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Camille Pissarro, "Le premier des impressionnistes" au musée Marmottan Monet. Affiche.

« Ce qui fait que sortons peut-être tous de Pissarro. Il a eu la veine de naître aux Antilles, là, il a appris le dessin sans maître. Il m’a raconté tout ça. En 65, déjà il éliminait le noir, le bitume, la terre de Sienne et les ocres. C’est un fait. Ne peins jamais qu’avec les trois couleurs primaires et leurs dérivés immédiats. Me disait-il. C’est lui, oui, le premier impressionniste.» Paul Cézanne, «Conversations avec Cézanne» - Propos rapportés par Joachim Gasquet initialement dans «Cézanne», Paris, 1921, P.M. Moran (éd.), Paris, Macula, 1978, p.121

PARIS - Le musée Marmottan Monet présente du 23 février au 2 juillet 2017 la première exposition monographique de Camille Pissarro organisée à Paris depuis près de quarante ans. Sélectionnés avec rigueur, soixante de ses plus beaux chefs-d’œuvre, dont huit exposés en France pour la première fois, proviennent des plus grands musées du monde et de prestigieuses collections privées. Cet ensemble remarquable retrace son parcours, de sa jeunesse dans les Antilles danoises jusqu’aux grandes séries urbaines de Paris, Rouen et Le Havre, dessinant un portrait méconnu du «premier des impressionnistes».

A l’entrée de l’exposition, l’autoportrait de Camille Pissarro accueille le visiteur. Sept sections retracent sa carrière et mettent en lumière l’originalité de son œuvre. Dès sa jeunesse, Pissarro se distingue de ses contemporains. Il est initié à la peinture dans les îles, loin de Paris et de l’académie des beaux-arts. Deux femmes causant au bord de la mer, 1856 (National Gallery of Art, Washington) prêté pour la première fois en France frappe par son exotisme et illustre ses débuts à nul autre pareil. 

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Camille Pissarro, Le Jardin à Maubuisson, Pontoise, vers 1867. Huile sur toile, 81, 5 x 100 cm, Prague, Národní galerie v Praze. Photo © 2016 National Gallery in Prague

Installé en France en 1855, Pissarro fait bientôt la connaissance des futurs impressionnistes. Comme eux, il se passionne pour le plein air et le paysage. Il s’inspire alors de Jean-Baptiste Camille Corot et de Charles-François Daubigny comme en témoigne l’éloquent Bords de la Marne, 1864 (Kelvingrove Art Gallery and Museum) venu de Glasgow. Poursuivant ses recherches près de Paris, il peint La Route de Versailles, Louveciennes, neige, 1870 (Stiftung Sammlung E.G. Bührle, Zurich) et La Route de Versailles, Louveciennes, soleil d’hiver et neige, 1870 (Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid) qui sont ici montrés pour la première fois en France. Pissarro est alors considéré par Émile Zola comme « l’un des trois ou quatre peintres de ce temps ». 

Premier à supprimer le noir et les ocres de sa palette, il évolue vers une peinture claire, typique de l’impressionnisme. Il sera l’un des membres les plus engagés du groupe et le seul à participer à leurs huit expositions. Plusieurs chefs-d’œuvre dont Le Déversoir de Pontoise, 1872 (Cleveland Museum of Art, Cleveland) et Place du Vieux-Cimetière, Pontoise, 1872 (Carnegie Museum of Art, Pittspurgh) qui n’ont pas été vus en France depuis plus de 35 ans témoignent de sa maturité et du triomphe de l’impressionnisme.

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Camille Pissarro, La Bergère dit aussi Jeune fille à la Baguette ou Paysanne assise. Vers 1881. Huile sur toile, 81 x 64, 7 cm. Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911. Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

A partir de 1883, Pissarro explore le thème de la figure et peint certaines de ses toiles les plus célèbres telles La Bergère dit aussi Jeune fille à la baguette ou Paysanne assise, vers 1881 (Musée d’Orsay, Paris) et Jeune Paysanne au chapeau de paille, 1881 (National Gallery of Art, Washington). En 1886, il évolue encore. Pissarro se détourne de l’impressionnisme et partage les recherches de Georges Seurat et des néo-impressionnistes. L’exposition présente les plus importants chefs-d’œuvre de cette période dont La Cueillette des pommes, 1886 (Ohara Museum of Art, Kurashiki) et La maison de la sourde et le clocher d’Éragny, 1886 (Indianapolis Museum of Art, Indianapolis). 

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Camille Pissarro, Jeune paysanne au chapeau de paille, 1881. Huile sur toile, 73, 4 x 59, 6 cm, Washington, National Gallery of Art, Collection Ailsa Mellon Bruce © Courtesy National Gallery of Art, Washington

Enfin, les deux dernières sections sont dédiées aux grandes séries portuaires et urbaines auxquelles l’artiste consacre une part importante de son œuvre ultime. Un rarissime ensemble de vues de Rouen, du Havre, de Dieppe et de Paris – dont quatre n’ont pas été vues en France depuis plus d’un siècle - nous invite à découvrir un aspect trop méconnu de l’œuvre de Pissarro. 

Peintre de paysages et de figures, de la campagne et de la ville, de la terre et de la mer, « premier des impressionnistes » et promoteur du pointillisme, Camille Pissarro n’a cessé de se renouveler. L’exposition du musée Marmottan Monet met en lumière l’extraordinaire diversité d’un art digne et poétique aux dimensions humanistes et révolutionnaires. 

Camille Pissarro, "Le premier des impressionnistes" - Musée Marmottan Monet - 23 février – 02 juillet 2017 

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Camille Pissarro, La Cueillette des pommes, 1886, Huile sur toile, 124, 5 x 124, 5 cm, Kurashiki, Ohara Museum of Art © Ohara Museum of Art, Kurashiki

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Camille Pissarro, La Maison de la Sourde et le clocher d'Éragny, 1886. Huile sur toile, 65 x 81 cm, Indianapolis, Indianapolis Museum of Art © Courtesy of the Indianapolis Museum of Art

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Camille Pissarro, Quai de la Bourse, Rouen, soleil couchant, 1898. Huile sur toile, 65 x 81, 1 cm, Cardiff, National Museums © National Museum of Wales

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Camille Pissarro, Le Pont-Neuf, après-midi, soleil Première série, 1901. Huile sur toile, 73x92,1cm, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, Legs de Charlotte Dorrance Wright, 1978 © Philadelphia Museum of Art, Bequest of Charlotte Dorrance Wright, 1978-1-24