C-Curve © Tadzio

Anish Kapoor, "C-Curve" © Tadzio

PARIS.- Anish Kapoor est l’artiste qu’a choisi Catherine Pégard pour l’été 2015 à Versailles. Sculpteur aux créations très diverses, toujours intrigantes, souvent déstabilisantes, il va déployer un choix de ses œuvres, dont plusieurs inédites, principalement dans les jardins, mais aussi pour la première fois, depuis que les artistes contemporains sont invités à exposer à Versailles, dans l’historique salle du Jeu de Paume avec une installation spectaculaire.

Le public français a pu découvrir au Grand Palais en 2011 le gigantesque Leviathan d’Anish Kapoor, une immense structure gonflable pénétrable à l’intérieur de sa sombre membrane comme visible de l’extérieur, provoquant une expérience physique autant qu’un choc esthétique pour tous ceux qui y ont été confrontés. 

Sky Mirror © Tadzio

Anish Kapoor, "Sky Mirror" © Tadzio

À Versailles, Kapoor intervient avec un projet entièrement pensé pour ces espaces chargés d’histoire et dont l’ensemble de son exposition veut s’imprégner. Tout autant que le génie de Le Nôtre, ce sont donc les épisodes historiques ayant traversé ces lieux prestigieux qui ont suscité ses interventions dans la perspective du grand canal, mais aussi dans les bosquets et au Jeu de Paume.

Né à Bombay (aujourd’hui Mumbai), Anish Kapoor est l’un des artistes britanniques majeurs de sa génération. Ses origines indiennes ont fortement marqué les débuts de son œuvre de sculpteur. Les premières œuvres, au début des années 80, se caractérisaient par l’application de poudres de pigment aux couleurs vives débordant au sol, rouges, jaunes ou bleus intenses. Les formes énigmatiques qu’elles recouvraient pouvaient évoquer de petites architectures imaginaires, ou encore des sortes de végétaux. Ces premières sculptures ont pu identifier Kapoor dès le début comme un artiste associant un certain héritage minimaliste aux formes naturelles et organiques qu’il n’a ensuite cessé de développer.

Sectional Body preparing for Monadic Singularity © Tadzio

Anish Kapoor, "Sectional Body preparing for Monadic Singularity" © Tadzio

Le pigment est resté un matériau souvent utilisé par l’artiste qui accorde à la couleur une importance rare chez les sculpteurs. Il a pu le déposer à l’intérieur de cavités creusées dans la pierre, contribuant ainsi à créer un vide mystérieux que le spectateur ne sait comment appréhender. De même, lorsqu’il utilise des miroirs courbes et polis sur de grandes dimensions, comme par exemple le Sky Mirror, l’architecture ou le paysage qui s’y reflètent traduisent un monde instable et changeant, déconstruisant l’espace environnant. Homi K. Bhabha a pu parler à leur sujet d’ “œuvres insaisissables”.

La fascination que l’on peut éprouver face à ces sculptures va de pair avec un sentiment d’inquiétante étrangeté. «Je ne veux pas réaliser une sculpture qui ne soit qu’une forme, cela ne m’intéresse pas vraiment. Ce que je veux faire, c’est une sculpture qui traite de la croyance, de la passion ou de l’expérience» a déclaré Kapoor . 

Descension © Tadzio

Anish Kapoor, "Descension" © Tadzio

Exposer le vide, insister sur les contrastes, expérimenter de nouveaux matériaux en prenant parfois le risque d’une certaine violence dans le résultat caractérisent la sculpture de Kapoor. Attiré par tout ce qui se rattache au corps, il s’intéresse à la face cachée des objets, au négatif de la forme. Le spectateur est parfois invité à pénétrer dans les sculptures qui se présentent alors comme des architectures, à en vivre l’intériorité et à voir révélés leurs surprenants espaces dissimulés depuis l’extérieur. 

L’expérience à laquelle il aspire, l’artiste peut aussi la proposer avec des matériaux chargés comme la cire grasse de couleur rouge sang qui renvoie à la chair et aux entrailles. Tel est le cas de Shooting into the Corner, une installation qui sera montrée en France pour la première fois. Evocatrice sans jamais figurer la réalité, la sculpture de Kapoor est “paysage du corps ”. Les oppositions entre le brut et le poli, le plein et le vide, la masse et l’absence de masse caractérisent sa démarche.

Shooting into the Corner © Tadzio

Anish Kapoor, "Shooting into the Corner" © Tadzio

Artiste de la monumentalité, dont les réalisations dans des espaces publics sont déjà nombreuses et particulièrement frappantes, de Chicago à Jérusalem, Kapoor aborde Versailles avec ambition et lucidité, reprenant à travers les sculptures rassemblées quelquesuns des thèmes qui ont alimenté l’imaginaire des siècles qui se sont écoulés dans ces lieux: la magie des ruines, l’énergie des eaux mouvantes, la force symbolique du soleil, le secret des bosquets, le reflet des miroirs, la conquête de la liberté. 

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Mr. Kapoor at Versailles© Tadzio

PARIS.- Anish Kapoor is the latest contemporary artist to be invited to exhibit in the grounds of the Palace of Versailles, throughout the summer of 2015. While Lee Ufan in 2014 entered into dialogue with the famous architect of the gardens, André Le Nôtre, Kapoor brings a more political perspective on power and its depiction to Versailles, as the palace celebrates the tercentenary of Louis XIV’s death. 

Kapoor’s works intervene in the precise and manicured gardens designed by Le Nôtre, excavating red gashes and piles of rocks and leading visitors to a giant whirlpool (Descension, 2015), a violently swirling and yet perfectly geometrical vortex. He has further disrupted the sloping vistas of Versailles with a colossal flaring tunnel, entitled Dirty Corner (2011-15), made from Corten steel. Among the other works on the terraces are the reflective C-Curve (2007) that turns the world upside down and a raised, tilted Sky Mirror (2013), bringing the sun itself down into the landscape of Versailles. 

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Anish Kapoor, "Descension", 2014Kapoor Studio and Kamel Mennour / Photo: Fabrice Seixas

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Anish Kapoor, "C-Curve", 2007. Kapoor Studio / Kamel Mennour and Lisson Gallery / Photo: Fabrice Seixas

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Anish Kapoor, "Sky Mirror", 2013Kapoor Studio / Kamel Mennour and Lisson Gallery / Photo: Fabrice Seixas

Kapoor is the first invited artist to stage a monumental work in the nearby Jeu de Paume, the scene of the famous Tennis Court Oath of 1789 that proved pivotal in the early days of the French Revolution and of democracy itself. Here Kapoor has installed his wax-firing weapon, Shooting into the Corner (2008-09), as a symbol of “undeclared war” as he describes it in conversation with Julia Kristeva: “The gun and the corner are two unavoidable sides of the same equation. They need each other. Like the state and the citizen or the lover and the beloved… Painting is a witness. Painting is the evidence left over after carnage.”  

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Anish Kapoor,  "Shooting into the Corner", 2008-9, Kapoor Studio / Tadzio

"For Anish Kapoor, a work of art doesn’t exist alone but through its viewer. The visitor at Versailles will witness the dualities of artist’s work: heaven and earth, visible and invisible, inside and outside, shadow and light… This universe can be read through experience and imagination. The originality of this exhibition, what makes it unique, even to those who have long been familiar with Kapoor’s work around the world, is that in Versailles his vision meets an imagination set in stone by history. The very controlled landscape of Versailles is drawn into instability. The grounds become uncertain and moving. Waters swirl. Romantic ruins take hold of the Tapis Vert. Exposed interior orifices are hidden within the garden’s labyrinths. The mirrors that are so central to Versailles now distort it. This world is perhaps about to tip over. It is not by chance that Anish Kapoor was the first to push open the door to the Jeu de Paume, which he considers as a work of art in itself, to exhibit his installation. Anish Kapoor draws us into a hidden history, within the boundaries of Versailles. " ---Catherine Pégard, President of the Palace of Versailles.

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Anish Kapoor,  "Sectional Body Preparing for Monadic Singularity", 2015Kapoor Studio / Kamel Mennour and Lisson Gallery / Photo: Fabrice Seixas