Francis Bacon, Portrait de Michel Leiris, 1976

Francis Bacon, Portrait de Michel Leiris, 1976. Courtesy Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris, © The Estate of Francis Bacon/All rights reserved/Adagp, Paris 2014, © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Bertrand Prévost

METZAu croisement de l'art, de la littérature et de l'ethnographie, l'exposition consacrée à Michel Leiris (1901-1990) est la première grande exposition dédiée à cet intellectuel majeur du XXe siècle. Pleinement mobilisé par les questionnements et idéaux de son temps, Michel Leiris fut tout à la fois poète, écrivain autobiographe, ethnographe de métier et ami intime des plus grands artistes et écrivains de son temps.

Man Ray, Michel Leiris, vers 1930

Man Ray, Michel Leiris, vers 1930. Courtesy Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris, © Man Ray Trust/Adagp, Paris 2014, © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Guy Carrard

À travers près de 350 œuvres dont de nombreux chefs-d'œuvre des artistes qui lui furent proches (Joan Miró, André Masson, Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Wifredo Lam, Francis Bacon, etc.), des objets et œuvres d'art africains et antillais, ainsi qu'un riche corpus d'archives et documents originaux (manuscrits, livres, films et musique), il s'agit non seulement de rendre compte des multiples facettes de la figure de Leiris, de ses passions et de ses engagements, mais également de souligner le caractère novateur de son œuvre et la pertinence de sa pensée: Michel Leiris est devenu, dans le contexte de la mondialisation et des études postcoloniales, une référence contemporaine essentielle. 

Wifredo Lam, Le bruit, 1943 

Wifredo Lam, Le bruit, 1943. Courtesy Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris, © Adagp, Paris 2014

Influencé dès l'enfance par Raymond Roussel et se situant en marge du surréalisme, Michel Leiris s'éloigne du mouvement pour rejoindre la revue dissidente Documents autour de Georges Bataille. La quête de sa propre identité s'associe à une soif de dépaysements et d'altérité. Il s'initie aux méthodes de la recherche ethnographique en participant, en tant qu'archiviste, à la première mission ethnographique française en Afrique, conduite par Marcel Griaule: la «mission Dakar-Djibouti» (1931-1933), au cours de laquelle il écrit L'Afrique fantôme, hybride de journal de terrain et de récit autobiographique. 

Joan Miró, Baigneuse, 1924

Joan Miró, Baigneuse, 1924. Courtesy Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris, © Successió Miró/Adagp, Paris 2014, © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Jean-François Tomasian

Après la guerre, il se rend aux Antilles en compagnie d'Alfred Metraux, qui lui fait découvrir les rites vaudou. Aficionado de corrida, il est tout autant passionné de jazz, d'opéra et de spectacle, qui sont pour lui des «terrains de vérité». Devenu ethnographe professionnel, africaniste au Musée de l'Homme, il est à l'initiative du premier ouvrage sur la Création plastique de l'Afrique noire. 

Son œuvre littéraire compte parmi les plus novatrices du siècle dernier: auteur de L'Âge d'homme et des quatre volumes de La Règle du Jeu, Michel Leiris a révolutionné le genre de l'autobiographie. 

Pablo Picasso, Portrait de Michel Leiris, 1963

Pablo Picasso, Portrait de Michel Leiris, 1963. Courtesy Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris, © Succession Picasso, 2014 © Adagp, Paris 2014.

Poète explorateur passionné des jeux de langage, il revendique aussi pour la littérature une esthétique du risque («De la littérature considérée comme une tauromachie»). 

Engagé dès les premières heures dans la lutte anticoloniale et antiraciste, devenu homme public et militant, il reste avant tout écrivain solitaire.  

Michel Leiris est inclassable: figure libre éminemment complexe et paradoxale, sa modernité s'impose aujourd'hui encore plus qu'hier. 

Metz. Centre Pompidou-Metz. 03 avril-14 sept. 2015