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Exceptionnel bureau plat en bois laqué et vernis européen. Estampillé de P. FLECHY. Époque Louis XV. Photo Europ Auction

Il repose sur quatre pieds cambrés garnis de bronzes. La ceinture, droite sur trois côtés, est découpée et s'ouvre à trois tiroirs sur la face moulurée en arbalète. Le plateau garni d'un maroquin est entouré d'une lingotière de bronze. L'ensemble est décoré de laques européens à motifs extrême-orientaux et de bois vernis noir. H 77, L 165, P 82 cm. Estimation : 100 000 / 150 000 €

Pierre Fléchy (1715-1769), reçu maître en 1756.

Provenance : Château d'Anet, pour le duc de Penthièvre (1725-1793).

Bibliographie : J. Duma, « Les Bourbon Penthièvre (1678- 1793) », Publication de la Sorbonne, Paris, 1995. - X. Salmon, sous la direction de, « Madame de Pompadour et les Arts », édition Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2002. - T. Wolvesperges, « Le meuble français en laque au XVIIII° siècle », édition de l'Amateur, Paris, 2000.

La mode du mobilier "chinois" est restée très présente tout au long du XVIII° siècle. Si magots et pagodes se rencontrent fréquemment, assortis à des pendules, des candélabres ou des bras de lumière, composer des meubles avec eux s'est révélé plus difficile.
On découpe des coffres ou des paravents, et on les adapte...
Au laque japonais on préfére, sous Louis XV, le goût chinois, jugé plus coloré et plus gai.
La splendide commode par Desforges illustre avec son fond rouge la magnificence à laquelle les ébénistes parisiens atteignent. Mais la technique reste aléatoire et onéreuse, et rapporte de larges bénéfices surtout aux grandes Compagnies des Indes, anglaise ou hollandaise, importatrices principales du matériau.
On tente donc en France de pallier ce problème en imitant ces laques précieux : parmi les nombreuses tentatives, celle des frères Martin connait le succès.
Il s'agit en fait davantage de vernis que de laque, mais celui-ci offre une plasticité très supérieure, pouvant se fondre aux contours sinueux du style Louis XV et donner au bois noirci l'éclat de l'ébène.
Là encore le marchand-mercier joue un rôle central; il est le pivot entre l'ébéniste, le laqueur et le client, les deux premiers restant anonymes (sauf à estampiller) au troisième (renversement des choses : aujourd'hui, bien souvent le client est méconnu au profit de l'artisan !).
La Cour se fournit principalement chez les merciers (Guillaume Martin, l'un des frères " inventeurs " du vernis du même nom, ne vend directement que trois meubles !), comme Hébert, qui livre à Mlle de Mailly pour son appartement de Choisy l'extraordinaire ensemble bleu à bronzes argentés. Si la valeur des meubles en laque dépend de leur qualité, les prix demeurent importants : " une boeste de pendulle avec des figures couchées a costé du cadran d'après Michel-Ange et d'une commode de marqueterie garnie de bronze dorez d'or moulu, laquelle commode doit être pareille à celle du Roi à Trianon ", oeuvres connues d'A. Boulle, sont facturées seulement le double d'une paire de bas d'armoire "à deux battans chacun d'ancien la Chine posez sur leurs pieds de bois noircy garnis de bronze doré d'or moulu".
On trouve peu de bureaux en laque Louis XV. Jacques Dubois (1694-1763) semble s'en être fait une spécialité même si Desforges, Roussel, ou BVRB peuvent en avoir fait d'aussi beaux.
Les surfaces sont étroites et allongées, et les panneaux se lisent plus aisément sur des encoignures ou des commodes. Toutefois le seul meuble en laque livré à Versailles pour le Roi est un bureau plat par Joubert (aujourd'hui au Metropolitan museum), et placé dès 1759 dans son cabinet de travail. Remplacé dix ans plus tard que par celui d'Oeben et Riesener, Louis XV le conserva et il resta en place jusqu'en 1786. Décrit dans les inventaires comme de " laque rouge ", il est en fait de vernis Martin " sans aucun relief ".
La marquise de Pompadour, avant le néo-classicisme, avait apprécié le goût rocaille, comme les livraisons effectuées par le marchand-mercier Lazare Duvaux le laissent voir.
Elle fut collectionneuse, avant Marie-Antoinette, de meubles en laque du Japon, sortis des ateliers des grands faiseurs (comme le secrétaire en pente, ou le secrétaire en armoire de BVRB, coll. Riahi). B. Rondot se demande même si ce n'est pas cette " passion (...) qui poussa Oeben à adopter, conjointement au décor de fleurs, des décors de mosaïque de marqueterie directement inspirés de ces laques ".
Elle avait pour fournisseurs les meilleurs marchands de Paris, parmi lesquels il faut faire une large place à Lazare Duvaux : le nom de la marquise revient continuellement dans son " livre-journal " pour toutes sortes d'achats ou de services. Mais dans ces dix années d'activité ne sont mentionnées que vingt et une ventes de bureaux plats, dont un seul, et d'ailleurs assez simple, " en vernis de la Chine, garni de quarts de rond et ornements dorés d'or moulu " à M. Portail en 1752 (Jean-Louis Portail, sg de Vaudreuil, Conseiller au Parlement de Paris, fils du Premier Président).
Il n'en demeure pas moins que d'autres fournisseurs font travailler les ébénistes et les laqueurs (chez Machart, en 1753, un bureau de " lachine " se démarque du lot, pour plus de 300 L dans un inventaire, quand chez Darnaud, un bureau plat à pieds de biche, couvert d'un maroquin noir, orné et garni de bronzes dorés d'or moulu "très bien finis" est prisé plus de 1 000 L...).Rare sans doute, le bureau plat, surtout de grandes dimensions, reste un meuble appartenant à l'univers masculin. Sa présence chez madame de Pompadour ne s'explique que pour un intendant, ou un secrétaire, mais la richesse du meuble exclut cette hypothèse. Pour son frère, marquis de Marigny ? Pour le Roi ? En juin 1752, la marquise achète à Duvaux, pour le " Cabinet du Roy " à Crécy " une grande table à écrire... ".
La marquise revend en 1757 le château de Crécy, tout meublé, au duc de Penthièvre.
Ce petit-fils de Louis XIV et de madame de Montespan hérite de son cousin, le comte d'Eu, fils du duc du Maine, et joint à une fortune considérable une autre fortune considérable, dont le château d'Anet, proche comme Crécy, de ses domaines de Châteauneuf et de Rambouillet.
Le mobilier de Crécy sert en partie à meubler Anet lorsqu'en 1775 Crécy est recédé. Si le duc n'est pas personnellement inquiété sous la Révolution, à sa mort en 1793, Anet est confisqué, le mobilier et les oeuvres d'art vendus, et les deux-tiers du bâtiment détruits.
L'oeuvre produit par Fléchy se compose principalement de mobilier Louis XV, de marqueterie, à fleurs, ou de laque.
Il sut trouver un équilibre entre des bâtis solides et bien architecturés et des finitions plus légères, sans tomber dans le mièvre.
La qualité de son travail le rapproche des plus grands.
Le bâti du meuble est recouvert d'un placage de " poirier noirci ", un bois fruitier au grain très serré rappelant l'ébène et teinté à la fumée avant d'être verni.
Les décors en couleurs sont obtenus par adjonction de couches de gomme et séchés...
Il est probable, et en tout cas vraisemblable que ce bureau, très typique des années 1755-1760 soit une commande ou un achat de la marquise de Pompadour, passé ensuite au duc de Penthièvre.

Europ Auction. Mercredi 12 décembre 2012. Drouot Richelieu - Salle 13 - 9, rue Drouot - 75009 Paris