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Rare cabinet à décor floral, Angleterre, vers 1690-1700. Sur son piètement italien d'origine, vers 1700. Photo Kohn

Bois doré et peint, bronzes dorés. H. 156,5 cm, L. 99,5 cm, P. 51,5 cm - Estimation : 150 000 / 200 000 €

Le cabinet en forme de caisson en bois doré et peint ouvre par deux vantaux découvrant onze tiroirs de façade de plusieurs tailles.

Un luxuriant décor polychrome de vases fleuris, guirlandes de fleurs et oiseaux virevoltant sur fond noir couvre l'ensemble du meuble, tant à l'extérieur que sur la partie intérieure des vantaux.

Les portes sont montées au moyen de trois charnières à larges pattes en bronze doré.

Cette exceptionnelle ornementation de bouquets et de guirlandes de fleurs peints au naturel dans des couleurs vives à dominantes blanches et roses contrastant sur des fonds noirs fut l'une des grandes spécialités des artisans hollandais qui en ornèrent leurs cabinets dès la première moitié du XVIIe siècle.

Cette technique qui puise son inspiration dans les tableaux de fleurs, notamment les oeuvres de Justus van Huysum l'Ancien (1659-1716), influença celle de la marqueterie, notamment avec Dirk van Rijswick et Jan van Mekeren à Amsterdam ou Philippus van Stantwijk à La Haye.

Cette vogue des cabinets de fleurs gagna l'Angleterre des Stuart avec l'arrivée sur place d'artistes originaires des Provinces-Unies ou des Flandres tels que Gerrit Jensen.

Ce sont eux qui contribuèrent à créer, à la fin du XVIIe siècle, un style anglo-hollandais qui explique les multiples similitudes de formes et de techniques développées au même moment dans les deux contrées.

Notre cabinet appartient à un groupe de meubles selon toute vraisemblance produits en Angleterre, mais probablement par des artisans d'origine hollandaise ou des Huguenots installés sur place, tels que Jean Guilbaud qui exerçait à Londres.

Ce modèle s'inspirait directement des cabinets en laque, chinois ou japonais, dont l'importation en Europe fut favorisée par la création, dès le début du XVIIe siècle, des Compagnies des Indes anglaise et hollandaise.

Ils présentent tous une structure identique de forme parallélépipédique contenant onze tiroirs de façade dissimulés par deux larges vantaux montés par trois, quatre ou cinq charnières à larges pattes en bronze ciselé et doré. Trois cabinets similaires au nôtre, avec des piètements différents, sont conservés dans les collections du J. Paul Getty Museum, à Malibu.

Un quatrième a été publié par Monique Riccardi- Cubitt dans son étude consacrée à l'histoire du cabinet en Europe de la Renaissance à l'époque moderne, dont la localisation est aujourd'hui inconnue. Citons également celui illustré dans l'ouvrage de Francis Lenygon, Furniture in England from 1660 to 1760, provenant de la collection J. L. Tillotson.

On retrouve exactement les mêmes peintures florales sur un ensemble mobilier exécuté vers 1703 par Jean Guibaud, composé d'une table, de deux guéridons et d'un miroir appartenant aujourd'hui au Hopetoun House Preservation Trust.
Tous ces cabinets étaient posés sur des piétements en bois richement sculptés, peints, dorés ou argentés, peuplés comme ici d'angelots cariatides, de puissantes guirlandes de fleurs ou de fruits, et souvent structurés de consoles et de volutes feuillagées.

Notre cabinet témoigne non seulement de la grande vogue que connurent les décors de fleurs à la manière hollandaise en Angleterre au cours du dernier quart du XVIIe siècle, mais marque aussi l'apogée de ce type de meuble d'apparat dans ces années 1690-1700.

Les cabinets anglais du XVIIIe siècle évolueront en effet vers une fonctionnalité beaucoup plus marquée, souvent dotés d'écritoire et surtout munis d'un corps inférieur à tiroirs en lieu et place des somptueux piétements baroques de la période précédente.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Adrian Sassoon, Gillian Wilson, Decorative Arts. A Handbook of the Collections of the J. Paul Getty Museum, Malibu, 1986, p. 125-126, cat. nos 262 et 264

Monique Riccardi-Cubitt, Un Art européen. Le Cabinet de la Renaissance à l'Epoque moderne, éd. De l'Amateur, Paris, 1993 (1992), p. 69, fig. 49

Francis Lenygon, Furniture in England from 1660 to 1760, Londres, 1920, p. 196, fig. 300.

Peter Thornton, Form & Decoration. Innovation in the Decorative Arts. 1470-1870, Londres 1998, p. 136, pl. 284.

Kohn. Mardi 5 mars 2013. Hôtel Le Bristol - Salon Castellane - 112, rue du Faubourg Saint Honoré – 75008 Paris - www.kohn.fr