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Fragonard amoureux : Affiche

PARIS - Le dix-huitième siècle fut, selon les frères Goncourt, celui de la séduction et de l’intrigue amoureuse, dont Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) aurait été le principal illustrateur, voire le principal agent. L’inspiration amoureuse parcourt en effet l’œuvre protéiforme et généreuse du « divin Frago », depuis les compositions champêtres de ses débuts jusqu’aux allégories amoureuses qui occupèrent la fin de sa carrière. Tour à tour galant, libertin, audacieusement polisson ou au contraire soucieux d’une nouvelle éthique amoureuse, son art traverse avec fougue et élégance un demi-siècle de création artistique, se renouvelant sans cesse pour mieux saisir les subtiles variations du sentiment et de l’impulsion amoureuse.

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Jean-Honoré Fragonard, "Le Colin-Maillard", vers 1754-1756, huile sur toile, 116,8 x 91,4 cm, Toledo, toledo Museum of Art, don Edward Drummond Libbey, © Toledo Art Museum

Mettant pour la première fois en lumière l’œuvre de Fragonard à travers ce prisme amoureux, l’exposition du Musée du Luxembourg s’ouvre sur le mitan du XVIIIe siècle, époque où l’esprit des Lumières est profondément marqué par le sensualisme venu d’Angleterre. La question de l’articulation délicate de la sensualité et du sentiment est alors au cœur des préoccupations philosophiques, littéraires et artistiques. Fortement imprégné de ces questionnements au sortir de l’atelier de François Boucher, le jeune Fragonard apporte déjà aux « bergeries » et compositions mythologiques à la mode une sensibilité neuve, empreinte de sensualité certes, mais qui outrepasse la stricte stratégie libertine. Parallèlement, l’étude des maîtres flamands le fait passer d’un érotisme sophistiqué à des scènes campagnardes dont la dimension charnelle est pleinement assumée, comme dans Le Baiser gagné du Metropolitan Museum. Brillant illustrateur des Contes très «libres» de La Fontaine, Fragonard fait preuve, comme son confrère le miniaturiste libertin Pierre-Antoine Baudoin, d’une audace qui rencontre souvent celle de nombre d’écrivains et intellectuels progressistes de son temps, tel le Diderot des Bijoux indiscrets ; en témoignent, avec une vigueur certaine bien qu’allusive, les œuvres « secrètes » pour amateurs licencieux du tournant des années 1760 qui participèrent à édifier l’image d’un Fragonard libertin, peintre des boudoirs et autres scènes d’alcôves. Cette inspiration friponne trouve une grande variété d’expression, de la polissonne Feinte résistance du Nationalmuseum de Stockholm jusqu’au sensuel mais délicat Baiser (collection particulière). Parallèlement à cette liberté d’esprit – voire cette licence – Fragonard s’emploie à renouveler, avec une grande poésie, le thème de la fête galante hérité de Watteau, comme en témoigne l’atemporelle Île d’amour prêtée par la Fondation Calouste Gulbenkian. Plus tard dans le courant des années 1770 et 1780, dans la continuité du célèbre Verrou du musée du Louvre et alors que Les Liaisons dangereuses de Laclos sonnent le glas de l’inspiration libertine en littérature, son art connait un tournant décisif en explorant le sentiment amoureux véritable, au travers d’allégories emportées par un lyrisme des plus délicats. Avec une infinie subtilité, Fragonard touche alors à la dimension mystique de l’amour profane, aux sources de ce que sera « l’amour romantique ».

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Jean-Honoré Fragonard, "L'Enjeu perdu ou Le Baiser gagné", vers 1759-1760, huile sur toile, 48,3 x 63,5 cm, New York, The Metropolitan Museum, don de Jessie Woolworth Donahue, 1956, © The Metropolitan Museum of Art, dist. Rmn-Grand Palais / image of the MMA

L’inlassable approfondissement de la thématique amoureuse par Fragonard est présenté au Musée du Luxembourg à travers une sélection exceptionnelle de plus de 80 œuvres célèbres ou plus confidentielles, prêtées par les plus prestigieuses collections d’Europe et des Etats-Unis. Le parcours fait la part belle à l’œuvre peinte, mais aussi au prodigieux talent de dessinateur de Fragonard, ainsi qu’à son ambitieuse mais contrariée carrière d’illustrateur, avec les dessins qu’il réalisa pour les Contes de La Fontaine (prêt exceptionnel du musée du Petit Palais) et le Roland furieux de l’Arioste. Tout au long de ce parcours, les œuvres de Fragonard sont mises en regard avec celles de certains de ses contemporains avec qui il noua un dialogue fécond autour de la représentation du sentiment amoureux : François Boucher bien sûr, mais aussi Pierre-Antoine Baudouin, Jean-Baptiste Greuze ou encore les illustrateurs Charles Eisen et Jean-Michel Moreau le jeune ainsi que les écrivains Diderot, Rousseau, Crébillon ou Claude-Joseph Dorat.

16 septembre 2015 - 24 janvier 2016

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Jean-Honoré Fragonard, "La Résistance inutile", vers 1770-1773, huile sur toile, 45 x 60 cm, Stockholm, Nationalmuseum, © Nationalmuseum, Stockholm

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Jean-Honoré Fragonard, "Le billet doux ou La Lettre d'amour", vers 1775, huile sur toile, 83,2 x 67 cm, New York, The Metropolitan Museum, collection Jules S. Bache, 1949, © The Metropolitan Museum of Art, dist. Rmn-Grand Palais / image of the MMA

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Jean-Honoré Fragonard, "Psyché montre à ses soeurs les présents qu’elle a reçus de l’Amour", vers 1753, 168,3 x 192,4 cm, huile sur toile. © The National Gallery, Londres, Dist. Rmn-Grand Palais / National Gallery photographic department.

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Jean-Honoré Fragonard, "Le Verrou", vers 1777-1778, huile sur toile, 74 x 94 cm, Paris, musée du Louvre, département des Peintures, © Photo Rmn-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet.