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Baromètre-thermomètre, anonyme, Paris, vers 1750. Bois, laque noire, laque or, monture en bronze doré, porcelaine. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

PARIS - Les Arts Décoratifs mettent le XVIIIe siècle à l’honneur. En consacrant une grande exposition aux secrets de la laque française, le musée révèle l’engouement pour une technique qui incarne le luxe et le raffinement. Du plus imposant au plus discret, du plus somptueux au plus modeste : meubles, panneaux de boiserie, objets d’ameublement, boîtes et étuis, carrosses et traîneaux dessinent l’histoire d’une passion largement partagée par une clientèle parisienne et européenne, qui dépassa celle de la chinoiserie à laquelle cette production sacrifia. La question particulière du Vernis Martin, expression que seuls les Français utilisent, pour parler de la laque, soulève de nombreuses interrogations qui trouvent ici, pour la première fois, des réponses étayées par de nombreuses études et exemples. Réalisée en collaboration avec le Lackkunst Museum de Münster en Allemagne, l’exposition, mise en scène par Philippe Pumain, réunit près de 300 objets. 

Vers la fin du XVIIe siècle, le coût de plus en plus élevé de la production de laque japonais et la qualité moindre des laques d’importation chinois, amènent les européens à vouloir s’approprier la maîtrise de cette matière. L’étude de la laque conduit ainsi d’habiles artisans, tant en Allemagne, en Angleterre et en Hollande, qu’en France à retrouver cet aspect velouté et profond et à imiter avec talent les productions orientales. A Paris, de nombreux ateliers de peintres doreurs -vernisseurs voient ainsi le jour faubourg Saint-Antoine à proximité des ébénistes – menuisiers, les liant ainsi dès le départ au domaine du meuble. Parmi les plus célèbres, ceux des frères Martin, rues des faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin, dont la renommée associa le nom à leur technique, puis à l’ensemble des laques produites en France. Ces vernis, travaillés selon le même principe de couches superposées que la laque d’Extême Orient, n’ont pourtant rien en commun avec celle-ci du point de vue de la composition chimique. Ils sont différents selon les ateliers et leur recette est gardée secrète. 

C’est l’introduction de la couleur qui fait l’une des spécificités de la laque française. Les compositions de vernis permettent une plus large gamme. Désormais, se substituent aux fonds noirs et rouges, des fonds jaune, bleu, vert, blanc ou or. En faisant ainsi évoluer la technique, les peintres vernisseurs, sous l’impulsion des marchands merciers répondent aux goûts des clients. L’iconographie s’éloigne peu à peu des scènes et paysages asiatiques pour intégrer, assimiler l’art des peintres d’alors. Les œuvres de Greuze, Boucher, Oudry ou Vernet sont les principales sources d’inspiration et recouvrent une typologie extrêmement variée d’objets. Le vernis Martin sublime ainsi tout type de supports (bois, métal, argent, céramique, tôle…) et s’applique à toutes les formes, du plus petit objet au plus grand, de la navette ou bobine de fil aux pièces imposantes de mobilier, du panneau à la théière en passant par les horloges, boîtes ou étuis. Les intérieurs des grandes demeures s’en remplissent, faisant du vernis Martin un témoin de l’art de vivre du XVIIIe siècle français. Ce siècle des lumières qui aime autant l’art que les sciences, produit de nombreux instruments de mesure et de musique qui passent également entre les mains des vernisseurs. Mais la production atteint les sommets du raffinement à travers les décors qui parent les carrosses et les berlines, recherchés par toutes les cours d’Europe. Paris dénombre pas moins de 200 ateliers spécialisés dans la production d’attelages. 

L’exposition présente les différentes étapes qui ont conduit les frères Martin et leurs confrères parisiens à élaborer les techniques. Quelques œuvres introduisent le visiteur dans l’univers des laques asiatiques afin d’évoquer leur exportation vers l’Europe et la fascination qu’elles ont suscité. Les autres constituent les jalons de cette étonnante quête, partie de l’imitation jusqu’à son émancipation.

Curieux paradoxe que cette technique, célébrée par Voltaire, vilipendée par Mirabeau, pour laquelle, si l’on en connaît bien les protagonistes, les quatre frères Martin, on ne peut attribuer avec certitude les œuvres produites par leurs ateliers !

En effet, les Martin, tout comme leurs confrères peintres doreurs-vernisseurs, ne signaient ni ne marquaient leur production. C’est donc un défi que se lancent le Lackkunst Museum de Münster et le musée des Arts décoratifs à Paris en rassemblant pour la première fois un choix d’œuvres significatives et représentatives de ce qui fut la production des peintres vernisseurs parisiens.

L’exposition s’accompagne de la publication d’un catalogue auquel participent différents spécialistes. Il est l’occasion de préciser ce terme de « vernis Martin » qui, s’il s’avère familier de quelques professionnels, l’est beaucoup moins du grand public. Quand et comment il s’est imposé pour désigner une production dont l’exposition s’emploie à définir les contours. Mais surtout, le catalogue propose pour la première fois un regard scientifique sur cette technique et les matériaux employés. En effet une collaboration avec le Laboratoire de Recherche des Musées de France a permis d’étudier dans le cadre d’une recherche interdisciplinaire associant physico-chimistes, historiens et restaurateurs la matérialité et les pratiques artistiques de ces objets vernis afin de comprendre leurs procédés de création et identifier d’éventuelles spécificités de pratiques en fonction des domaines.

Cette approche est corrélée à leur étude iconographique et historique.

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Fragment de décor de berline ou de clavecin, anonyme, Paris, vers 1745. Bois, préparation, fond or, décor peint à l’huile vernie polie, laque transparente. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Nécessaire à parfums, anonyme, Paris, vers 1755-56. Papier mâché, laque noire, décor en léger relief de laque avec poudre d’or, monture en or. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Boîte de toilette, anonyme, Paris, vers 1750. Bois, préparation, laque bleue, décor en léger relief de laque avec poudre d’or, laques brune et rouge, bronze doré. Collection privée © DR / photo : Jean Tholance

17-1 - Plat émail de Pékin ovale, fond bleu – L 0,47 l 0,40 – certificat de non classement

Traîneau aux patineurs, anonyme, Paris, vers 1770. Bois sculpté, préparation, feuille d’argent, décor de laques polychromes, toile marouflée, peinture à l’huile vernie polie, laque transparente, cuir, métal, velours de soie. Versailles. Musée national du château de Versailles et des Trianons. Photo © Château de Versailles / DIST. RMN - Grand Palais / Gérard Blot

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Cassolette attribuée à la Manufacture de la veuve Gosse et Samousseau, Paris, vers 1770 -1780. Tôle, préparation, laque blanche pour le fond, décor peint à l’huile, feuille d’or, poignées en fer vernis en couleur d’or, laiton doré. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Commode à deux rangs de tiroirs, Paris, estampillée de Jacques Dubois (1694-1764). Bâti : chêne et résineux ; préparation, laque bleue, décor à l’or, laques de différents tons de brun, rouge, poudres d’or, laque translucide ; bronze doré ; marbre brèche. H. 84 cm, L. 114 cm, Pr. 61 cm. Paris, galerie Steinitz © DR

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Etui, anonyme, Paris, vers 1774-1780. Bois et papier mâché, laque noire, décor en relief rehaussé de laque d’or et de poudre de métaux, monture en or gravé. Münster, Museum für Lackkunst © DR

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Etui à décor chinois, anonyme, d’après l’allégorie des douze mois de l’année de Jean-Baptiste Pillement, Paris, années 1770. Bois et papier mâché, laque bleu clair devenue verte, décor à l’or coquille et peinture à l’huile vernie polie, laque transparente, monture en argent. Bordeaux, musée des Arts décoratifs © DR

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Etui fond rouge à décor d’enfants, anonyme, Paris, années 1780. Bois et papier mâché, laque noire, feuille de métal précieux, laque translucide rouge, décor à la peinture à l’huile vernie-polie, monture en argent doré. Paris, musée du Louvre © DR

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Grand étui à décor mythologique, anonyme, d’après La naissance de Vénus et L’enlèvement d’Europe de François Boucher, Paris, vers 1760-1770. Bois et papier mâché ; laque noire, décor en peinture à l’huile vernie-polie ; monture en or ciselée ; manchon en écaille. Münster, Museum für Lackkunst © DR

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Navette, anonyme, attribuable à Guillaume Martin, Paris vers 1744-1750. Bois, laque noire et rouge, décor en relief rehaussé de laque d’or et de poudre d’or et d’argent, monture en or gravé.Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Navette, anonyme, Paris, vers 1762-1768. Âme métallique, nacre, laque lilas, fragments de laques japonais, monture en or ciselé. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Commode à deux rangs de tiroirs, attribuée à Jean Demoulin, Paris, vers 1745. Bâti de chêne, préparation laque noire, décor en relief de laques polychromes, bronzes ciselés et dorés, marbre brèche d’Alep. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Appareil pour l’étude de la transmission des pressions dans les liquides de l’abbé Nollet, anonyme, Paris, vers 1760. Bois, préparation, laques noire et rouge, décor à l’or, laque transparente, métal peint, verre. H. 89 cm, L. 53 cm, l. 28 cm. Paris, conservatoire National des Arts et Métiers © DR

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Boîte, anonyme, d’après Jean-Michel Papillon, Paris, vers 1740. Bois, laque noire, décor en relief rehaussé de laque d’or et de poudre d’or et d’argent, laque rouge, applications d’ivoire et de nacre de diverses teintes rehaussées de gravure. H. 4,3 ; D. 8,4 cm. Hambourg, Museum für Kunst und Gewerbe © DR

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Toilette carrée en tombeau, anonyme, France, vers 1720. Bois, laque rouge, décor à la feuille d’or gravée, laque transparente, à l’intérieur laque noire, laque transparente avec particules métalliques, cuivre doré et gravé. H. 13 cm, L. 31 cm, l. 22 cm. Münster, Museum für Lackkunst © DR

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Commode à deux rangs de tiroirs, transformée en console, estampillée de Jean-Louis Grandjean et Pierre Macret, Paris, vers 1755. Bâti en chêne et résineux, préparation, laque verte, décor à l’huile, laque transparente, bronze doré, marbre Sarrancolin. Waddesdon, The Rothschild collection (Rothschild Family Trust) © DR

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Etui, anonyme, Paris, vers 1762-1768. Bois ; laque noire et verte, décor en peinture à l’huile vernie polie recouvert de laque transparente ; monture en argent gravé ; manchons en argent. H. 12,4 ; D. 3,2 cm ; poids : 42 g. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Etui (démonté), anonyme, Paris, vers 1762-1768. Bois ; laque noire et verte, décor en peinture à l’huile vernie polie recouvert de laque transparente ; monture en argent gravé ; manchons en argent. H. 12,4 ; D. 3,2 cm ; poids : 42 g. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Berline de la maison du Roi, anonyme, Paris, vers 1760. Bois sculpté et doré, laques noire, rouge, peinture à l’huile vernie polie, laque aventurine, laque transparente. Intérieur garni de velours bleu brodé d’or, taffetas bleu, cuir, verre et métal. Lisbonne, Museu Nacional dos coches © DR

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Berline de la maison du Roi (détaail), anonyme, Paris, vers 1760. Bois sculpté et doré, laques noire, rouge, peinture à l’huile vernie polie, laque aventurine, laque transparente. Intérieur garni de velours bleu brodé d’or, taffetas bleu, cuir, verre et métal. Lisbonne, Museu Nacional dos coches © DR

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Chaise à porteurs, anonyme, décor attribué à Christophe Huet, Paris, vers 1750. Bois doré, toile, sur préparation laque blanche, décor peint à l’huile, laque transparente, cuir, verre; Intérieur en cuir et velours de laine frappé, passementerie. Lyon, musée des Arts décoratifs © DR

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Modèle de chaise à porteurs, anonyme, France ?, Allemagne ?, vers 1756. Bois, laques polychromes, textile. Münster, Museum für Lackkunst © DR

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Paire de cuvettes à fleurs, anonyme, Paris, 3e quart du XVIIIe siècle. Tôle, préparation noire, laque rose, décor de laque blanche avec ornements en laques polychromes et or, laque transparente, poignées en fer vernis en couleur d’or, fer peint vert pour les tiges, fleurs en porcelaine. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Rafraîchissoir à verres, anonyme, Paris, vers 1770. Tôle, préparation laque bleue, décor peinture à l’huile et à l’or, laque transparente, intérieur en laque blanche corrodée, poignée de fer, vernis couleur d’or. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Bonbonnière, anonyme Paris, vers 1770. Papier mâché, laque noire, décor en peinture à l’huile vernie-polie, laque transparente, monture en or, doublure en écaille peinte. H. 3,5 ; D. 6,4 cm ; poids : 46 g. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Bonbonnière, anonyme, Paris, vers 1770. Papier mâché, laque noire, gris bleuté, décor de bandes gravées, argentées à la feuille, partiellement recouvertes de laque translucide jaune, rouge ou verte, miniature sur ivoire, monture en or gravé. Paris, musée des Arts décoratifs. © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

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Tabatière noire et or à décor rayonnant, anonyme, Paris, vers 1744–1750. Papier mâché, laque noire, feuille d’or, décor gravé puis poncé, recouvert de laque transparente, monture en or. Münster, Museum für Lackkunst © DR

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Bonbonnière, anonyme, Paris, vers 1780. Papier mâché, laque noire, blanche, bandes argentées à la feuille avec laque translucide verte et paillons de cuivre doré alternant avec laque translucide rouge avec incrustations de cuivre doré, miniature peinte à la gouache sur ivoire, monture en or ciselé. Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs

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Bonbonnière, anonyme, Paris, milieu des années 1770. Papier mâché, laque noire entièrement argentée à la feuille et recouverte de laque translucide rose, décor réalisé avec de l’or en coquille et de la peinture à l’huile vernie-polie, laque transparente, monture en or gravé, doublure en écaille peinte. H. 2,8 ; D. 7,5 cm ; poids : 89 g. Münster, Museum für Lackkunst © DR

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Harpe, facteurs : Georges Cousineau (1733-1800), Paris, vers 1783. Caisse en érable à 6 côtes, vernis Martin : préparation, laque verte ; table d’harmonie en sapin, décor à l’huile vernie polie, console recouverte de laque verte et dorure, laque transparente ; colonne en bois sculpté et doré, laque verte. Paris, cité de la musique, musée de la musique © DR

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Machine pneumatique de l’abbé Nollet, anonyme, Paris, vers 1760. Bois, vernis Martin : préparation, laques noire et rouge, décor à l’or, laque translucide, bronze et laiton, verre. H. 144 cm, L. 69 cm ; l. 56 cm. Paris, conservatoire National des Arts et Métiers © DR

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Bureau à huit pieds, Paris, anonyme, dernier quart du XVIIesiècle. Bâti de conifère ; décor peint noir et or sur préparation, vernis transparent ; cuivre doré. H. 76,5 ; L. 1,18 ; Pr. 64,5 cm. Paris, galerie Steinitz © DR

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Commode à deux rangs de tiroirs, Paris, estampille de Jacques Dubois (1694-1764). Bâti: chêne et résineux, préparation: laque bleue, décor à l'or,laques de différents tons de brun,  rouge, poudres d'or, laque translucide, bronze doré, marbre brèche. H. 84 cm. L. 114 cm. Pr. 61 cm. Paris, galerie Steinitz © DR

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