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Pièces de jeu d’échecs, Égypte, Xe - XIIe siècle. Cristal de roche. H. 2,5-4,5 cm ; L. 1,9-3,1 cm ; l. 1,8-3 cm. Numéro d'inventaire : 1473. Museo diocesano, Llerida © Museu de Lleida

Avant d’être introduits dans le monde musulman, les échecs apparaissent en Inde dès la seconde moitié du Ve siècle, voire la première moitié du VIe siècle. Ils auraient ensuite été adoptés par les Perses pour se diffuser dans le monde musulman à partir du VIIe siècle. Leur passage en Occident se situe vers le XIe siècle.

L’ensemble que nous avons ici, de la Colegiata de Àger (Lérida), est constitué de vingt pièces en cristal de roche. Ce jeu aurait été produit en Égypte puis envoyé en Espagne.  On estime sans trop de certitude que ces pièces seraient probablement arrivées en Espagne entre 950 et 1030. Nâsir-i Khusraw décrit le travail de la taille du cristal de roche au XIe siècle à la période fatimide au Caire. Il existait non seulement un atelier royal mais aussi d’autres ateliers (privés ?) afin d’assurer le commerce du cristal de roche de production cairote. Parallèlement à la production fatimide du Caire du Xe-XIe siècle, une production iranienne et mésopotamienne se distinguait dans la taille du cristal de roche et du verre.

Le groupe conservé à Lérida n’est pas complet ; une partie a été plusieurs fois vendue et est conservée aujourd’hui au Musée national du Koweït[1] (dix pièces). Neuf autres pièces ne sont toujours pas localisées. Deux hypothèses expliquent l’entrée de ces pièces dans le trésor de l’église d’Àger. Le chevalier Arnau Mir de Tost aurait fait don de cet ensemble à l’église, en plus de deux autres jeux, vers 1068 ou 1071, date de l’inventaire de ses biens. La seconde hypothèse attribue ce don au comte Armengol I d’Urgel (992-1010) qui a fondé cette église. Les chroniques d’Ibn ̀Idârî nous informent que les descendants du comte ont hérité du butin gagné par celui-ci lors de la bataille livrée contre le califat de Sulaymân al-Musta ̀în (1010), à la demande de Muhammad al-Mahdî pour asseoir son autorité en Al-Andalus. Parmi ce butin dit « de Cordoue » figuraient des objets en cristal de roche dont notre jeu qui aurait probablement été donné à l’église par la famille du comte.

Ainsi, si les pièces ont été offertes par la famille d’Armengol, on peut supposer qu’elles sont parvenues à Cordoue par le biais du commerce entre l’Égypte et Al-Andalus.

Les pièces de Lérida comportent trois reines, trois fous, deux chevaux, une tour, dix pions et un flacon en forme de molaire. Il semblerait que les artisans fabriquaient des pièces selon les morceaux de cristal dont ils disposaient. Ils ne s’attachent pas non plus à produire un jeu complet à la fois. C’est l’acquéreur qui se constituait son jeu au moment de l’achat. Ainsi, l’ensemble conservé au Koweît est de facture plus riche et soignée que celui de Lérida. Le nombre important du groupe de Lérida permet de dire que ces pièces ont servis de jeu jusqu’au moment où elles ont été léguées à l’église. Certains pions d’échecs, ont été parfois réutilisés à d’autres fins en arrivant en Espagne, comme sur l’arche de San Millán ou de San Felices qui auraient eu comme ornementation des pions d’échecs en cristal de roche.

[1] Jenkins, M., Islamic Art in the Kuwait National Art Museum. The Sabah Collection, Londres, 1983, photo 60. Ettinghausen et Grabar, O, The Art and Architecture of Islam, 650-1250, New Haven-Londres, Yale University Press-Pelican, History of Art, 1994, p. 195, fig. 181.

BIBLIOGRAPHIE DE L'OBJET:

Casamar, M. et Valdés Fernandez, F., « Les objets égyptiens en cristal de roche dans Al-Andalus », in Barrucand, M. (dir.), L’Égypte fatimide, Paris, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 1999, p.367-381

Trésors fatimides du Caire, catalogue d’exposition, Paris, Institut du monde arabe, 1998

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE:

Bernus-Taylor, M. (dir.), Les Andalousies, de Damas à Cordoue, Institut du monde arabe-Hazan, Paris, 2001, p. 174, fig.204

(source: Qantara)