images visibles et invisibles ». (Alexander Kluge, 2012)

Un livre contenant une lettre d’Anselm Kiefer ainsi que des textes d’Alexander Kluge et d’Emmanuel Daydé paraît à l’occasion de l’exposition.

Galerie Thaddaeus Ropac. PARIS PANTIN. 14 octobre 2012 - 27 janvier 2013

54958057924468423_M73CnagH_c

 Amsel Kiefer, Mutterkorn, 2011. Oil, emulsion and chalk on canvas, 280 x 760 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468424_cw5flDBg_c

Amsel Kiefer, Aus Herzen Und Hirnen Spriessen Die Halme Der Nacht, 2011. Oil, emulsion, acrylic, shellac and chalk on canvas, 280 x 570 x 7 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468425_9mSDpYE4_c

Amsel Kiefer, Die Bösen Mütter, 2007-2011. Oil, emulsion, acrylic, shellac, chalk, branches, wood and iron on canvas, 380 x 560 x 100 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefe

54958057924468426_kCQIDhV6_c

 Amsel Kiefer, Ein Wort Von Sensen Gesprochen, 2011. Oil, emulsion, shellac and chalk on canvas, 280 x 570 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468427_wawHi904_c

Amsel Kiefer, Oh Halme, Ihr Halme, Ihr Halme Der Nacht, 2011. Oil, emulsion, acrylic, shellac and chalk on canvas, 280 x 380 x 7 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468429_WMepb0Qu_c

Amsel Kiefer, Aschenblume, 2007-2012. Oil, emulsion, acrylic, shellac and chalk on canvas, 380 x 280 CM. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468430_m5BKupwP_c

Amsel Kiefer, Himmelsschlucht, 2011-2012. Iron, lead, wire, chalk, wood, plaster, oil and charcoal, 350 x 280 x 210 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468431_5zUbzurx_c

Amsel Kiefer, Mutterkorn, 2010. Lead, iron, wood, wire, plaster, shellac, gold leaf, 110 x 150 x 100 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer

54958057924468432_ChSu6uFL_c

Amsel Kiefer, Die Ungeborenen, 1988-2010. Branches, oil  and fabric on photograph in steel and glass frame, 110 x 159 x 10 cm. Photo courtesy Galerie Thaddaeus Ropac © Amsel Kiefer