Thé, café ou chocolat Affiche

Thé, café ou chocolat ? Affiche

PARIS - Louées pour leurs vertus médicales et thérapeutiques, les boissons dites « exotiques », introduites au XVIIe siècle en Europe, ont été associées aux plaisirs et aux sociabilités du XVIIIe siècle. La consommation des boissons issues du cacaoyer, du caféier et du théier – plantes exogènes à l’Europe – ont fait partie intégrante des usages de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie dès leurs introductions officielles auprès des cours d’Europe. En tant que matière importée, leur coût d’achat classe aux XVIIe et XVIIIe siècles le thé, le café et le chocolat parmi les produits de luxe et de prestige.

Leur consommation s’est matérialisée dans l’apparition de mobiliers et de « nécessaires » ou « services » produits dans les manufactures. Elle a aussi permis l’existence de lieux de consommation publique, - les cafés -, et de nouvelles pratiques de table, tel le petit déjeuner et le goûter, qui se diffusent progressivement dans la société. 

Organisée autour de trois axes – « Vertus et dangers des boissons exotiques », « Cercles de consommation » et « Nouveaux services » –, cette exposition propose une nouvelle lecture de ces breuvages entrés dans les rituels du quotidien, en présentant des œuvres de nombreux artistes emblématiques du XVIIIe siècle comme Boucher ou Chardin mais aussi plus de 120 objets ; tasses, litrons, trembleuses, théières à pâtes, cafetières-verseuses ou gobelets-cornets à deux anses… 

Objets de curiosité, les plantes et produits exotiques sont des cadeaux diplomatiques précieux, dans une cour fascinée par les coutumes orientales. Introduites durant la seconde moitié du XVIIe siècle, consommées alors en tant que « liqueurs » ou boissons chaudes, ces trois composantes indissociables des repas sont considérées en France comme des produits de luxe au moment de leur arrivée.

Le Chocolat

Rapportées par Cortez à Charles Quint en 1524, les fèves de cacao sont jusqu’au XVIIe siècle sous monopole de l’empire des Habsbourg. Leur culture et leurs secrets de fabrication se propagent néanmoins rapidement dans toute l’Europe et dans les colonies des autres puissances européennes. Les deux mariages royaux franco-hispaniques (Louis XIII et Anne, Louis XIV et Marie-Thérèse) permettent à cette nouvelle boisson qu’est le chocolat chaud d’être connue à la cour du roi de France. Quoique non apprécié par Louis XIV, le cacao commence à être cultivé dans les Antilles françaises dans ces mêmes années et la première cargaison officiellement française de fèves est livrée à Brest en 1679.

Musée Jacquemart-André, Chaalis, La tasse de chocolat, Jean-Baptiste Charpentier

Jean-Baptiste Charpentier, La tasse de chocolatMusée Jacquemart-André, Chaalis© DR

Le Café

Si les tout premiers consommateurs de café sont des voyageurs revenus avec dans leurs bagages les matières premières et les ustensiles de préparation, à titre de curiosités dans les années 1640, son usage se répand essentiellement durant les décennies suivantes dans le milieu des marins ayant connu les escales orientales. Il faut attendre 1669, pour qu’un événement d’importance se déroule, installant le café à une place toute particulière : l’« ambassade » de Soliman Aga Mustapha Raca, émissaire de Mehmet IV, sultan de l’Empire ottoman, provoque la curiosité de l’aristocratie en accueillant ses hôtes à la mode turque : « De jeunes et beaux esclaves, habillés d’un riche costume turc, présentaient aux dames de riches serviettes damassées garnies de franges d’or et servaient le café dans des tasses de porcelaine fabriquées au Japon. » Cet évènement marque la conquête de cette boisson noire, décoction de graines de café torréfiées, sucrée à convenance et servie dans des pièces de porcelaine chinoise et d’orfèvrerie. Les maisons de café qui ouvrent à Paris dans les années suivantes répondent à l’engouement pour cette boisson énergisante qui stimule l’intellect.

Jean-Baptiste-André Gautier d’Agoty, Jeanne Bécu, Comtesse du Barry et Zamor qui lui apporte une tasse de café

Jean-Baptiste-André Gautier d’Agoty, Jeanne Bécu, Comtesse du Barry et Zamor qui lui apporte une tasse de café. Château de Versailles© RMN-Grand Palais Gérard Blot

Pertu de Rosemond, La Culture du café à l’île Bourbon

Pertu de Rosemond, La Culture du café à l’île BourbonMusée du Quai Branly. © DR

Martin Aisnez, Moulin à café

Martin Aisnez, Moulin à caféMusée le Secq des Tournelles© DR

Chabry fils et Chauveaux aîné, Tasse litron et soucoupe

Chabry fils et Chauveaux aîné, Tasse litron et soucoupe© Eric Emo Musée Cognacq-Jay Roger-Viollet

Chabry fils et Chauveaux aîné, Soucoupe

Chabry fils et Chauveaux aîné, Soucoupe© Eric Emo Musée Cognacq-Jay Roger-Viollet

Le Thé

Le thé, avec son mode de préparation simple par infusion, ne rencontre pas le même succès. En effet il n’entre véritablement dans les pratiques européennes qu’en suivant le développement de la route maritime des Indes sous l’impulsion des Anglais. Avec un commerce contrôlé par ses ennemis, la France ne manifeste qu’un intérêt modéré pour le thé, lourdement taxé et donc excessivement coûteux. Cette boisson aurait pourtant pu constituer le pendant de l’expérience du café, mais il faut attendre la seconde moitié du XVIIe siècle pour constater un succès dans les élites aristocratiques, grâce à l’adoption progressive de codes vestimentaires, gustatifs ou décoratifs provenant d’Angleterre.

Charles-Etienne Leguay, Modèle d’une théière à pâte dure de Sèvres

Charles-Etienne Leguay, Modèle d’une théière à pâte dure de Sèvres© Musée Carnavalet Roger-Viollet

Gobelet cornet à deux anses

Gobelet cornet à deux anses© Eric Emo Musée Cognacq-Jay Roger-Viollet

Table en cabaret

Table en cabaret© Stéphane Piera Musée Carnavalet Roger-Viollet

27 mai > 27 septembre 2015 - museecognacqjay.paris.fr