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Lot 92. Ecole Française de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, suiveur de Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XV en tenue de sacre, âgé de cinq ans. Huile sur toile, 194,5 x 141 cm. Estimation 100,000 — 150,000 €. Photo: Sotheby's.

NotesNous remercions Madame Ariane James-Sarazin pour les informations contenues dans cette notice.

Notre tableau est une reprise du Portrait de Louis XV (huile sur toile - 189 x 135 cm.) signé et daté 1715, conservé au musée du Château de Versailles (voir Musée National de Versailles, Catalogue, Les peintures, vol. II, Paris, 1995, n° 4260, reproduit p. 755).

Commandé par le Régent en septembre 1715, quelques jours à peine après le décès de Louis XIV, le portrait est présenté à la Cour en juin 1717. Louis XV (1710-1774) succède alors à son arrière – grand père Louis XIV, âgé de seulement cinq ans. Orphelin depuis l’âge de deux ans, il est élevé par Madame de Ventadour, avant de passer « aux hommes » en 1717. Il est couronné à Reims en 1722, mais il ne prend officiellement son titre de roi que le 15 février 1723, lorsqu’il atteint la majorité royale. Jusque cette date la régence est exercée par le duc d’Orléans.

Rigaud a peint le visage du roi à Vincennes. A partir de cette première image officielle il va mettre en place dès le début de 1716, deux portraits partiels en buste. Il va confier l’exécution des reprises à son atelier en raison de l’important volume de commandes. Les reprises du grand portrait officiel sont données quant à elles, conformément à l’usage, à l’Administration des Bâtiments du Roi, à partir de 1717. Le succès est tel qu’entre cette date et 1721, pas moins de vingt quatre répliques de fomats divers, vont être réalisées, destinées à différentes institutions du royaume.  

L’importance du portait royal en pied est liée à l’idée qu’il se substitue à la présence du monarque, donnant l’illusion de sa présence. La tradition des grands portraits royaux s’installe en France au XVIe siècle. En 1701, Hyacinthe Rigaud fixe, avec le Portrait de Louis XIV (Paris, Musée du Louvre), un prototype, utilisant un certain nombre de conventions représentatives de la monarchie absolue. Ce modèle sera repris par ses continuateurs tout au long du XVIIIe siècle. 

Rigaud adapte ici son modèle au jeune âge du roi. Afin de ne pas écraser un jeune enfant sous une mise en scène fastueuse, Louis XV est représenté assis. Une marche d’estrade au premier plan surélève le sujet, apportant de la profondeur et établissant une distance avec le spectateur, soulignant la majesté du personnage. La scène est sublimée par l’encadrement du drapé rouge et or symbolisant le dais royal. La colonne de droite évoque traditionnellement le pouvoir et la stabilité, de même que les instruments royaux, couronne et main de justice, disposés à gauche. 

Rigaud donne une image d’autorité au jeune monarque. Louis XV tourne la tête vers la droite, tenant le sceptre d’une main, pointant un doigt dans la même direction.

Bien qu’il ne soit pas encore sacré à Reims, il ne le sera qu’en 1722, Louis XV est revêtu de certains des atours du sacre, correspondant à quelques variantes près, aux règles fixées dès le XIIIe siècle. Une lettre d’août 1716, de la main du roi, demande au prieur de l’abbaye de Saint Denis, de prêter à Rigaud les emblèmes de la royauté nécessaires à la réalisation de notre portrait, à savoir les Regalia et le manteau bleu fleurdelisé inspiré de l’Antiquité. La couleur se réfère au bleu porté par le grand prêtre du Temple de Jérusalem selon la Bible et à la couleur du Christ et de la Vierge des Evangiles. Les fleurs de lys, emblème royal traditionnel, dispersées en semis, renvoyent aux étoiles du ciel, et par là, à l’origine sacré de la personne royale.  

Louis XV a revêtu le collier de l’ordre du Saint Esprit. Il en porte également le costume blanc des novices, tels qu’ils se présentent pour leur première audience auprès du roi. Cette association vêtement blanc et manteau bleu fleurdelysé a été utilisée par Rigaud une première fois pour son portrait de Louis XIV, et deviendra le canon utilisé par ses successeurs pour leurs portraits royaux tout au long des règnes de Louis XV et Louis XVI.

Hyacinthe Rigaud exécutera deux autres portraits de Louis XV. Un portrait en grand costume royal peint en 1721, commandé par Philippe V d’Espagne, conservé au Palais royal de Madrid. Un troisième portrait en pied, toujours en grand costume royal, peint entre 1727 et 1729, est conservé dans les collections du château de Versailles (voir Op. cit. supra, n° 4262, reproduit p. 755).

A partir de 1723, notre portrait fut largement diffusé par la gravure de Pierre Drevet réalisée en collaboration avec son fils Pierre Imbert. Graveurs habituels de Rigaud, ils commencèrent leur travail en 1719, et ne l’achevèrent qu’en 1723, donnant au visage de Louis XV l’aspect du portrait de Rigaud de 1723, afin de suivre son évolution en âge.

Bien qu’ayant rencontré une large faveur, le portrait de 1715 fut supplanté à partir de 1725 par celui de Jean - Baptiste Van Loo (Versailles – Musée du Château). Ariane James-Sarazin, après un examen du tableau, pense que notre tableau a sans doute été peint dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle par un copiste du Cabinet des tableaux de la surintendance des Bâtiments du roi et qu'il a été inachevé et complété au XIXe siècle sur la partie gauche (tenture, sceptre et couronne posés sur un tabouret), ainsi que sur la partie droite (colonne).

Sotheby's. Robert de Balkany, Rue de Varenne, Paris – Evening sale, Paris, 20 Sep 2016, 05:00 PM