pierre_soulages_peinture_65_81_cm_13_novembre_1956_1371629388077384

Pierre Soulages, « PEINTURE 65 X 81 CM, 13 NOVEMBRE 1956 », 1956.  Photo Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse

Huile sur toile signée en bas à droite; 65 x 81 cm. Estimation : 400 000 / 500 000 €

Provenance : - Gimpel Fils Gallery, Londres
- Waddington Galleries, Londres
- Edward Totah Gallery, Londres
- Galerie Di Méo, Paris
- Collection particulière, Paris
- Galerie Française, Munich
- Collection particulière, Allemagne

Bibliographie :  « Soulages », l’œuvre complet, peintures, volume I., 1946-1959, Pierre Encrevé, éditions Seuil, Paris, 1994, reproduit sous le n° 253 page 253

C’est vers 1956 que dans l’œuvre de Pierre Soulages, le signe tant à prendre moins d’importance. Dès cette période Pierre Soulages sent que si la peinture réussit à se passer de l’anecdote figurative, c’est par l’importance donnée au rythme, à ses battements des formes dans l’espace et à la découpe de l’espace par le temps.
On ne se laisse pas distraire par l’expressionisme de la ligne, non plus par la couleur qui s’emploie surtout pour sa valeur poétique, sa suggestion de mystère plutôt que pour son attrait sensuel.
Les coups de brosse se juxtaposent et se multiplient afin que de leur répétition naisse un rythme, un rythme de rapport d’espace.
L’art de Pierre Soulages est avant tout fait de tension, de dynamisme, de l’instantanéité d’un accord plaqué sur le clavier de la toile.
L’emploi d’une lame en caoutchouc pour gratter la surface du tableau va faire réapparaitre des couleurs plus claires qui cependant garderont le souvenir des traces noires.
De la masse picturale primordiale va naître une lumière que l’éclairage extérieur modulera. Technique dont l’efficacité plastique vient du seul geste du peintre guidé par les exigences de sa propre sensibilité.
Toile apparemment statique, cette œuvre de 1956 est née d’un dynamisme et d’une tension créée par la violence de l’opposition forme-fond où les parties sombres du tableau dominent l’ensemble de la composition.
Ces larges touches à la fois autonomes et fortement liées font bloc dans une organisation qui n’a de limite qu’elle-même et non les bords de la toile.
Au contraire les formes noires épaisses se détachent des bords de la toile suggérant une totale prise de possession de la surface. Ainsi sommes-nous entrainés dans une sorte de fascination due aux reflets lumineux qui naissent et glissent sur les reliefs de la peinture.
Lumière qui se caractérise par l’affirmation d’une sorte de présence éternelle. Par sa facture décidée et large ce tableau acquière d’extraordinaires qualités d’austérité alliées à une clarté interne que l’on peut qualifier de spirituelle.
On se rend compte combien le geste de Pierre Soulages, par sa dimension architecturale, donne à l’espace une conception organique. Son geste s’identifie à la surface et la peinture devient une construction en clair-obscur dont le sujet est la lumière.
À l’instar des peintres japonais, Pierre Soulages intériorise des sensations qu’il explicite dans l’immédiateté de leur expression plastique guidée par l’image qu’il a élaboré dans son subconscient.
Cette peinture s’offre, se donne à voir comme un instant de vie, une condensation métaphorique.
Le temps et l’espace cessent d’être le milieu dans lequel baignent les formes peintes instruments de la poésie de la toile. Rythme et battement des formes dans l’espace, découpe de l’espace et du temps, hissent cette œuvre vers des mondes où la peinture dépassant son propos devient reine.
Les notes de couleurs à l’image des notes de musique, acquièrent le statut de langage abstrait d’où surgissent toutes les émotions et sensations voulues par le peintre-chef d’orchestre.
Cette œuvre de Pierre Soulages défi nit son sens en même temps qu’elle défi nit son espace et devient « représentation » des fonctions de la connaissance qui affectent notre sensibilité.
La trace du mouvement créateur qui s’incarne en elle, est le point d’application des actes créatifs sous le contrôle du peintre. Pierre Soulages dirige admirablement l’organisation des formes de cette œuvre de 1956 en lui insufflant une forme qui tient à l’agencement des divers éléments picturaux et compositionnels.
Ce tableau se présente à notre regard comme un complexe tonal qui est une totalité intérieure ordonnée et équilibrée.
Œuvre qui réclame notre sensibilité, notre intelligence, notre vouloir, quelque chose comme des valeurs formelles qui s’offrent
à notre compréhension, dont nous prenons possession et dont le grand mérite est de parler à notre vision et à notre sensibilité.

Versailles Enchères Perrin-Royère-Lajeunesse. Dimanche 7 juillet 2013. Hôtel des Chevau-Légers - 3, impasse des Chevau-Légers. Contact: Olivier Perrin ou Gilles Frassi au +33 (0)1 39 50 69 82.