Paris – Artcurial organise sa vente Art Déco le 24 novembre prochain. Cette vacation proposera 140 lots signés par les grands maîtres de la décoration du XXe siècle : René Lalique, Alberto Giacometti, Alfred-Auguste Janniot, André Groult, Jean-Michel Frank ou encore Jacques-Émile Ruhlmann seront ainsi à l’honneur. Plusieurs ensembles remarquables seront dispersés. On peut notamment distinguer : deux pièces exceptionnelles de René Lalique ; un lampadaire Figure d’Alberto Giacometti ayant appartenu à Madame Frédérique Tison, muse et compagne du peintre Balthus ; mais également du mobilier de Jacques-Emile Ruhlmann dont une commode en loupe d’Amboine et ivoire provenant de la collection Thierri-Jeanbloch.

Autre grande signature de cette période, Auguste Janniot figure dans cette vacation avec une rare sculpture Tête de nymphe (estimée 15 000 – 20 000 € / 16 500 – 22 000 $), modèle à rapprocher de la nymphe de droite du groupe dit L’Hommage à Jean Goujon réalisé pour l’entrée de l’Hôtel du Collectionneur de Jacques Emile Rulhmann lors de l’Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925 (aujourd’hui conservé à la fondation Calouste-Gulbenkian à Lisbonne).

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 Alfred-Auguste Janniot (1889 - 1969)"Tête de nymphe", circa 1925. Estimation 15 000 – 20 000 € / 16 500 – 22 000 $. Photo Artucial

épreuve en marbre rose, taille directe. Traces de polychromie. Signée. Haut. : 36,5 cm (14.37 in.) 

Historique : Nous pouvons rapprocher notre sculpture de la Nymphe de droite de l'hommage à Jean Goujon exposé devant l'Hôtel du Collectionneur de Jacques Émile Ruhlmann à l'Exposition Internationale de Paris en 1925 (voir la reproduction ci-dessous). 

Bibliographie : Michel Giraud & Fabienne Fravalo,Alfred Janniot propos mythologiques et moderne, Galerie Michel Giraud éditions,Paris, 2006, p. 35 pour un bronze à rapprocher de notre marbre.

RENE LALIQUE

La vente débutera par trois pièces exceptionnelles signées René Lalique, dont deux bijoux. En mai dernier, Artcurial adjugeait frais compris 232 400 € / 253 316 $, une rare boîte ronde modèle au lierre de René Lalique, soit plus de 20 fois son estimation.

René Lalique est un artiste inclassable. L’inventeur du « bijoux moderne », comme le qualifiait Emile Gallé, oscille dans ses créations entre les lignes de l’art nouveau et un bestiaire fantastique aux femmes ailées et aux reptiles les plus menaçants. Le collier aux libellules proposée à la vente (estimation : 40 000 – 50 000 € / 44 000 – 55 000 $) explore l’un de ses thèmes fétiches. Les représentations de l’insecte lui permettent de déployer sa technique du plique-à-jour pour laquelle il est si réputé. Souvent enlacées ou accrochées à une pierre les libellules virevoltent et donnent une impression d’instantanéité de la pose, prête à repartir vers d’autres aventures, mélange raffiné entre leur vie terrestre et aquatique.

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René Lalique (1860 - 1945), "Collier aux libellules", circa 1900. Estimation : 40 000 – 50 000 € / 44 000 – 55 000 $. Photo Artcurial

à corps en plique-à-jour rehaussé d'émaux au naturel vert et turquoise, aigue-marine et or 18K (en règle) ornement de diamants de taille ancienne et taillés en roses. Chaîne d'origine à fins maillons tubulaires entièrement émaillés turquoise (infimes manques). Coffret d'origine. Signé au dos du sertissage de la pierre et à l'intérieur du coffret. Motif central : 4 3 6,5 cm (1.57 3 2.56 in.) 

BibliographieSigrid Barten, René Lalique Schmuck und Objets d'art 1890-1910, Prestel, Munich, 1977, p. 343-345 pour des dessins de bijoux représentant des libellules. 

La vente proposera un second bijou de l’artiste, reptilien cette fois-ci : un collier aux deux serpents (estimation : 25 000 – 30 000 € / 27 500 – 33 000 $).

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René Lalique (1860 - 1945),  Collier "Deux serpents", circa 1900. Estimation : 25 000 – 30 000 € / 27 500 – 33 000 $Photo Artcurial

Collier ras de cou en or 18K (en règle) à deux têtes de serpents gueules ouvertes cernant un saphir taille coussin serti clos. Émail rosé (manque) figurant les écailles des serpents, et collier de perles (rapporté). Signé sur le fermoir. Motif central : 4 3 7 cm (1.57 3 2.76 in.) 

Historique : Le motif central des deux serpents fut monté postérieurement sur le collier en perle. 

Bibliographie : Sigrid Barten, René Lalique Schmuck und Objets d'art 1890-1910, Prestel, Munich, 1977, n°338 pour un dessin similaire avec deux caméléons entourant une pierre ovale (reproduit ci-dessous). 

Mais René Lalique n’est pas simplement joaillier, au tournant du siècle il créé des pièces d’orfèvrerie qui lui valent de nombreuses récompenses lors des Salons ou manifestations universelles de l’époque. Réalisées en très petite série pour ne pas dire qu’il ne s’agisse que de pièces uniques, ces créations lui permettent d’exprimer ses dynamiques d’insectes et de personnages à une échelle plus importante. Les corps d’hommes entrelacés en argent de 1903-1905 que nous proposons à la vente en sont un parfait exemple (estimation : 50 000 – 60 000 € / 55 000 66 000 $). La sculpture est réalisée comme une pièce d’orfèvrerie pour être monté en centre de table. Une pièce similaire est conservée dans les collections des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

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René Lalique (1860 - 1945),  "Corps d’hommes entrelacés"circa 1903-1905. Estimation : 50 000 – 60 000 € / 27 500 – 33 000 $. Photo Artcurial

Sujet en argent massif. Signé " R. Lalique ". Haut. : 5 cm (1.97 in.) - Diam. : 19 cm (7.48 in.) - Poids brut : 1 425 g. En règle. 

Historique : L'œuvre est réalisée en 1903 pour être une sculpture en propre ou un centre de table avec sa coupe en marbre vert cerclée d'argent. Une pièce similaire formant centre de table est conservée dans les collections des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, sous le numéro d'inventaire GC-109. 
L'œuvre, entrée en 2006 par dation d'Anne-Marie et Roland Gillion Crowet,avait été achetée à M. Félix Marcilhac. 

Bibliographie : Sigrid Barten, René Lalique Schmuck und Objets d'art 1890-1910, Prestel, Munich, 1977, modèle référencé et reproduit sous le n° 1689. 

OBJETS DECORATIFS ET MOBILIER

La vente comprendra également un ensemble d’objets décoratifs provenant d’une collection privée constituée dans les années 70 auprès des plus grands marchands d’Art Déco. On notera notamment une précieuse table à secret d’André Groult (estimation : 30 000 – 40 000 € / 33 000 – 44 000 $) variante de celle réalisée pour Jacques Doucet actuellement présentée à l’exposition « Jacques Doucet – Yves Saint Laurent : Vivre pour l’Art » mais aussi des vases et boîtes en laque signées Jean Dunand ainsi que de rares boîtes émaillées de Jean Goulden.

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André Groult (1884 - 1966)  & Adolphe Chanaux  (1887 - 1965), Table à secret, circa 1915-1920. Estimation : 30 000 – 40 000 € / 33 000 – 44 000 $. Photo Artcurial

Historique : Jacques Doucet commanda une table d'un modèle similaire à André Groult pour son appartement de l'avenue du Bois à Paris qu'il installera par la suite dans son studiorue Saint-James à Neuilly. 

Provenance : 
Acquis en 1975 à la galerie Dépôt 30 (galerie Vallois), rue Saint Denis à Paris. 

Bibliographie : 
André Joubin, " Le studio de Jacques Doucet ", L'Illustration, Paris, 1929 pour une photographie en couleur du salon du couturier. 
Félix Marcilhac, André Groult, Les éditions de l'Amateur, Paris, 1997, p. 70 pour le modèle ayant appartenu à Jacques Doucet. 
Jérôme Neutres, Jacques Doucet Yves Saint Laurent vivre pour l'art, Flammarion, Paris, 2015, p. 88 pour le modèle ayant appartenu à Jacques Doucet. 

Spécimen réalisé dans de l'ivoire d'Eléphant spp (Elephantidae spp) (I/A) pré-convention, spécimen conforme au Regle CE 338/97 du 09/12/1996 art.2-W mc, spécimen antérieur au 01/06/1947. Des restrictions ou interdictions à l'importation peuvent s'appliquer. Pour une sortie de l'UE, un CITES de ré-export sera nécessaire, celui-ci étant à la charge du futur acquéreur. 

Nous remarquerons également dans cette vente une ménagère en argent de 247 pièces, modèle Monaco, créé en 1925 par Jean Puiforcat. (estimation : 40 000 – 60 000 € / 44 000 – 66 000$).

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Jean Puiforcat (1897-1945), Ménagère Monaco - Modèle créé en 1925. Estimation : 40 000 – 60 000 € / 44 000 – 66 000$. Photo Artcurial

Notre modèle réalisé circa 1935, en argent massif, chiffré en défonce ou gravé (couteaux) sur chaque couvert "SC", 
se composant de 247 pièces: 
- trente grands couteaux 
- trente grandes fourchettes 
- quinze cuillers à potage 
- quinze couteaux à poisson 
- quinze fourchettes à poisson 
- deux couverts de service à poisson 
- quinze fourchettes à dessert 
- quinze cuillers à dessert 
- quinze cuillers à glace 
- quinze petites fourchettes 
- trente couteaux à fromage 
- vingt-quatre cuillers à moka 
- une pince à sucre 
- deux grandes cuillers de service 
- quatre petites cuillers de service 
- quatre fourchettes de service 
- trois couteaux de service à fromage 
- deux pelles à tarte 
- une cuiller saupoudreuse 
- deux couteaux à beurre 
- deux petites louches 
- cinq couverts de service (une grande louche, deux petites louches, une grande fourchette, 
une grande cuiller). 
Dans leurs écrins d'origine gainés de cuir et signés Puiforcat. 
Poinçon d'argent Minerve et poinçon du maître-orfèvre sur chaque pièce. 
Poids brut total : 17,122 kg. 

Provenance: Offert en 1935 en cadeau de mariage aux parents de l'actuel propriétaire. 

Historique: Modèle créé pour l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels moderne de 1925 à Paris et présenté à cette occasion. 

Bibliographie: Françoise de Bonneville, Jean Puiforcat, Éditions du Regard, Paris, 1986, 
modèle référencé et reproduit p. 250. 
Yvonne Brunhammer, Cinquantenaire de l'Exposition de 1925, Musée des Arts décoratifs, Paris, 1976, modèle référencé et reproduit p. 101. 

On peut également citer une jardinière Bacchus et Ariane à Naxos de 1891 de Louis-Robert Carrier-Belleuse (estimation : 3 000 – 4 000 € / 3 300 – 4 400 $). 

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Louis-Robert Carrier-Belleuse (1848 - 1913) & Choisy-le-RoI (faïencerie)Jardinière "Bacchus et Ariane à Naxos", 1891. Estimation : 3 000 – 4 000 € / 3 300 – 4 400$. Photo Artcurial

en faïence de Choisy-le-Roi à corps ovoïde et col évasé (restaurations) à deux anses latérales détachées sur talon en gradin (éclats). Décor en bas-relief figurant Bacchus sur sa monture entouré de bacchantes et de putti d'une part et d'Ariane entourée d'une farandole de putti d'autre part surmontant une frise de feuilles de vigne en partie basse. Anses à corps imitant des ceps de vigne. Émaux polychromes au naturel. Marqué " 1511 OR ", daté 24.10.(18)91 et tampon de la manufacture de Choisy-le-Roi. Haut. : 46 cm (18.11 in.) 

Historique : Louis-Robert Carrier-Belleuse est nommé directeur des travaux d'art de la faïencerie de Choisy-le-Roi en 1890. La Manufacture de Choisy-le-Roi joue un rôle important au 19e siècle dans le domaine de la céramique d'art. Elle fait appel à des artistes de talent, tels Chaplet, Dammouse, Albert-Ernest et Louis-Robert Carrier-Belleuse et obtient de nombreuses récompenses aux Expositions Universelles.Notre jardinière peut être rapprochée du vase" Ronde d'enfants " conservé au Petit Palais à Paris réalisé vers 1894-1895.

Parmi les pièces de mobilier importantes, on trouvera une commode modèle Ducharne de Jacques-Emile Rulhmann, vers 1925 (estimation : 80 000 – 100 000 € / 88 000 – 110 000 $). Elle a été acquise par Madame Thierri-Jeanbloch dans les années 1970, afin de compléter l’ensemble de mobilier Ruhlmann qui avait fait l’objet d’une commande spéciale directement auprès de l’artiste en 1927.

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Jacques Emile Rulhmann (1879 - 1933), Commode modèle "Ducharne", circa 1925. Estimation : 80 000 – 100 000 € / 88 000 – 110 000 $. Photo Artcurial

en placage de ronce d'acajou flammé à corps quadrangulaire galbé ouvrant en façade par trois rangées de tiroirs à trois tiroirs chacune. Piètement d'angle à jambes galbées fuselées terminées en partie avant par des sabots d'ivoire. Prises et bouton de tirage en ivoire.Restaurations. Haut. : 96 cm (37.79 in.) - Long. : 145 cm (57.09 in.) - Prof. : 58 cm (22.83 in.) 

Provenance :Acquis par Madame Thierri-Jeanbloch, dans les années 70 lors d'une vente aux enchères parisienne afin de compléter l'ensemble de mobilier Ruhlmann qui avait fait l'objet d'une commande spéciale directement auprès de l'artiste en 1927. 

Historique :Modèle n° 2051NR du référencier de l'artiste. 

Bibliographie :Florence Camard, Ruhlmann, Éditions Monelle Hayot, Paris, 2009, modèle reproduit sur une photoraphie d'époque (voir reproduction ci-dessous). 

Spécimen réalisé dans de l'ivoire d'Eléphant spp (Elephantidae spp) (I/A) pré-convention, spécimen conforme au Regle CE 338/97 du 09/12/1996 art.2-W mc, spécimen antérieur au 01/06/1947. Des restrictions ou interdictions à l'importation peuvent s'appliquer. Pour une sortie de l'UE, un CITES de ré-export sera nécessaire, celui-ci étant à la charge du futur acquéreur. 

Citons encore un meuble de présentation de Jean-Michel Frank réalisé dans les années trente pour l’Institut Guerlain des Champs-Elysées à Paris. Le lampadaire modèle Figure d’Alberto Giacometti est lui probablement une pièce unique dans cette configuration. Il s’agit du premier modèle de ce type référencé par la Fondation Alberto et Annette Giacometti à ce jour.

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Jean-Michel Frank & Chanaux & Cie pour GUERLAIN 1893-1941 , Meuble de présentation. Estimation €100,000 - €120,000Photo Artcurial

en chêne brossé vernis et façade ornementée de croisillons de filets d'or, ouvrant par deux portes pleines sur un intérieur en miroir à deux étagères en verre (manquantes) amovibles et deux tiroirs. Tablette de présentation plaquée de miroir en partie basse. Pieds en gaine et entretoise de section carrée. Prises de tirage, bagues et sabots en bronze doré. Trace de signature Chanaux & Cie et trace de numéro " 15219 " (?). Haut. : 164 cm (64.57 in.) - Long. : 81 cm (31.89 in.) - Prof. : 29,5 cm (11.61 in.) 

Provenance : Institut de beauté Guerlain, 68 avenue des Champs-Elysées à Paris, entièrement décoré par Jean-Michel Frank, Alberto et Diego Giacometti et Christian Bérard, en 1939. 

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Alberto Giacometti (1901 - 1966)Lampadaire modèle "Figure". Estimation 80,000 - €100,000. Photo Artcurial

épreuve en bronze à patine brune rouge nuancée. Marqué " AG " et numéroté " 01 ". Haut. : 154,7 cm (60.9in.) 

Provenance : Madame Frédérique Tison, muse et compagne du peintre Balthus de 1953 à 1961. 

Historique : Ce lampadaire est probablement une pièce unique dans cette configuration (positionnement des trois anneaux plus haut sur le fût que sur le modèle habituel) ; il s'agit du premier modèle de ce type référencé par la Fondation Alberto et Annette Giacometti à ce jour. Cette pièce est référencée sous le n°3479 dans la base de données de la Fondation Alberto et Annette Giacometti. Elle est vendue avec un certificat en date du mois de juin 2015, et sera incluse dans le catalogue raisonné.